METHODES PSYCHOLOGIQUES
nature des erreurs commises dans les calculs, c’est encore un désavantage de cette méthode par rapport à celle des dictées.
La méthode de la mémoire des chiffres a donné jusqu’ici des résultats défavorables, puisque l’influence de l’exercice masque les effets produits par la fatigue intellectuelle; il est vrai que cette méthode n’a été employée jusqu’ici qu’une seule fois, et nous avons vu que les auteurs avaient commis plusieurs erreurs graves de méthode. Peut-être en reprenant cette étude, en faisant les expériences avec beaucoup de soin, arriverait-on à des résultats meilleurs que les précédents.
La méthode de combinaison, dans laquelle on fait remplir les lacunes d’un texte incomplet, présente beaucoup de difficultés pratiques ; il est en effet difficile de préparer plusieurs textes équivalents; il y en aura toujours quelques-uns qui seront plus difficiles à compléter que d’autres; de plus, il faut faire des hypothèses arbitraires pour compter le nombre de fautes; on court ainsi le risque de compter inexactement le nombre d’erreurs; enfin il est probable que l’influence de l’exercice est considérable. Il faudra donc, en appliquant cette méthode, ne tenir compte que des écarts considérables; nous en avons vu un exemple pour le nombre d’erreurs avant et après les classes du matin.
Enfin les résultats obtenus avec la méthode de détermination du sens du lieu de la peau sont très nets; on peut donc employer cette méthode parallèlement avec d’autres pour constater une fatigue intellectuelle. La difficulté de cette méthode est qu’il n’y a pas de proportionnalité entre le degré de fatigue et la grandeur du seuil; ainsi, par exemple, si après une heure de classe le seuil d’une partie de la peau est égal à 8 millimètres, et après deux heures à 12 millimètres, on ne peut pas en conclure que la fatigue après deux heures a été une fois et demie plus forte qu’après une heure de classe. Une autre difficulté de cette méthode est la suivante : si le seuil est augmenté, on peut bien dire
qu’il y a une fatigue intellectuelle, mais il n’en résulte pas du tout (jue toute fatigue intellectuelle produise une augmentation du seuil, la réciproque n’est pas démontrée; il peut très bien arriver que l’élève soit fatigué et que cette fatigue ne se remarque pas nettement sur la valeur du seuil.
En somme, cette méthode présente quelques points incertains, et il ne faudra jamais l’employer seule.
Résumons maintenant dans ce dernier chapitre les résultats principaux qui ressortent des différentes études physiologiques et psychologiques que nous avons décrites longuement dans le courant du livre.
1° Nous avons vu, dans la première partie du livre, que sous l’influence du travail intellectuel il se produit des modifications plus ou moins fortes dans les fonctions physiologiques les plus importantes de l'organisme, telles que la circulation du sang, la respiration, la température du corps, les échanges nutritifs de l’organisme et la force musculaire; un certain nombre de ces modifications se produisent déjà pour un travail intellectuel très court, d’autres n’ont été observées jusqu’ici qu’ après un travail prolongé et intense. Dans tous les cas on peut affirmer ce résultat d’une grande importance qu 'aucun travail intellectuel ne peut être exécuté sans retentir sur ï organisme / la durée et l’intensité de ce retentissement varient suivant le travail intellectuel et suivant la fonction physiologique étudiée.
2° Si on examine pour chaque fonction physiologique ou psychologique les effets produits parle travail intellectuel, on remarque une certaine analogie deces effets; ainsi, par exemple, après un travail court le cœur s’accélère ; si le travail dure assez longtemps, le cœur se ralentit; de même la forme du pouls devient parfois accentuée pendant un travail court, et lorsque le travail dure plusieurs minutes le dicrotisme s’atténue; il en est de même pour l’état des vaisseaux sanguins de la main; au début du travail on a une vaso-constriction, et après quelques minutes une vaso-dilatation; pour la fonction respiratoire le même phéno-
MÉTHODES PSYCHOLOGIOUES
moue se produit, il se produit d’abord une accélération des mouvements respiratoires, et après quelques minutes un ralentissement; enfin la force musculaire semble aussi être augmentée après un travail intellectuel court, et au contraire diminuée après un travail intellectuel d’une heure. Il semble donc que pour un certain nombre de fonctions physiologiques un travail intellectuel court produit certaines modifications, et un travail intellectuel prolongé produit des modifications opposées aux précédentes.
