‹ La fatigue intellectuelleChapitre 10 sur 79 · C I RC U CATION C API L LAI R E · texte numérisé non relu

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do celui des autres personnes par quelque particularité.

Pour donner une idée de cette variété des pouls capillaires,

nous en publions ici quelques tracés pris sur des enfants (%• 23).

Tous ces tracés ont été enregistrés avec le meme appareil, mais à des heures différentes de la journée. Il y a, comme on le voit, des différences d’amplitude et aussi des différences de formes. Chez les enfants, la pulsa-

Pouls artériel de la main.

Pouls capillaire de la main.

Tracé

respiratoire.

Fig. 24. — Cette figure est donnée pour montrer que les ondulations do la courbe du pouls correspondent aux respirations.

tion se termine souvent en plateau, au lieu de se terminer en pointe.

Beaucoup de tracés volumétriques présentent comme seul détail la pulsation capillaire. On trouve en outre, sur d’autres tracés (fig. 24), une onde un peu plus longue que celle du pouls ; c’est un soulèvement arrondi du tracé, sur lequel le pouls continue à se marquer ; ces ondes correspondent comme durée aux actes respiratoires ; à chaque inspiration la ligne générale du tracé s’élève un peu, et elle redescend pendant l’expiration. On donne à ce phénomène le nom A' oscillation respiratoire. Parfois l’oscillation est

CIRCULATION CAPILLAIRE

double, c’est-à-dire il y a deux oscillations pendant une respiration.

Enfin, on lit sur quelques tracés une ondulation de longueur plus grande, correspondant à trois ou quatre respirations; c’est ce que Mosso a appelé les ondulations vasomotrices. Il y a souvent des changements, dans le rythme du cœur, qui sont liés à ces divers ordres d’ondulations.

Tels sont les caractères normaux d’un tracé pléthysmographique, ceux qui se présentent pendant l’état de repos et en dehors de toute excitation spéciale.

Influence du travail intellectuel sur la quantité de sang dans le cerveau. — A l’étude de la circulation du sang dans le cerveau pendant le travail intellectuel se rattache le nom de Mosso , le célèbre physiologiste de Turin, qui le premier a vu clair dans celte question compliquée; avec une grande sûreté et une belle richesse de méthode (pléthysmographes de divers ordres, balances, etc.), Mosso a étudié les changements de volume du cerveau chez les individus qui présentaient par accident des pertes considérables des os crâniens. Il a constaté que, pendant l’activité intellectuelle dépensée à faire un calcul mental, ou sous l’influence des émotions, le volume du cerveau augmente.

C’est une observation qui a été reproduite et confirmée depuis par beaucoup d’auteurs, et il n’y a pas lieu de douter de son exactitude. On avait objecté autrefois que ce changement de volume du cerveau pendant le travail intellectuel est peut-être dû à des changements de la respiration, qui se produisent pendant la fixation de l’attention ; mais il est avéré qu’alors même que la respiration ne se modifie pas, pendant un calcul mental, le cerveau n’en augmente pas moins de volume.

Le tracé suivant est un des plus beaux que Mosso ait publiés. L’expérience a été faite sur un paysan atteint de perte de substance du crâne; on a enregistré simultanément le pouls cérébral et le pouls capillaire de l’avant-

bras. Pour provoquer l’effort intellectuel, on a fait faire à ce paysan un calcul mental, en a; peu après, la ligne générale du tracé cérébral s’ést élevée et les pulsations ont eu plus d’amplitude; il n’y a pas eu de variation importante dans la circulation de l’avantbras, ce qui permet de conclure que le changement du tracé cérébral n’est pas dû à un changement dans l’impulsion cardiaque, car dans ce cas, il aurait retenti sur la circulation du bras.

Gley, par de nombreuses expériences faites sur lui -même, en enregistrant le pouls carotidien pendant la lecture, a confirmé et précisé cette observation 1 ; il a montré que l’augmentation de l’afflux de sang dans le cerveau ne tient pas à une suractivité du cœur, mais bien à une influence vaso-motrice, à une vaso-dilatation ac-

1 Étude expérim. sur l'état du pouls carotidien pendant le travail intellectuel , Paris, 1881.

