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MENTAL

Un voit, d’après ces tableaux, que l’accélération du cœur produite par un calcul mental difficile peut etre de cinq à

1 Binet et Courtier. Effets du travail intellectuel sur la circulation capillaire. Année psychologique, III, p. 42-64.

* Mac Dougal. The physical Characteristics of Attention. Psycliological Review, mars 189G, p. 158-180.

VITESSE DU COEUR

vingt pulsations par minute ; le maximum d’accélération serait donc d’un quart ; c’est bien peu de chose, si on compare cette accélération à celle de la course. Nous avons par exemple observé sur l’un de nous (Y. H.) qu’après une course rapide d’une dizaine de minutes le pouls était devenu de 1 (30 au lieu de 80 par minute : ce qui représentait une augmentation égale au double.

Quand le travail intellectuel est terminé et que l’attention se relâche, il peut y avoir une prolongation de l’accélération, avant le retour à l’état normal ; ou bien il peut se produire au contraire, comme Mac Dougal l’a signalé récemment, un ralentissement du cœur, qui bat moins vite qu’à l’état normal; les chiffres publiés par Mac Dougal montrent la réalité de ce ralentissement, qui du reste est peu de chose, car il se réduit à une dizaine de pulsations en moins par minute.

Nous devons rappeler, avant de quitter ce point, que le calcul mental, qui exige un sérieux effort intellectuel, s’accompagne en général d’un état émotionnel d'anxiété, tenant à la crainte d’oublier les données, et aussi à la crainte de ne pas trouver le résultat exact ; cet état émotionnel augmente d’intensité quand l’exercice de calcul mental se fait devant des témoins et avec une certaine solennité. Il est bien moindre, mais il n’en existe pas moins, lorsque le calculateur est seul : il faut tenir compte ici de nombreuses variétés individuelles.

Nous connaissons bien peu de travaux sur les effets produits par un travail intellectuel prolongé sur la vitesse du pouls. Nous ne pouvons citer qu’une expérience unique, due à Binet et Courtier. Comme cette étude a porté à la fois sur la circulation capillaire et sur la vitesse du pouls, nous en parlerons un peu plus loin, lorsqu’il sera question de la circulation capillaire.

Il suffira de dire ici que pendant une après-midi de travail intellectuel, la contention d’esprit tend à ralentir le pouls.

2° Rythme du cœur. — Tandis que la vitesse moyenne du cœur peut être appréciée et mesurée très simplement au moyen d’une montre à secondes, il faut, pour connaître la durée de chaque contraction, le rythme du cœur et sa force de contraction, employer des dispositifs spéciaux, qu’on ne trouve que dans les laboratoires, et qui sont tous empruntés à la physiologie. Les appareils dont on fait usage ont pour but d’inscrire le mouvement, c’est-àdire de le transformer en un tracé indélébile qui en présente les principaux caractères moteurs. La plupart de ces appareils sont une application de la méthode graphique.

La méthode graphique, telle qu’on l’utilise journellement dans les laboratoires, comprend trois espèces d’organes : un organe destiné à recueillir le mouvement — un organe destiné à le transmettre à distance — un organe destiné à l’inscrire. Prenons l’exemple du cœur : nous cherchons à écrire ses battements à l’artère radiale, au poignet ; l’instrument destiné à recueillir les pulsations de l’artère s’appelle un sphy gmographe . Voici à peu près comment est construit le sphygmographe à transmission de Marey. C’est une capsule métallique, appelée lambour, qui est fermée sur une de ses faces par une membrane de caoutchouc très mince ; la capsule est vide. Elle esl montée sur un cadre métallique qui est fixé sur P avant-bras par des liens circulaires. La membrane de caoutchouc est tournée en bas, vers l’artère ; au milieu de la membrane est collé un petit disque portant une tige T très légère dont l’extrémité arrondie s’applique sur l’artère à explorer. Cette extrémité s’articule avec l’extrémité d'un ressort qui comprime l’artère ; l’autre extrémité du ressort est fixée au cadre métallique ; le mouvement du pouls soulève le ressort, et, par l’intermédiaire de la tige T, détermine une poussée d’air dans le tambour.

