‹ La fausse clef, ou Les deux filsChapitre 38 sur 59 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Mad. ROBERT , PAULIN.

mad. ROBERT, sitwant sonjïls qui semble fuir devant elle. Non, Paulin , non , je ne te quitterai pas que tu n'aies dissipé les craintes que j éprouve ! 11 faut tpie je meure ;i les pieds ou que tu me rendes à la vie.

PAULliV.

Qu'exigez-vous, ma mère ?

MAD. ROBERT

Vois la honte qui nous accable, et prends pitié de notre douleur. Pendant dix ans , tu fus le soutien et l'orgueil de ta mère, veux-tu donc aujourd'hui la coniKure au tombeau ! Veux-tu. que celle qui fut si long-temps fîère de te nommer son fils, rougisse maintenant de t'avoir donné la vie ?

PAULIN

Ah jamais !... croyez bien.

MAD. ROBERT

Et ton père !... tu voulais l'arracher à sa captivité; tu voulais aller prendre ses fers , et quand le ciel le rend à nos embrassemens, tuL- frappes sans pitié du coup le plus cruel ! Tu 1« forces à maudire le jour qui le ramène au sein de sa famille , il ne revoit sa patrie que pour ètx'e témoin du déshonneur de son fils ?

PAULIN

Et vous aussi , ma mère !

MAD. ROBERT

Ose m'accuser d'injustice .'... nos malheurs étaient finis ; un riant avenir se déroulait tievant nous ; notre travail et les bienfaits de M. Dubreuil nous promettaient une vie douce et paisible ! lu nous enlèves tout \,.. Méprists par tout le monde; chassés honteusement de cette maiso.'i, où j'espérais finir mes jouts, obligés d'abandonner Marseille , nous irons trahier dans la misère et la douleur , une vieillesse déshonorée... Et c'est mon fils qui nous caijse tqut de maux î

Vous nie tr.'iiicz bien crnellemenl ! je n ;ii pas mérilé...

aiAO. KOEKKT.

Pi»i:\c-1(' donc... tout l'accnso', tout lo monde le croit -■coupaJ)!»', ta mère seule aime enrore à se ])eisiiader de ton iiii.ucence , mais commc-nl déti nira-l-elle l(;s premes teiriljles qui s'élèvent contre loi ?

PAULIN

C'est impossilde.

MAD. ROBEllT.

Impossible !

PALLIN.

Moi-même , en ce moment, je ne le pourrais pas j cependant je ne suis point coupable.

MAD. KOliEUT.

Est-il bien vrai ?

l'AtlT.IM.

Ma mère , je vous le jure par la tendresse et l'amour que j'ai toujours eus pour vous,

aiAU. UOBEUT.

IMals (pii peut t'empècher ?...

PAtLllV.

L'honneur jne commande le silence.

M AU. nOUERT.

I/honneur !

PALLIN.

Si je parlais, vous seriez la preniièi'e à rtu' ))làmei' , et celte tois jemcrileraisvos reproches; cependant rassure/.vous , il faudra que bientôt la vérité soit connue... encore un jour peut-être , et loin de soupconnei' mon innocenc;-, on approuvera ma conduite.

jMAd. noBtnr.

Je te crois, Paulin ; j'ai besoin de te croii<'. Ah ! (K> qtiel poids alFreuK tu soulages mon cœur ! Aiens moii lils, viens dans les bras (U> ta mère !

PAULIN se jetant clans ses bras.

INÎa bonne mère !

Cependant, mon ami, M. i)iii)reiiil est l)ien irrite contre toi, et notre siliialion peut dt-M-nir [iliis allVctise. Je \eiix 11- voir, me jeter h ses jiieds ; [e joindrai mes larjnes anx ; ii[>jdiralions d<' Ion jière !... hélas ! il vient en frémissant de lui rt'porler eelte latale <;asse!t(î h.. peut-èîKî ponrronsnons dclourner l<'s njallieiirs (pie je redoute... il n'y ;i point de temps ii perdre, et je vais...

PAULIN

Pvestez ; vous ne potirriez le voir en ce moment.

MVD. nOlîEKT.

('rois-ln tpi'il refiise de ni'entendn; ? ton père est auprès de lui.

PVULIN.

Mon père ne l'a point eneore vn^

MAI), llOBEKl'.

Tu redoubles mes eraintes !... Au nom du ciel , ote n)oi d'iMidoiite si horrible T.. . AI. DidircMiii esL-il t lie/ lui !

l'AULIN.

Philippe m'a dit (pi'il l'avait vu sortir.

MAD. lîOBKUT.

() mon Dieu ! S'il était allé porter .^a plainte !.. S'ilvoiilail t'app<Jer devant les tribunaux !... Si Ion venait t'arraclier de mes bras pour te traîner devant les juges î

PAULIN

Que dites-vous ?... M. iîubreuil serait assez cruel !... J ai pu soufï'rir ses reprochiîs , son injustice !... Mais cpTil llétrisse pnblicpiement mon lionnem- ! cpi'il déshonore ma laniillc !... Ah ! cette épreuve gérait au-dessus de mes l<ji'ces 1... J'avouerais tout... et crovezbienqiic je ne serais pas le pins à plaindre. Oui, vous avez raison, il faut le voir !... il faut rpi'il évite le moind're éclat !... Je puis supporter de grandes peines !.,. Mais mon père 1... Mais vous !... ah ! je n'y résisîerais jamais ! venez , venez. ( fl se dispose à entrer chrz M. Dubreuil avec sa mère; lu voix de Philippe l'arrête ).

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