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tive des carotides. C’est du moins de cette manière qu’il interprète les très beaux tracés de pouls carotidien qu’il a

Fig. 26. — Graphiques du pouls carotidien pris par Gley sur lui-même. R indique les pulsations pendant le repos et T pendant le travail intellectuel.

enregistrés. Nous donnons une reproduction de ses tracés et un résumé de son interprétation (fig. 26). Les Iracés mon-

trent que pendant le travail intellectuel la pulsation carotidienne augmente d’amplitude et que ses dicrotismes deviennent plus accusés. L’auteur interprète ces changements de forme comme un signe de vaso-dilatation active de la carotide, parce que : 1° une augmentation d’amplitude correspond à une augmentation de dilatation artérielle ; 2° il y a une diminution de pression artérielle , puisque le pouls est devenu plus fréquent; or, la diminution de pression a pour effet d’augmenter l’amplitude du pouls1 ; 3° une diminution de tension artérielle peut expliquer l’accentuation du dicrotisme.

Des recherches ultérieures de Mosso lui-même2, de Moi ’selli et Bordoni-Uffreduzzi 3, de Fr. Franck4, de Sarlo, de Binet et Sollier5 et, enfin, les recherches toutes récentes de Patrizi 6 sur la circulation cérébrale, semblent avoir mis hors de doute ce premier fait, d’une importance capitale, (jue le cerveau augmente de volume pendant son état d’activité. C’est une notion qui ne sera plus ébranlée.

Un second fait a été bien étudié par Mosso et revu, sous des formes diverses, par ses successeurs : c’est que les perceptions inconscientes peuvent, comme les perceptions conscientes, provoquer un afflux de sang au cerveau. Mosso inscrivait le pouls cérébral d’un sujet endormi et constatait que toutes les fois qu’un bruit inopiné, bruit de parole, de porte, etc., se faisait entendre dans le laboratoire silencieux, le pouls s’élevait en dilatation sur le tracé, bien que le sujet ne se fut pas réveillé. Tamburini et Sep-

1 Ce second raisonnement ne nous paraît pas absolument rigoureux ; nous verrons que pendant le travail intellectuel la pression du sang augmente.

2 La temperatura del cervello; le chapitre xn contient plusieurs expériences pléthysmographiques.

3 Sui cangiamenti clella circolazione cerebrale prodotti dalle diverse percezioni simplici (Arc/i. di psychiatria , 1884).

4 Article Cerveau , du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.

8 Arch. de Physiologie, 1895.

8 Rivista musicale italiana , Ilf, 2, 189G.

C I RC U L AT I ON CAP IL LAI R E

pili 1 ont fait des observations analogues sur le pouls de b avant-bras chez une femme hystérique qu’ils avaient endormie en léthargie, et qui semblait être séparée complètement du monde extérieur; une piqûre d’épingle, l’articulation du nom de la malade, impressionnaient son pouls. Enfin, Hallion et Comte, tout dernièrement 2, ont répété, confirmé et étendu cette expérience, qu’ils ignoraient d’ailleurs, sur des hystériques de la Salpêtrière, mises en état de léthargie, et sur des hystériques anesthésiques totales ; la piqûre non vue et non sentie provoque une vaso-constriction, et une parole qui ne paraît pas entendue amène le même effet.

Il ne résulte pas rigoureusement de ces expériences, cela va sans dire, que les impressions produites* sur les hystériques ont été inconscientes au moment de leur production ; peut-être dans certains cas y a-t-il eu conscience fugitive, suivie d’oubli. Mais ce qu’on doit considérer comme prouvé, c’est que chez certains individus l’activité cérébrale peut continuer son office sans que leur conscience actuelle en donne le témoignage. Le témoignage de la conscience est moins sûr dans ce cas que celui du tracé.