Pour les effets psychologiques du travail intellectuel, nous avons vu que, lorsqu’on fait un travail continu pendant deux heures, dans les premières trente à soixante minutes la vitesse de travail augmente, et dans le reste des deux heures elle diminue ; cette marche croissante de la vitesse ne se produit pourtant pas dès le début; en effet, dans les premières cinq à dix minutes la vitesse est supérieure à celle des cinq minutes suivantes, c’est-à-dire la courbe qui représente la marche de la vitesse baisse d’abord un peu, puis monte pendant un certain temps (vingt-cinq à soixante minutes), et enfin, après avoir atteint un maximum, descend continuellement jusqu’à la fin. La petite descente de la courbe au début a été attribuée à cet état d’excitation dans lequel on se trouve lorsqu’on se met à travailler, et que nous avons désigné par le nom de verve ; la montée de la courbe a été attribuée à l’excès de l’exercice acquis sur la fatigue, et la descente de la courbe après le maximum à l’excès de la fatigue sur l’exercice. Ce sont des explications hypothétiques qu’il faudrait encore prouver par de nouvelles expériences. Mais ce qui est certain, c’est que lorsque le travail dure environ une demi-heure, la vitesse de travail augmente continuellement, et lorsque le travail a une durée plus longue, elle diminue. Il y a donc ici aussi deux effets opposés.
O11 se demande naturellement si les effets physiologiques du travail intellectuel 11e sont pas dans une certaine relation avec les effets psychologiques, si l’augmentation du nombre
de battements de cœur, l’accélération de la respiration, l’augmentation de la force musculaire, ne sont pas en rapport avec la période de verve ou avec la période d’exercice du travail intellectuel, et si le ralentissement du cœur et de la respiration, la diminution de la force musculaire, ne sont pas en relation avec la période de fatigue du travail intellectuel.
C’est là une question qu’il est impossible de résoudre à l’heure présente puisqu’on n’a pas encore fait de recherches sur les influences physiologiques et psychologiques parallèlement sur les mêmes individus. Il faudrait faire des expériences méthodiques dans lesquelles on observerait simultanément les différents effets psychologiques et physiologiques; ce n’est que de cette manière que l’on pourra arriver à connaître la signification des différents effets.
Pour mieux se rendre compte de ce qui est fait jusqu’ici nous donnons le tableau suivant, qui peut servir de résumé à tout notre livre (p. 332).
Tl nous reste à conclure.
Nous avons, au cours de ce livre, insisté trop souvent sur les lacunes des études que nous avons exposées pour qu’on s’é tonne de l’aveu qu’il nous reste à faire à cette place. Cet aveu, c’est que les recherches sur les effets du travail intellectuel ne sont pas encore assez avancées pour qu’on puisse en tirer une conclusion pratique qui soit directement applicable aux écoles. Après avoir dit ce qui a été fait, nous allons déterminer, avec autant de précision que possible, ce qui reste à faire.
D’abord, il faut étudier plus méthodiquement et plus profondément les effets du travail intellectuel sur les différentes fonctions du corps et de l’esprit. Beaucoup de points n’ont encore été qu’effleurés. Pour des fonctions très importantes, comme la pression du sang, la thermométrie, la respiration, on n’a examiné que les effets d’un travail d’esprit très court, durant quelques minutes, et on ignore les conséquences d'un travail intellectuel prolongé pendant plusieurs