Si le sphygmographe est bien ajusté, ce ne sera pas seulement la pulsation dans sa totalité qui déterminera

RYTHME DU COEUR

une poussée d’air ; tous les changements, tous les accidents qui peuvent se produire pendant une pulsation, sa durée d’ascension et de descente, seront également recueillis. Le tambour porte un tube de métal qui s’ouvre à son intérieur et qui s’adapte à un tube de caoutchouc. Ce tube de caoutchouc est l’organe de transmission ;

Fig. 3. — Spliygmographe à transmission de Marey. En T Ja tige, dont une des extrémités, îixée à un ressort, s'appuie sur l’artère, et dont l'autre extrémité est fixée au centre de la membrane de caoutchouc du tambour (Marey).

c’est lui qui porte la poussée d’air avec tous ses détails de forme au point où se fait l’inscription. Le tube se termine dans une seconde capsule métallique, le tambour inscripteur ; ce second tambour présente, comme le premier, une membrane de caoutchouc très sensible aux mouvements de l’air qui se produisent dans l’intérieur du tambour. Au centre de la membrane est collé un disque d’aluminium qui est relié par une bielle à un levier appartenant au type des leviers du deuxième genre; ce levier s’articule par une de ses extrémités à un point fixe placé dans le voisinage de l’axe. L’autre extrémité est munie d’une plume et elle écrit sur un cylindre les déplacements que le soulèvement de la membrane fait subir au levier ; le cylindre est recouvert d’une feuille de papier noircie avec une flamme fumeuse ; la plume, en s’appuyant

sur le cylindre, enlève, par son frottement, le noir de fumée, et partout oii elle entre en contact avec le cylindre, marque un trait blanc. Le cylindre tourne d'un mouvement uniforme. Si la plume du tambour inscripteur est immobile, elle inscrit une ligne droite. Si le sphygmographe est appliqué sur une artère qui bat, à chaque pulsation de l’artère il se fait une poussée d’air qui che-

Fig. 4, représentant l’ensemble de la méthode graphique. En C le cylindre tournant sur lequel écrit une plume ; cette plume se trouve reliée à la membrane de caoutchouc du tambour inscripteur T. Un tube de caoutchouc réunit le tambour inscripteur au tambour du sphygmographe.

mine d’un tambour à l’autre, et qui, en arrivant au tambour inscripteur, soulève la membrane ; tous les déplacements de la membrane agissent sur le levier ; le levier amplifie le mouvement et l’inscrit sur le cylindre. A chaque pulsation, la plume est déplacée, et dès que la pulsation est terminée, la plume retombe à la ligne de repos. Connaissant la vitesse de rotation du cylindre, sachant par exemple qu’un centimètre correspond à une seconde, on peut connaître le nombre de pulsations par

RYTHME DU COEUR

minute en lisant le graphique ; on peut savoir par quel intervalle de temps les pulsations sont séparées ; on peut connaître la durée de chacune d’elles.

Le graphique donne aussi la forme du mouvement ; il est bien intéressant de regarder la figure 5, qui reproduit la forme d’une pulsation radiale, et d’étudier en même temps sur sa propre artère radiale l’impression tactile que fait la pulsation sur le doigt. 11 y a une foule de détails

Fig. 5. — Graphique du pouls de* l’ar 1ère radiale. P est le sommet de la pulsation, R est le dicrotismc (Landois).

qui échappent à cette impression directe ; on sent purement et simplement un choc ; il faut être un médecin ou un physiologiste exercé pour savoir si l’artère est pleine ou vide, si le pouls est ample ou petit, dur ou mou, s’il présente plusieurs rebondissements. Au contraire le graphique montre clairement ces différents caractères. 11 montre d’abord que le pouls est une onde formée d’une ligne d’ascension et d’une ligne de descente ; la ligne d’ascension est brusque et simple ; elle ne présente pas d’irrégularité sur son trajet ; elle se termine d’ordinaire par un sommet aigu ; la ligne de descente est toujours plus inclinée, c’est-à-dire plus lente que la ligne d’ascension ; en outre la ligne de descente présente, dans des points variables de son trajet, un ou plusieurs accidents, auxquels on donne le nom de dicrotismes. Ils consistent dans une ou plusieurs ondes très courtes, composées d’une ligne d’ascension et d’une ligne de descente.