Nous trouvons encore, dans cet ensemble de recherches, à citer un troisième fait bien intéressant pour la psychologie, c’est (jue le changement de volume du cerveau qui a lieu par excitation psychique ou travail intellectuel est lent à se produire ; le temps nécessaire à sa production dépasse de beaucoup le temps physiologique de perception. Aussi a-t-on été forcé d’admettre — et Morselli (cité plus haut ) a insisté un des premiers sur ce point important — que rhyperhémie du cerveau n’est pas une cause, une condition de 1 activité psychique, (die en est bien plutôt un effet, puisqu’elle suit la mise enjeu de cette activité.

Mosso partage vraisemblablement cette opinion. Dans

' Tamburini e Seppili, Ricerce sut fenomeni di moto..., etc . (Riv. speriment. d. fren., Reggio-Emilia, 1882).

* Arch. de Physiologie. 1895, p. 90.

son ouvrage populaire sur la Fatigue (p. 112 de la traduction française), Mosso admet que les phénomènes circulatoires n’ont pas, dans le travail intellectuel, l’importance qu’on leur a attribuée : « La cellule nerveuse, dit-il, a assez de matériaux de réserve pour subvenir aux actes de conscience sans avoir besoin d’une modification correspondante dans l’afflux du sang. On a vu, chez les personnes qui ont une lacune dans l’étendue des parois osseuses du crâne, le phénomène de l’attention commencer avant qu’il y eût le moindre changement dans la circulation cérébrale. »

C’est à cette conclusion que nous arrivons nous-mêmes d’une manière indépendante, en étudiant l’effet de la surprise sur le pouls de l’avant-bras ; ce n’est que deux secondes après qu’on a ressenti le choc de surprise que le pouls de l’avant-bras se modifie; et, par conséquent, on ne saurait considérer avec Lange et James l’état de surprise .comme ayant pour base la perception d’une modification vasomotrice. Enfin tout récemment Patrizi 1 a fait des expériences sur la circulation cérébrale pendant les temps de réaction, et les conclusions qu’il en tire sont une confirmation des précédentes. On sait que le tracé de la circulation cérébrale présente souvent de grandes ondulations, dites vaso-motrices, qui indiquent que la quantité de sang varie régulièrement d’un moment à l’autre dans l’organe. Patrizi inscrivait chez un jeune garçon atteint d’une brèche crânienne ces modifications de la circulation cérébrale, et en même temps il faisait faire à son sujet des temps de réaction. Lui-même donnait les signaux tout en surveillant la courbe circulatoire qui se traçait devant ses yeux sur un cylindre. Il avait soin de donner les signaux de réaction tantôt quand la courbe atteignait son maximum de hauteur, et tantôt quand la courbe descendait au minimum; il pouvait ainsi avoir des temps de réaction exécutés

1 Voir l'analyse dans Y Année psychologique , III, p. 359.

CIRCULATION CAPILLAIRE

pendant des états extrêmes d’anémie et d’hyperhémie. Il a calculé la moyenne de durée pour ces deux genres de réaction et n’a pas trouvé de grande différence. Ainsi, 128 réactions ont été faites en concordance avec le volume cérébral maximum; le temps moyen a été de 332 millièmes de seconde; 116 réactions ont coïncidé avec le volume cérébral minimum; le temps moyen a été de 345 millièmes de seconde. Une différence de 13 millièmes de seconde; n’a aucune importance et ne signifie rien. Ces recherches démontrent donc encore une fois que dans les limites des conditions normales les changements de quantité de sang en circulation dans le cerveau ont moins d’influence qu’on ne l’avait supposé sur les phénomènes psychiques.

