SUR LA TEMPÉRATURE DU CORPS ET SUR LA PRODUCTION DE CHALEUR
On possède en physiologie deux méthodes pour étudier la chaleur animale : la méthode du thermomètre et celle du calorimètre.
Le thermomètre, dont nous n’avons pas à rappeler ici la construction, sert à mesurer le degré de la température. Dans les observations sur l’homme, on se sert du thermomètre centigrade à mercure, avec des degrés divisés en dixièmes ; la graduation est comprise d’ordinaire entre 35° et 45°; la colonne mercurielle doit avoir un petit diamètre; quant au réservoir, s’il est grand, il augmente la sensibilité de l’instrument; s’il est petit, il augmente la rapidité des indications. La plupart des thermomètres qui sont dans le commerce sont gradués inexactement; quand on veut s’en servir pour une observation scientifique, il faut les comparer à un thermomètre étalon ; cette comparaison doit être faite non seulement pour tel degré de température, mais pour plusieurs degrés, car il est possible que la différence entre le thermomètre qu’on vérifie et le thermomètre étalon varie pour différents degrés et varie d’une manière très irrégulière. Enfin, il ne faut pas oublier que les thermomètres depuis longtemps en usage cessent d’être exacts.
TEMPERATURE DU CORPS
Une mesure de la température sur l'homme doit prendre environ quinze minutes, et pendant les cinq dernières minutes la colonne mercurielle doit rester stationnaire. On note en même temps la température ambiante.
Fig. 55. — Graphique indiquant la vitesse d’ascension du thermomètre placé dans la paume de la main chez un garçon de douze ans ; le trait plein correspond à la vitesse d’ascension du thermomètre pendant que le sujet est à l’état de repos, le pointillé indique la vitesse d’ascension après une course de 600 mètres ayant duré cinq ou six minutes. On remarque que la température finale a augmenté seulement de deux dixièmes de degré, tandis que la vitesse d’ascension du thermomètre a beaucoup augmenté.
Grasset a montré dernièrement, dans des recherches sur des malades, qu’on peut tirer de curieuses indications de la rapidité d’ascension de la colonne mercurielle1. Nous
' Association pour l’avancement des Sciences. Session de Grenoble, 1885, 13 août. Voir aussi Intermédiaire des Biologistes , n° 4, 1897.
UTUlifjl
, . F.t.at de repos avant la course
# * Après une course de 600 mètres
upupr
viuuzt
vtmor
UIU1Q
uiuii
unn g
' UllZI
— ssynuimz
dçnuicuf
'}U9U130U9UmOQ
Fig. 56. — Graphiques équivalents à ceux de la figure précédente et pris chez un autre garçon. On remarque une grande différence entre les deux sujets pour la vitesse d’ascension du thermomètre. Dans les deux cas aussi la course a exercé une influence surtout sur la vitesse d’ascension du thermomètre.
TEMPERATURE DU COUPS
avons fait nous-mêmes quelques observations curieuses sur ce point; nous avons pris sur une dizaine d'enfants la température de la paume de la main, le thermomètre étant placé dans le poing fermé ; l’expérience était faite deux fois, la première pendant un état de repos, le sujet assis, et la seconde après une course de vitesse ayant beaucoup accéléré le cœur et la respiration. Le plus souvent le degré de la température dans la main est augmenté par la course, mais ce n’est pas constant ; il est arrivé plusieurs fois que le degré de température qu’on a relevé était le même avant et après la course. Les graphiques des figures 55 et 56 résument quelques-unes des observations que nous avons recueillies sur la température. Or, il s’est trouvé que la rapidité d’ascension du thermomètre a toujours augmenté après la course, et elle a augmenté même dans le cas où la course ne produisait aucun changement dans le degré lhermométrique de la main. Nous nous bornons pour le moment à signaler ces observations; elles sont encore trop peu nombreuses et trop peu variées pour qu’on puisse les interpréter; nous pouvons cependant en tirer dès à présent la conclusion pratique qu’il est utile d’enregistrer, avec le degré de température, la rapidité d’ascension du thermomètre. Le chiffre indiquant en minutes la durée de l’ascension n’a qu'une valeur relative et dépend de la quantité de mercure contenue dans le thermomètre ; on doit par conséquent employer le même thermomètre pour avoir des chiffres comparables.
Comment peut-on mesurer la rapidité d’ascension de la colonne mercurielle ? On n’a pas encore construit jusqu'ici des thermomètres enregistreurs à mercure, et les essais qui ont été faits n’ont pas réussi. Le moyen le plus simple est de surveiller l’ascension de la colonne en ayant à la main une montre à secondes; on note à mesure les dixièmes de degré et le moment précis où ils sont atteints; mais c’est un procédé très fatigant, qui demande une grande contenlion d’esprit. Un autre pro-
cédé, beaucoup plus simple et plus exact, consiste à surveiller le thermomètre en faisant, avec une poire en caoutchouc ou avec un électro-aimant Deprez sur un cylindre tournant, des signaux à chaque dixième de degré qui est franchi par la colonne de mercure.
Nous ne faisons que signaler, parmi les appareils servant à mesurer le degré de la température, les aiguilles thermoélectriques ; ces appareils ont beaucoup plus de sensibilité que les thermomètres ordinaires, on a pu s’en servir pour évaluer jusqu’à 1/4000° de degré.
Les calorimètres sont fondés sur un principe tout différent de celui des thermomètres ; ils servent à mesurer la quantité de chaleur dégagée dans un temps donné par une partie ou par la totalité d’un organisme. La physique nous enseigne que la quantité de chaleur n’est pas nécessairement la même chose que le degré de température ; il y a des corps portés à un degré de température très élevé qui possèdent une quantité de chaleur moindre que d’autres corps présentant un degré moindre de température. Ainsi, pour élever d’un degré la température d’un kilogramme d’eau, il faut la même quantité de chaleur que pour élever de 9 degrés la température d’un kilogramme de fer. Les calorimètres sont des appareils clos, entourés de corps mauvais conducteurs; on y recueille toute la chaleur produite par un organisme, et on emploie cette chaleur à augmenter la température d’une certaine quantité d’eau ou d’air contenue dans le calorimètre; c’est là le principe de bon nombre de calorimètres.
La température du corps humain dépend d’un si grand nombre de conditions, et varie avec un si grand nombre d’influences que les recherches de thermométrie humaine doivent être considérées comme des plus difficiles. Bien qu’on donne comme température normale de rhomme le chiffre de 3G°,5, il ne faut pas oublier que la tempéra-
TEMPÉRATURE DU CORPS
lure varie suivant les régions du corps. Voici quelques chiffres :
Visage 31°
Plante du pied 32°
Milieu de la cuisse . ...... ... 34°, 40
Creux poplité 35°
Creux axillaire 36°, 5
Urine 37°, 03
Bouche, sous la langue 37°, 19
Rectum 38°, 01
Sang 39°
Notons, connue un fait qui intéresse particulièrement nos études, que la température de la peau du crâne est plus élevée dans la région frontale et dans la région pariétale que dans la région occipitale ; elle est aussi plus élevée du côté gauche que du côté droit. Nous aurons à revenir plus tard sur ce point.
La température présente une périodicité diurne, qui a
Fig. 57. — Courbes représentant les variations de la température de l’homme pendant le jour et la nuit (Landois).