L’onde principale du pouls correspond à la systole ven-

triculaire, c’est à-dire à la poussée du sang produite par la contraction des ventricules du cœur ; le pouls est un peu en retard sur le cœur, et ce retard est dû à la distance que l’impulsion doit franchir pour aller du cœur à l’artère dont on enregistre le pouls ; le pouls de l’artère pédieuse est plus en retard que le pouls de l'artère carotide, parce que la distance est plus grande dans le premier cas que dans le second. Le graphique du pouls résulte de l'impulsion du cœur ; mais il faut ajouter que ce graphique exprime aussi l’état physique de l’artère, qui d’abord cède à ce choc, puis revient sur elle-même, et se rétracte après s’être distendue ; les petites lignes du tracé, malgré leur apparence simple, résument par conséquent plusieurs phénomènes compliqués. Une artère malade, sclérosée, par exemple, ne donnerait pas le même graphique qu’une artère saine, bien souple et bien élastique.

Les dicrotismes qui s’inscrivent sur la ligne de descente s’exagèrent pendant la fièvre et peuvent dans ce cas être perçus par le doigt ; les sphygmogrammes prouvent que le pouls normal est dicrote, quoique à un degré moins accentué ; on n’est pas encore entièrement d’accord sur le mécanisme de production du dicrotisme.

La méthode graphique nous donne la durée exacte des pulsations et de leurs intervalles, tandis qu’avec la montre à secondes on ne pouvait connaître que la vitesse moyenne du cœur. Voyons ce que la méthode graphique peut nous apprendre de nouveau en ce qui concerne l’influence du travail intellectuel sur le cœur.

Elle a été employée spécialement par Mentz 1 pour mesurer la vitesse du cœur pendant le travail intellectuel; fauteur a inscrit le pouls sur un cylindre enregistreur et a mesuré en millimètres la longueur de chaque pulsation ; les nombres du tableau suivant indiquent donc la longueur

1 Mentz. Die Wirkung akustischer Reize auf Puis und Athmung . Philosophische Stuilicn, XI, 1895.

RYTHME DU CŒUR

d'une pulsation en millimètres, par conséquent plus le

uls sera rapide pl

us cette longueur sera petite.

Tableau de Mentz.

mm.

6,8 mm

Pouls

Pouls

pendant la

pendant la

multiplication

multiplication

de 15 par 15.

de 19 par 19. f

Ce tableau présente un avantage sur les précédents, puisqu’il indique non pas la vitesse moyenne du cœur pendant le calcul mental, comme le font les tableaux précédents, mais la durée de chaque pulsation pendant le calcul mental ; on peut de cette manière suivre exactement la marche du pouls pendant le travail intellectuel; nous

Fig. 6. — Expériences de Mentz. Les deux graphiques représentent les durées successives des pulsations pendant le calcul mental. On voit que la durée des pulsations diminue pendant le calcul mental, c’est-à-dire que le pouls s’accélère.

donnons dans le graphique ci-dessus les longueurs des différentes pulsations exprimées en millimètres ; ce graphique montre nettement que la durée des pulsations diminue de plus en plus pendant le travail intellectuel court étudié par

Mentz ; cette diminution esl plus forte lorsque le travail a été plus difficile (produit 19 X 19).

En général, d’après nos observations personnelles, si on prend la vitesse du pouls pendant un travail intellectuel un peu long, on n’observe pas des résultats aussi simples que ceux de Mentz.

Pour faire comprendre ce qui va suivre, il est important de rappeler l’existence des rythmes du cœur.

Pendant un état de repos, le cœur ne bat pas avec une vitesse constante, et les intervalles d’une série de pulsations ne sont pas rigoureusement égaux ; même chez un individu normal, il existe un rythme du cœur, plus ou moins prononcé, rythme qui consiste en un changement régulier de vitesse se reproduisant par période. Il y a principalement deux rythmes qu’on observe fréquemment : le premier est sous l’influence de l’acte respiratoire ; les pulsations correspondant à l’inspiration sont un peu accélérées par rapport aux pulsations qui correspondent à l’expiration. Mentz donne les chiffres suivants pour la durée des pulsations pendant l’inspiration et l’expiration ; ces chiffres représentent les longueurs de chaque pulsation en millimètres.

SUJETS

INSPIRATION

EXPIRATION

G, 3 mm. 6,2

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