Telles sont à peu près, si nous ne nous trompons, les notions acquises aujourd’hui sur les changements de volume du cerveau pendant l’activité intellectuelle ; nous laissons de côté, bien entendu, beaucoup de recherches connexes, et notamment tout ce qui concerne réchauffement de la masse cérébrale pendant le travail psychique, parce que l’étude de la température n’est pas notre sujet dans ce chapitre. Il reste à dire quelles sont les questions qui sont encore discutées. La principale est celle du mécanisme par lequel sr fait l’afflux du sang au cerveau. Mosso, dans ses premières recherches, avait constaté une constriction de l’ avant-bras correspondant à la dilatation cérébrale pendant que son sujet exécutait un calcul mental, et il en avait conclu l'existence d’un antagonisme entre le cerveau et le reste du corps. Ses expériences avec la balance, quoique moins probantes, parlaient dans le même sens. Puis d’autres auteurs ont discuté et expérimenté pour savoir si le cerveau est hyperhémié par une dilatation active de ses vaisseaux, ou s’il se congestionne passivement par suite d’un afflux de sang chassé vers la tête par les autres organes du corps1. Aucune preuve péremptoire n’est venue

1 Mosso a expose brièvement cette discussion dans son livre sur la Température du cerveau, cite plus haut.

trancher le débat. Mais ce qui paraît assez bien établi, c’est qu’on ne peut plus croire à un antagonisme entre la circulation du cerveau et celle des membres . Une foule d’épreuves sont en contradiction avec cette conception simpliste. Mosso lui-même l’abandonne aujourd’hui.

Dans son ouvrage récent sur la Température du cerveau 1 , il a repris l’étude volumétrique du cerveau sur un individu dont les méninges étaient mises à nu par une plaie de l’occipital.

Il a fait sur ce sujet un grand nombre d’expériences de calcul mental, accompagnées de très beaux tracés (voir le chapitre xn) ; il prenait à la fois le volume du cerveau, celui de l’avant-bras et celui du pied. L’ensemble des tracés montre avec évidence que ces trois courbes sont, dans une large mesure, indépendantes les unes des autres.

D’une part, il peut arriver, en dehors du travail intellectuel et de toute cause connue, qu’il se produise* une constriction des artérioles de la jambe, sans dilatation correspondante du cerveau ; d’autre part, quand, pendant le travail intellectuel, il y a une dilatation du cerveau et une constriction de l’avant-bras et du pied, l’augmentation de volume du cerveau atteint son maximum bien avant que le pied et l’avant-bras aient atteint leur minimum de volume ; en outre, l’augmentation du cerveau est tout à fait insignifiante par rapport à la constriction des autres parties du corps. Ces trois raisons sont les principales qui font admettre à Mosso que les théories des précédents auteurs sur les relations de la circulation cérébrale et de la circulation des membres sont fausses. D’après l’une de ces théories, le cerveau qui travaille se dilaterait activement, attirerait le sang dans ses vaisseaux et produirait indirectement l’anémie du reste du corps ; interprétation inexacte, puisque la perte de volume de la main et du pied est beaucoup trop considérable pour être un effet indirect de la con-

1 Voir Année psychologique , I (1894), p. 300, 1895.

CIRCULATION CAPILLAIRE

gestion du cerveau. D’après l’autre théorie, le cerveau serait dilaté passivement par le refoulement du sang qui est chassé de la périphérie par des vaso-constritions. Cette seconde théorie est peut-être moins fortement ébranlée par les expériences; elle est cependant peu vraisemblable, puisque des vaso-constrictions très accentuées des membres peuvent se produire sans déterminer un changement de volume du cerveau. Bref, Mosso conclut à l’indépendance des organes ; le cerveau posséderait un système vaso-moteur autonome qui aurait pour but de régler la circulation cérébrale dans la mesure où cela est nécessaire pour l’état fonctionnel de cet organe.

Enfin, dans un tout récent travail où il a examiné Felfet de la musique sur la circulation cérébrale d’un enfant ayant une brèche crânienne, Patrizi est arrivé à des conclusions sensiblement équivalentes sur l’indépendance de la circulation cérébrale. Pendant l’audition de la musique, il se produit constamment chez son sujet une dilatation du cerveau ; mais les changements de volume des membres sont extrêmement variables; tantôt il y a dilatation du bras, tantôt constriction, tantôt il ne se produit aucun changement appréciable. Ces expériences pas plus que les précédentes ne peuvent être considérées comme définitives ; la matière est trop délicate et le nombre des sujets est trop restreint. Mais il nous semble que la théorie de l’antagonisme entre la circulation du cerveau et celle des membres perd beaucoup de chances d’être vraie.

