SEPTIÈME ESCOUADE
Nous sommes arrivés au moment où le cadavre, ou cerlaines de ses parties, comme Îles téguments, les membranes, sont entièrement desséchés, momifiés et ne donnent plus prise aux agents microbiens des fermentations. Mais tout n'est pas fini pour nos #ravailleurs de la mort, et c'est précisément le moment que choisissent certains d’entre eux pour venir prendre
leur part du festin et ronger les tissus membra-
neux parcheminés, les ligaments et les tendons transformés en une matière dure d'apparence résineuse, et faire disparaître les poils et les cheveux. On a dit qu'ils les réduisaient en poudre, comme la scie réduit le bois en sciure. Mais c'est une erreur: ce qu'ils rongent ils le digèrent et ce sont leurs excréments qui constituent la poudre que l’on voit, dans les dépressions des os, à la place des tissus desséchés qui y étaient auparavant et qui ont disparu sous l’action de leurs mandibules. É
Les travailleurs de cette escouade sont les mêmes que ceux qui rongent nos étofles de laine, nos tapis, nos fourrures et surtout nos collections d'histoire naturelle. Ce sont certains Coléoptères voisins des Dermestes et même cer- {aines esp'ces de Dermesles, les Attagènes et les Anthrènes ; puis certains micro-lépidoptères des genres Aglossa et Tineola.Nous allonslesdécrire,
Genre AGcossa. — Nous avons déjà donné les caractères du genre Aglossa et dit que deux espèces nous intéressent : lAglossa pinguinalis qui fait partie de la troisième escouade et l’Aglossa cuprealis qui figure dans l’escouade dont nous nous occupons.
Aglossa cuprealis. — C'est un pelit papil-
lon qui a deux centimètres d'envergure; les ailes supérieures sont d’un roux cuivreux (acheté de noir avec deux bandes transversales en zig-zag jaunàtres ; ailes inférieures, jaune clair sans tache, abdomen jaunâtre.
La larve est une petite chenille nue qui ressemble à celle de l’aglosse de la graisse, mais on ne la trouve pas aux mêmes endroits ni aux mêmes moments : nous l'avons trouvée fréquemment sur des cadavres entièrement momifiés, travaillant à ronger des tissus secs, ou se pro= menant au milieu de débris des travailleurs de toutes les précédentes escouades, et toujours entièrement nue.
GENRE TiNEoLA. — Ce genre comprend de {rès petits papillons, les plus petits du groupe des micro-lépidoptères, caractérisés comme ceux du genre Tinea par des antennes simples dans les deux sexes, trompe rudimentaire, tête velue, abdomen cylindrique terminé par un bouquet de poils chez le mâle et en pointe chez la femelle. Ailes supérieures, longues, les inférieures en ellipse et frangées.
Nous avons rencontré très fréquemment dans les cadavres de fœtus momifiés, la très petite leigne suivante :
Tineola biselliela Ham. (fig. 23). — Longueur, six millimètres ; envergure, douze millimètres ; enlièrement d'une couleur blanc crême argenté avec les poils de la tète roux.
La chenille a quatre à cinq millimètres de long et est blanche avec la têle rousse, ainsi
Fig. 23. — Tineola biselliela, aa, état parfait; b, larve ou chenille; c, nymphe,
qu’un écusson sur la face supérieure du premier anneau.
On la trouve surtout en grande quantité dans des parties de cadavres desséchés qu'elle est occupée à ronger, soit nue, soit enveloppée d'une gaine de la poudre qui constitue ses déjections,
dont les grains qui sont lâächement unis par de fins fils de soie.
Nous avons trouvé aussi, mais plus rarement, une plus grande teigne longue de sept millimétres les ailes fermées, ayant quinze millimètres d'envergure les ailes ouvertes, qui nous paraît être une variété de la Tinea pellionella, ear elle n’en diffère que par une coloration gris d'argent des ailes supérieures avec quelques points noirs, et les ailes inférieures plus blanchàtres crèmes.
La chenille est blanche, légèrement jaunûâtre. Nous l'avons toujours trouvée libre dans les matières pulvérulentes constituées par s°s excréments et ceux de ses co-travailleurs.
Les Coléoptères qui font partie de la septième escouade, sont, avons-nous dit, des Altagènes et des Anthrènes.
GENRE ATrAGexts — IT fait partie de la tribu des Dermestides, famille des Clavicornes. Les Attagènes ressemblent à de petits Dermestes noirs, et leurs larves ressemblent aussi à des larves de Dermestes, mais avec, en plus, un long et fort pinceau de poils à l'extrémité caudale,
ESCOUADES DES TRAVAILLEURS Of
C'est l'espèce suivante qu’on trouve quelquefois sur les cadavres desséchés, mais assez rarement. Comme chez les Lépidoptères, c'est la larve seule qui est active.
Attagenus pellio ou Attagène des pelleteries. Ja cinq millimètres de long, est noir avec un point blanc sur chaque élytre et un autre près de la section médiane.
La larve est cylindro-conique et un peu plus grande.
GENRE ANTaRENUSs. — Îl est de la même tribu que le précédent. Les Anthrènes sont plus petites et ont le corps plus rond que les Attagènes.
Leurs larves sont très caractéristiques : elles sont cylindriques, assez courtes, entourées de faisceaux de poils qu'elles hérissent à la facon des piquants de porcs-épics dès qu’on les touche, et ces poils, vus au microscope, sont pour la plupart, surtout postérieurement, terminés por un bouton lancéolé. Ces larves suivent toutes leurs phases en une quinzaine de jours ; pour se transformer en nympheselles s’immobilisent,puis la peau se fend sur le dos et l'Anthrène en sort.
Les Anthrènes adultes vivent sur les fleurs, mais déposent leurs œufs sur les matières animales desséchées.
L'espèce que nous avons trouvée assez souvent sur des cadavres de fœtus humains entièrement momifiés, est la suivante :
Anthrenus museorum (fig. 24 a). — Longue de deux millimètres et demi, couverte d’un duvet jaune disposé par larges zones sur lesquelles tranchent trois bandes blanches ondulées.
La larve (fig. 24 b) a quatre millimètres de long ; elle est de couleur blanchätre avec des poils jaunâtres, barbelés, les uns, les postérieurs, terminés par une sorte de dard
mousse(fig. 24 c et «).
Fig. 24. Les Anthrènes adula, Anthrenus mnuseorum :
b, sa larve; c, d, poils de celle-ci, tes sont communes dans nos maisons, mais
elles sont surtout un fléau pour les musées : leurs larves dévorent les Insectes des collections et les plumes des oiseaux empaillés, ou la peau des mammifères, quand les adultes peuvent s’in-
troduire dans les boîtes ou les vitrines qui les
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renferment, pour y déposer leurs œufs, C’est dans le même but qu’elles recherchent les cadavres momifiés et Les débris d'insectes.