SCÈNE XIX
DUBRLUIL, PAULIN, EDOUARD, dans la caisse.
nuBREUiL , descendant l'escalier.
Morbleu ! il n'y a plds de bonne foi parmi les hommes ! ( à Paulin ) j'apprends une fâcheuse nouvelle, Paulin ; notre correspondant de Toulon vient de suspendre ses paiemens.
PACHN.
Se Tjeul-il ?
DOBREUIL.
11 faut s'attendre h cela dans le commerce; mais aujourd'hui, ;! la lin du mois !... j'a\oue que cela m'est d'autant plus pénible que j'ai beaucoup à payer, et que je comptais sur une rentrée assez considérable de cette maison.
PAULIN
Ah ! du moins, vous avez encaisse....
DUBREUIL
Je le crois ; cependant je n'en ai point encore fait Tétat. Chaque fois que je dois m'occuperde ce travail, j'éprouve un serrement de cœur....
PAULIN
Comment ?
DUBREUIL
Je ne sais; mais le mois dernier , il m'a semblé trouver <lu déficit.
PAULiK, alarmé.
Du déficit !
DUBREUIL
Oui; cela n'était pas très-considérable; mais enfin je n'ai pas uouvé mon compte , et cela m'in juiète. PAULIN , à part.
Quel soupçon !
Je ne puis accuser personne; je ne confie point ma clef.
PAULIN
Votre clef ! mais ne l'oubliez-vous jamais ? ce serait
une grande imprudence, monsieur; vous devez bien vous observer là-dessus ! Tout à l'heure encore.... ( il lire la fausse clef et va la remeUre a Dubreuil).
DUBREUiL, lui montrant la sienne.
La voilà ; je la porte toujours sur moi.
PAULIN , cachant rapidement celle qu'il tient. Que vois-je ?
DUBREUIL
Pourtant j'ai cru... C'est peut-être une erreur ; mais ce mois-ci, j'ai uiis la plus scrupuleuse attention dans mes comptes.
PAULIN , à part.
Tout est éclairci 1
DUBREUIL
Toute fois , je ne serai tranquille que lorsque j'aurai fait l'état de ma caisse. ( // remonte la scène ) (i). PAULIN, à part.
Edouard est coupable ! Tieu ! s'il était là ! le malheureux ! Comment éviter que son père?... ( Dubreuil oui^re les deux tours de la caisse , Paulin se précipite vers lui et l'arrête ).
PAULIN
Monsieur , monsieur , de grâce !' ( // tient Dubreuil par la main, et le force à retenir sur le devant de la scène ; la porte de la caisse reste entr ouverte).
DUBREUIL
Qu'est-ce , Paulin ?
PAULIN
Pardon , monsieur , je...
DUBREUIL
Comme te voilà pâle , tremblant !
PAULIN, regardant toujours avec inquiétude du coté de la caisse.
11 est vrai , monsieur, je ne suis pas tranquille.
DUBREUIL, lia prenant la main.
Paulin !
(i) Paulin, Dubreuil, Edouard.
PAULIN
Vous avez a payer demain une somme considérable , et, après vos malheurs, cette nouvelle perte....
DUBUEUIL.
(/est fort contrariant , mais je suis presque sur d'avoir en caisse...
PAULIN
Et si vous vous trompiez !...
DUBREUIL
Non , non, j'en suis sur , te dis-je. ( Dubreuil est en scène de manière à tourner le dos à la caisse. Pendant ce dialogue on en ^wit sortir Edouard paie et dans le plus grand désord/e ; il traverse le j'oncl du théâtre sur la pointe du pied et gagne l'escalier ).
PAULIN , qui s'est aperçu de ce înouvement.
Ali ! monsieur , vous me rendez la vie.
DUBREUIL
Ton émotion me touche ! je ne Toublierai jamais.
PAULIN, à part.
J'ai pu du moins lui épargner ce coup affreux !
DUBREUIL
Remets-toi , Paulin , remets-toi ; cache surtout à mes enfans!... Ce n est rien.... Mais j'ai vu ton dévouement, j'ai vu la bonté de ton cœur... ali ! viens sur le mien , viens ; c'est là cpie doit être la récompense. ( Dubreuil presse Paulin dans ses bras. Edouard a monté quelques marches ; témoin de ce tableau , il élevé ses mains au ciel, cache sajigure , et tombe sur les degrés ),