Nous n'avons pas parlé, dans tout ce qui précède, des expériences sur les animaux. Il faut cependant rappeler que beaucoup de physiologistes, et notamment Wertheimer, ont réalisé des expériences dans lesquelles une constriction du territoire abdominal a provoqué une dilatation du cerveau ( Arch . de Physiologie , 1893, 2, p. 297).

En résumé, voici les points qui paraissent acquis :

1° Augmentation de volume du cerveau pendant le travail intellectuel ;

2° Cette augmentation de volume n’a pas lieu avant, mais quelque temps après le début du travail cérébral ; elle n’est pas une cause, mais un effet ;

3° On ignore le mécanisme par lequel se fait l’augmentation de circulation dans le cerveau pendant le travail intellectuel.

Les recherches sur la circulation cérébrale ne peuvent offrir qu’une utilité indirecte à la pédagogie, puisqu’elles ne peuvent être faites que sur des sujets exceptionnels. Il faut cependant espérer que les résultats obtenus par ces recherches pourront, en nous faisant connaître ce qui se produit dans le cerveau pendant un effort mental, nous faire mieux comprendre les effets observables sur d’autres parties du corps.

Influence du travail intellectuel sur la circulation du sang dans la main. — Les auteurs qui ont contribué à l’étude de cettè question sont nombreux; il suffira de citer les noms de Mosso, Gley, Mac Dougall et les recherches de l’un de nous (Binet) en collaboration avec Courtier. Nous allons exposer les principaux effets qu’on observe, en envisageant deux formes principales de travail intellectuel, le travail court et intense, et le travail prolongé et modéré.

1° Travail intellectuel court et intense. — Le type de ce travail est, nous l’avons dit, une multiplication mentale. Ce n’est que deux à trois secondes après le début du travail intellectuel que ses effets se manifestent ; les expériences sur la circulation capillaire delà main pendant l’effort intellectuel confirment les observations de Mosso et de Morselli, (jue nous avons signalées plus haut; le travail intellectuel n’est pas un effet de ce changement circulatoire, il en est la cause.

Dans la description qui va suivre, nous ferons une synthèse de tous les symptômes qui peuvent se produire ; ils

CIRCULATION CAPILLAIRF.

ne se produisent généralement pas tous au même degré, chez un seul individu ; il y a de très grandes variations individuelles. Telle personne est remarquable par ses vasoconstrictions ; telle autre, par les modifications de son rythme respiratoire.

1° Le premier effet est une élévation du tracé capillaire ; cette élévation, signalée par Lelnnann, est de nature inconnue ; elle manque chez beaucoup de sujets ; elle est, au contraire, très accentuée chez d’autres. Nous donnons un exemple pris chez Mme Bil..., à qui on a fait répéter des séries de 8 chiffres prononcés devant elle (fig. 27) ; l’audition des chiffres a retenir exige un vigoureux effort intellectuel. Cette expérience a été faite vingt fois de suite, en laissant écouler entre chaque répétition un petit intervalle de repos. Nous constatons que l’élévation du tracé n’a manqué que trois fois sur les vingt expériences. Dans la figure, on voit que, pendant l’audition des chiffres, il y a eu une élévation du tracé ; puis un commencement de vasoconstriction se dessine.

2° Le second effet de la concentration de l’attention est une vaso-constriction réflexe (fig. 28) ; elle manque, et même totalement, chez certains sujets, mais elle existe chez la plupart, elle apparaît quelques secondes après la concentration d’esprit et dure un temps variable ; elle peut persister pendant toute la durée du travail intellectuel, ou cesser quelques secondes après le début du travail intellectuel.

