CONCLUSION
chez certains surmenés et exister chez d’autres qui ne le sont pas. Le caractère distinctif du surmenage est dans le mode de réparation de la fatigue. Une fatigue normale est celle qui se répare d’elle-même, sans qu’on y songe , sans qu’on prenne de précautions spéciales , sans qu’on change la moindre partie de son hygiène. Au contraire, il y a surmenage toutes les fois que la fatigue qu’on éprouve exige pour sa réparation des conditions exceptionnelles. Ainsi, pour prendre un exemple qui nous fera bien comprendre, il est démontré par beaucoup d’expériences qu’après les classes du soir, les enfants de beaucoup d’écoles sont plus fatigués que le matin avant les classes; et, soit dit en passant, les pédagogues qui ont fait cette constatation ont eu le tort d’en conclure que les enfants sont surmenés ; à ce compte on ne devrait plus faire travailler les enfants, car tout travail sérieux produit nécessairement un peu de fatigue; mais la fatigue n’est pas le surmenage. Pour qu’on puisse affirmer que des enfants d'école sont surmenés, il faudrait montrer que la fatigue du soir ne se dissipe pas après le repos du soir et après le repos delà nuit, et que par exemple le lendemain matin les enfants qui se remettent au travail sont encore fatigués du travail de la veille, de sorte que la fatigue de la veille s’ajoute à la fatigue du moment et l’aggrave. Voilà un degré de fatigue qui nous semble pouvoir être considéré comme anormal, puisqu’il ne se dissipe pas de lui-même, et que pour le dissiper il faudrait donner aux enfants un repos supplémentaire, par conséquent modifier spécialement leur hygiène. Si des changements doivent en outre être apportés dans la nourriture, ou si des moyens thérapeutiques spéciaux doivent être employés pour réparer la fatigue, on peut encore dire qu’il y a surmenage. Mais nous ne voulons rien écrire là-dessus de définitif, parce que ce sont des problèmes qui ne se résolvent pas en théorie. C’est l’existence du problème que nous nous bornons à signaler.
Pour le résoudre expérimentalement, il faut le subdiviser
en (leux parties distinctes : une première recherche devra être faite sur les élèves des écoles et lycées pour rechercher quelle est chez eux la rapidité de réparation de la fatigue, ou en d’autres termes, au bout de quel temps les signes de fatigue qu’on a relevés chez eux disparaissent, comment ces élèves se reposent, quelles sont les circonstances qui favorisent ou qui entravent ce repos. Une seconde recherche devra se proposer de déterminer quelle est la vitesse de réparation qui, d’après l’âge des élèves, doit être considérée comme normale , et à partir de quel point il y a réparation anormale, c’est-à-dire pathologique, et par conséquent surmenage.
Nous sommes encore loin, on le comprend maintenant, du moment où il sera possible de traiter scientifiquement le surmenage intellectuel. La question, qui paraissait facile à résoudre, est au contraire hors de notre portée actuelle; le but auquel nous tendons paraît s’éloigner au lieu de se rapprocher. En réalité, nous nous en sommes rapprochés, puisque nous avons dissipé les illusions et montré quel est l’état exact de la question. Surtout, nous avons aujourd’hui le grand avantage de savoir ce qu’il faut faire. Nous possédons la plupart des méthodes qu’on devra employer ; ces méthodes ont été éprouvées, on en connaît les causes d’erreur et aussi les avantages. La voie est ouverte.
Nous terminons ce livre par le vœu que l’administration française, trop éclairée pour ne pas comprendre l’intérêt supérieur de ces études, se persuade bien qu’on ne résoudra aucun problème pédagogique par des discussions, des discours et des joutes oratoires, et favorise de tout son pouvoir les recherches de psychologie expérimentale dans les écoles !