‹ La farce politiqueChapitre 13 sur 58 · M 0 R I M B E A U , DIT DES U 0 U X · texte numérisé non relu

M 0 R I M B E A U , DIT DES U 0 U X

Le hoLix est im arbre toujoars vert dont le> feuilles sont luisantes et armées de piquants. Henri des Houx est un journaliste toujours blême dont les feuilles sont ternes et armées d'orties.

Le houx pousse un peu partout ; Henri des Houx ne pousse que dans les petites colonnes de la Défense.

Les racines du houx passent pour diurétiques; les articles d'Henri des Houx produisent des résultats analogues.

Cet homme, dont la prose est si utile à ceux qui souffrent de la goutte et de la gravelle, s'est plaint avec amertume qu'on n'eût pas exposé une messe ou deux au palais du Champ de Mars.

Le fait est qu'on n'y a pas pensé. Je n'y aurais vu, pour ma part, aucun inconvénient. Les cérémonies

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du culte valent bien les autres cérémonies, et puisque la cour d'appel était représentée à l'inauguration par des conseillers en costume d'apparat, il n'eût pas été mal que la justice des hommes se rencontrât une fois avec ceux qui promettent la justice de Dieu.

Ce qui m'amuse — dans cette réclamation — c'est la manie persistante des catholiques modernes, plus arriérés que les anciens, de faire intervenir directement le bon Dieu dans les affaires les plus matérielles de ce monde.

Ils ont fait de l'Être suprême une espèce de gendarme qu'on va chercher, en certains cas, comme on irait chercher la garde. Il y a cependant une différence entre ces deux pouvoirs : la garde vient quelquefois sur réquisition, le bon Dieu de Veuillot et d'Henri des Houx ne vient jamais.

S'il s'abaissait à intervenir, y aurait-il eu des erreurs judiciaires? Un innocent eût-il jamais été condamné ?

Où était ce bon Dieu de poche, facile à prier en secret, et même en voyage, où était-il quand on livrait les chrétiens aux bêtes ?

Où était-il quand on martyrisait ses croyants?

Et si la royauté est de droit divin, où était-il quand on guillotinait Louis XVI ?

Où était-il encore quand les troupes de Yictor- Emmauuei prenaient possession de Rome? Où était-il

enfin quand les soldats de la fille aînée de l'Église étaient battus et rançonnés par les soldats de la religion de Luther?

Laissez donc le bon Dieu dans le ciel. C'est là qu'il jugera un jour les rédacteurs de la Défense et les rédacteurs de V Evénement.

C'est là que nous saurons lequel des deux a mérité le mieux, de des Houx qui aime et défend les riches et les puissants, ou de moi-même qui aime et qui défends les pauvres et les faibles.

MENAGERIE PARLEMENTAIRE

Dans le compte rendu de la fameuse séance où Gambetta ajeté aux quatre coins du mon Je l'un des plus beaux discours qui aient été prononcés à la tribune française, certains électeurs ont dû être particulièrement fiers de leurs députés.

Tous les moyens ont paru bons pour arrêter l'orateur, ou, du moins, pour l'empêcher d'être entendu.

Les membres de la Chambre des lords ont dû lire avec stupeur cette indication bizarre:

« Plusieurs députés de la droite imitent des cris d'animaux. »

Je serais vexé, je l'avoue, d'avoir voté pour un député qui n'aurait trouvé rien de mieux, dans une journée solennelle, que d'imiter le cri d'un animal quelconque ; mais tout le monde ne pense pas

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comme moi. Il y a des départements où l'on s'est dit :

— Quel homme que M. Rageapoil, notre député l Au milieu du discours de Gambetta, il s'est mis à aboyer! N'est-ce pas que c'est une bonne farce?

— Charmante !

Un tiers survient :

— Cependant je préfère M. Piquebois, qui a bêi& avec une rare éloquence.

— La prochaine fois, s'écrie un autre électeur, il faudra choisir dans la vieille noblesse du pays un homme sérieux qui sache braire de façon à étonner la tribune du corps diplomatique I

Quand ceux des députés qui ont imité des crh d'animaux vont retourner dans leur pays, il sera curieux d'assister à leur conversation avec les braves gens qui les ont nommés.

— Messieurs, dira J'un, je crois vous avoir dignement représentés à l'Assemblée de Versailles. Dans le chœur qui s'est élevé contre l'infâme Gambetta, c'est moi qui ai fait l'ours. Vous n'ignorez pas que les hommes d'ordre avaient organisé un orphéon dans lequel les cris de la basse-cour se confondaient avec les hurlements de la forêt et du désert. J'ai dû à ma. voix de basse-taille d'être désigné pour l'emploi d'o?//*^ des Pyrénées, et je me suis acquitté de ma tâche avec un zèle que vous trouverez toujours chez moi, {Applaudissements prolongés.)

— Messieurs, s'écriera un autre représentant de l'ordre, je puis dire, sans rien enlever du mérite de mon honorable collègue, que s'il n'y avait eu que des ours dans la Droite, la protestation eût été un peu sourde. Demandez à tous les assistants si le chant du coq n'a pas dominé toutes les clameurs. Le coq était le ténor, et le coq, c'était moi !... [Bravos frénétiques,)

On s'est déjà préoccupé, dans quelques départements, des futures élections.

Les imitations qui ont eu tant de succès dans la séance du 16 n'ont pas laissé le public indiflerent.

Il est à peu près convenu que nul ne sera admis comme candidat s'il ne sait imiter le cri d'un ou de plusieurs animaux.

Dans la salle du conseil municipal de Saint-Clapier, on a affiché, par ordre supérieur, les emblèmes de quelques-uns de nos frères à poil et à plumes.

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