Nous avons dit plus haut ce que c’est qu’une vaso-constriction réflexe : c’est un état de contraction des fibres musculaires qui existent dans les parois des artérioles; sous l’influence d’une excitation provenant des centres nerveux, ces fibres musculaires se contractent, et leur contraction a pour effet de diminuer l’ouverture, la lumière des artérioles dans lesquelles le sang circule. Il en résulte que le sang contenu dans les artérioles en est chassé vers 1rs capillaires et les veines, et que le sang nouveau apporté

par les grandes artères trouve devant lui un obstacle formé par le resserrement des artérioles : par conséquent la quantité de sang en circulation dans l'organe où la vaso-cons-

| Audition Ifejfc i

Fig. 27. — ■ Ascension du tracé capillaire au début du travail intellectuel. Expérience sur Mme B... Le travail intellectuel consiste dans l'audition et la répétition de chiffres.

friction se produit, diminue, l’organe s’anémie, il devient plus pâle, plus froid, plus petit.

La vaso-constriction réflexe de la main se manifeste sur les tracés par trois caractères principaux : il y a une des-

Fig. . 28. — Yaso-constriction réflexe pendant un calcul mental, chez M. P... Le calcul mental a lieu entre les deux verticales*. Le tracé capillaire présente une brusque descente au commencement de l'effort mental, qui consistait à multiplier 28 par 79. Le tracé radial, placé en dessous, épouse les oscillations du tracé capillaire, en les atténuant. La respiration est accélérée.

cente du tracé, qui résulte de ce que le membre a diminué de volume, et il y a aussi un changement dans la grandeur et la forme du pouls capillaire.

Le changement dans la grandeur du pouls capillaire est un phénomène qui est en général très apparent, même

CIRCULATION CAPILLAIRE

sur de mauvais tracés. On peut dire d’une manière generale que le graphique du pouls se rapetisse pendant lavaso-

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Fig. 21). — Yaso-constrictions réflexes produites par le calcul mental chez des adultes différents. Les croix blanches de gauche indiquent les moments auxquels les sujets ont commencé à faire un calcul mental. La deuxième croix correspond à la lin du calcul. On voit qu’il y a des différences individuelles très fortes et pour la forme du pouls capillaire et pour les modifications produites par le calcul mental.

constriction ; il peut diminuer à peine de grandeur, ou bien sa diminution peut être très appréciable, du tiers ou de moitié. Chez quelques personnes, le pouls pendant Teflort

intellectuel diminué au point de disparaître complètement ; il est alors remplacé par une ligne droite à peine ondulée.

Nous donnons les tracés que nous avons obtenus chez six adultes et chez deux élèves de douze ans. Le rapetissement du pouls est très net (fig. 29, 30 et 31).

Quant à la forme du pouls, elle varie aussi pendant la vaso constriction; on peut surtout bien étudier ces variations sur les beaux graphiques, où le pouls capillaire présente une forme bien accusée. La vaso-constriction a parfois

Fig. 30 et 31. — Pouls capillaire de la main pris chez deux enfants de douze ans. On voit que pendant le travail intellectuel il se produit un rapetissement du pouls.

une tendance à accentuer les caractères de la pulsation ; la pointe devient plus aiguë et le dicrotisme prend une forme plus arrondie ; en outre, le dicrotisme est placé plus bas sur la ligne de descente. Ces changements de forme se reconnaissent si on compare la pulsation pendant le travail intellectuel à ce qu’elle était quelques secondes avant le début de ce travail. Mais ces changements de forme sont assez rares, et on perdrait son temps à les chercher sur le premier tracé venu.

On constate le plus fréquemment que, pendant le travail intellectuel, il se produit un effet inverse du précédent, un amollissement de la pulsation ; toutes les aspérités du graphique ont une tendance à s’émousser, et. le dicrotisme prend une forme moins rebondie, plus oblique (fïg. 32). .

CIRCULATION CAPILLAIRE

Nous en donnons dans la figure 33 un bon exemple ; il s’agissait d’un calcul mental d une difficulté modérée : 32 X 87.

Antérieurement à l’expérience, le pouls était fort, avec dicrotisme rebondi et vitesse de quatre-vingts pulsations par minute. Quand le travail intellectuel commence, le pouls ne change pas de vitesse ; mais au bout de huit secondes, le dicrotisme à forme rebondie s’atténue et est

Fig. 32. — Figure schématique d’une pulsation montrant le changement «lans la forme du pouls qui se produit pendant le travail intellectuel. Le tracé de droite correspond à la pulsation normale, le tracé de gauche indique la forme du pouls pendant le travail intellectuel. On voit comment le dicrotisme peut être amolli pendant le travail intellectuel.

remplacé par une ligne horizontale; la transition se fait de la manière la plus graduelle, elle est complète à la trentième seconde ; à ce moment le pouls est devenu un peu plus rapide et il est de 84 pulsations par minute. Le travail intellectuel se termine au bout d’une minute, et la solution indiquée est juste. Aussitôt après, le cœur se ralentit, les pulsations ne sont plus que de 74 par minute ; ce ralentissement dure environ une minute, puis le cœur revient à son activité primitive de 80 pulsations par minute. Quant à la forme primitive de la pulsation, elle n’est reprise que trois minutes après la fin du travail intellectuel.

En résumé, un travail intellectuel court et intense produit successivement dans la circulation capillaire de la main : 1° une courte élévation du tracé ; 2° une vasoconstriction réflexe , qui s’exprime par une diminution de volume de la main et un rapetissement du pouls avec parfois accentuation de sa forme, et plus souvent un amollissement de la pulsation.

Pour comprendre la signification de ces effets physiologiques, il faut les comparer à ceux qui se produisent ^ ■ i -- dans d'autres circonstances.

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minent, comme un effort intellectuel, la descente du tracé (fig. 34). Quant à ramollissement de la pulsation , qui se produit quelque temps après, et surtout quand l’effort mental a été intense, on l’observe encore dans les efforts musculaires énergiques, par exemple lorsque le sujet serre fortement un dynamomètre; ce n’est pas un effet constant, mais on le remarque assez souvent ; au bout de quelques secondes d’effort physique, le dicrotisme de la pulsation s’aplatit et devient oblique (fig. 35). Nous pensons que cet amollissement de la pulsation provient d’une augmentation de la pression sanguine. C’est un point sur lequel nous reviendrons bientôt.

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^ g | 2° Travail intellectuel intense, pro-

d i o longé pendant plusieurs heures. — S Les seules observations qui aient

été fai t t*s sont celles de Binet et Courtier. Nous les résu-

mons :

Il est assez difficile d’apprécier l’influence de ce travail intellectuel sur la circulation capillaire, parce que la circulation capillaire varie d’une heure à l’autre. Il faut donc commencer par étudier ces variations sur un sujet , et chercher si ellqs sont régulières ; puis on étudie chez ce même sujet si le travail intellectuel apporte quelques modifications dans la série.

Les effets du travail intense et prolongé ont été étudiés sur deux personnes, MM. C... et H... Chacun d’eux a passé une après-midi au laboratoire, depuis une heure de l’aprèsmidi jusqu’à 8 heures, en consacrant tout son temps soit à une lecture très difficile, soit à la rédaction d’un travail original. Leur seul repos consistait à venir, d’heure en heure, aux appareils graphiques, où ils prenaient rapidement leur pouls capillaire. M. C... a répété deux fois cette épreuve. Pendant les jours précédents et les jours suivants, MM. C... et H... ont passé l’après-midi au laboratoire dans un désœuvrement complet, et ont pris également leur pouls capillaire d’heure en heure ; pour rendre toutes les conditions comparables, ils ont, chaque fois, à midi, déjeuné de la même quantité d’aliments solides et liquides.

Le travail intellectuel, prolongé pendant plusieurs heures, produit chez MM. C... et H... une diminution d’amplitude du pouls, avec une atténuation du dicrotisme et un déplacement du dicrotisme vers le sommet de la pulsation ; l’effet est de même ordre chez tous deux, mais plus accentué chez M. H... que chez M. C...

Chez M. H..., le pouls capillaire a été pris toutes les heures, depuis 2 heures et demie de l’après-midi jusqu’à 6 heures et demie ; à chaque épreuve, on l’a pris trois fois de suite, pendant deux minutes, en faisant les trois fois une application différente des appareils sur la main.

Voici les notes rédigées par le sujet lui-même, sur les deux jours d’épreuves qui eurent lieu le dimanche 10 mai et le mercredi 13 mai :

CIRCULATION CAPILLAIRE

Dimanche, 10 mai 1896 :

Repas terminé à midi et demi. Une côtelette ; quatre œufs; pain (pour 2 sous); 1/2 litre de lait; un café ; une orange.

Travail intellectuel sérieux (M.yrey, Méthode graphique, p. 13 à

Lorsqu'on traçait le pouls la deuxième fois (3 heures un quart), les mains étaient déjà anémiques, d'une couleur verdâtre, et n’avaient pas beaucoup de chaleur.

A 4 heures et demie à peu près, je commençais à avoir faim ; fatigue dans les bras.

Les yeux un peu fatigués à force de lire, mais la fatigue intellectuelle n’était pas bien marquée.

Pendant que le pouls se traçait sur le cylindre, je ne pouvais pas m'empêcher de penser aux conditions de l'expérience que nous faisions, à sa signification, sa valeur, etc.

Journée du 13 mai 189G :

Le même repas que dimanche, 10 : une côtelette; quatre œufs; pour 2 sous de pain ; 12 litre de lait; un café ; une orange.

Conditions physiques, intellectuelles et morales, à peu près les mêmes que la dernière fois.

Travail intellectuel continu étant défendu, nous cherchions à nous distraire le mieux possible (en causant, lisant des journaux 'humoristiques, en écoutant M. C..., qui jouait un peu du violon, etc., etc.).

J'ai remarqué qu’il y avait, jusqu'à la fin de l’expérience, dans mes mains beaucoup plusde sang qu’après le travail intellectuel, et qu'elles étaient par conséquent d'une couleur plus fraîche, plus rose et d'une température plus élevée.

Quant à la fatigue physique, qui était très marquée après le travail intellectuel, il n’y en avait pas aujourd'hui ; mais j’admets que cela tient, pour la plus grande partie, à la liberté de se mouvoir, qui était accordée aujourd'hui à tout le corps (les mains, les jambes, la tête, les yeux, la bouche, etc...) ; tandis que, pendant le travail continu, le corps et les membres étaient tout le temps dans à peu près la même position.

Vers la fin, une certaine fatigue psychique à cause de Y ennui.

La sensation de faim , qui apparaissait la dernière fois vers 4 heures et demie, se montrait aujourd’hui beaucoup plus tard et était presque imperceptible.

Voyons maintenant la forme du pouls (fig. 36) ; à 2 heures et demie (deux heures après le repas), le pouls est d'amplitude moyenne, dicrotisme à mi-chemin de la

descente et bien accentué ; c’est le meme pouls pour les deux jours. A 3 heures et demie, changement notable,

Fig. 36. — Expériences de travail intellectuel prolongé, sur M. II... Les tracés de gauche correspondent à une après-midi de repos ; ceux de droite, à une après-midi de travail intellectuel prolongé ; les tracés des deux journées ont été pris à quelques minutes près aux mêmes heures.

le pouls du travail intellectuel est devenu beaucoup plus petit, presque filiforme ; le dicrotisme est tout à fait en haut ; grande différence avec le pouls du repos ; à 4 heures et demie, pouls filiforme, dicrotisme à peine distinct; à (i heures et à 7 heures, le pouls ne s’indique pour ainsi dire plus ; la comparaison de ces deux derniers tracés avec ceux du repos pris aux mêmes heures montre rinlluence d’un travail prolongé. En ce qui concerne la vitesse du cœur, le tableau suivant résume les résultats.

On voit que le travail intellectuel a accentué le ralentissement normal du pouls, comme il a accentué le rapetissement de la pulsation ; F accentuation a surtout été forte dans la première moitié de l’après-midi. Il faut tenir compte aussi de l’immobilité du corps, qui a été plus grande pendant le travail intellectuel que dans l’après-midi d’oisiveté.

CIRCULATION CAPILLAIRE

Expériences sur le travail intellectuel prolongé (M. II.). Nombre de pulsations par minute.

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