‹ La fausse clef, ou Les deux filsChapitre 44 sur 59 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

EMILIE , PAULIN , ROBERT , Mad. ROBEIIT , PHILIPPE.

MAD. ROBERT

Eh! Lien, mon ami ! {Roherl serre la main de sa femnie et Jie répond pas ).

PAULIN, s' approchant . ■

Mon pèiu;!...

ROBERT, sévèrement.

Je vous défenrls de me er celitre. La probité fut tou-

jours hëi'é(!itaiie dans ma famille, rt j« ne reconnais point pour mon iîls l'homme qu^on peut accuser d'une haistisse. MAD. ROBERT, avec vivacitô.

Il n'en est point capable !

EMILIE

Ç^ue vous êtes cruel , M. Robert !

PHILIPPE

Ah 1 ben, si vous traitez ainsi mon cousin '...

ROBERT^ ai^ec chaleur.

Qu'il se justifie; qu'il détruise les preuves accablantes qui déposent contre lui; qu'il recouvre sa réputation, l'estime de son bienfaiteur, et mes bras lui sont ouverts! PAULIN, a part.

Edouard! Edouard!

ROBERT , a Paulin.

M. Dubreuil veut vous voir pour la dernière fois.

PAULIN

'MAD. ROBERT

EMILIE

Moi?

O ciel !

Je tremble !

ROBEÇ^T, à Paulin.

Il va vous faire connaître lui-même ses intentions.

PAULIN, avec calme.

Je suis prêt à vous suivre.

ROBERT

Restez... M. Diihrenil ne pent plus permettre l'entrt'e de sa maison h rhomme qui a si indignc^ment traliisa confianci' et abusé de ses Jiieufaits. Votre devoir maintenant est t!e l'attendre ici.

MAD. ROBERT, a\^ec inquiétude.

Et M. le président?...

ROBERT

Il doit l'accompai^ner ; mais ses efforts et les miens ont été inutiles. La patience de JM. Dubreuil est épuisée, notre sort est fixé. Plus d'espérince !... je n'ai recouvré ma liberté que pour trouver la honte et l'opprobre au sein de ma patrie; et je descendrai dans la tombe déshonoré par celui qui devait faire ma gloire et mon bonheur.

MAD. ROBERT

Mon ami!

Monsieur !

Mon oncle !

EMILIE

PHILIPPE

ROBERT

Les voici... retire-toi, Philippe. {Philippe s'éloigne. Dubreuil entre suivi du président; il fait signe à Emilie de rentrer ; elle obéit en disant à part ) Tâcjions de retrouver Edouard !

SCÈJXE YIII.

Mad. ROBERT, ROBERT, PAULIN, DUBREUIL,

DViiREv IL, en entrant.

Sa vue rallume toute ma colère !

LE PRÉsiDEAT, à DubreuH.

Du calme, mon ami.

DUBREUIL

Vous le voulez; je tâcherai de me contenir, LE PRÉSIDENT, à part désignant la cassette qu'il portait et qu'il a déposée sur une chaise de jardin. Essayans cette dernière épreuve.

MAD. noiîEiiT, h pari.

One va-t-il déridci?

DUCKEUiL, dan Ion cnuccjilré.

^I. Paulin, peu maître tle mon ])it;nu(^r moiivomcnt, j'ai voulu d'iihord vous livrer h la rigueur des lois; mais la douleur de votre père, uu reste de 1 attarliement que vous m'aviez inspi: é , le désir de M. de Aîonlesqnieu . tout m'a ramené à nue résolution plus digne de moi : j'en i-euds grâces an eiel ! quelle que soit voire conduite, il m'cuM été tioj) cruel d'avoir à me reproclier votre peite. ^^• suis assez vencfé eu vous abandonnant à vos remords et an mépris que vous nuhitez !

PAtri.iiv.

iNfonsieur, si vous daigniez!...

DUBREUiL, brusquement.

Point d'explication... niainlenant, je n'en veux aucune. J'ai fait prévenir le capitaine Piriee; vous aviez retenfi une place sm- son Lord... parlez, éloignez-vous de ces lieux... n'avezaucnne inquiétu«le sur vos respectaldes paren.s; je uc les abandonnerai pas; nous conîondrons nos peines... puisions-nous un jour avoir h nous féliciter de votre retour ii la vertu ! je le souliaite. (^ne le ciel m accorde du moins ce dernier vœu que je ftiis encore pour vous 1

MAD. ROBEUT.

Pauvre Paulin!

pAur.iiv.

Vous me cliassez, monsieur!...

LE phésidert. , Dans la position où vous êtes placé, vous n'avez plus de choix à faire, Paulin; il faut quitter Marseille. M. DuJneuil consent ;i gai'der le plus profond silence sur cette malheureuse affaire; sa bonté va même jusqu'à vous laisser cet or qui vous a ravi son estimé.

PALLIA, auec un niouveniciii terrible.

Graiîd Dieu!

noBEUT, ai>ec force.

IMalheurenx! c'était ii toi qu'il était destiné !... accople-le mainienaut,.sii,u n'en rougis pas!

Moi!

LE PKÉSIDEJVT.

La somme que renfermait celte cassette , devait être un jour le prix de vos services... recevez-la donc, et n'affligez pas davantage votre bienfaiteur par un refus obstine.

PA.UHIV.

Quelle humiliation!

MAD. ROBEUT, hus h Pauliii, Contrains-toi, mon iils!

LE PUÉSIDEKT (l).

Prenez aussi ce billet; conservez-le toujours; qu'il vous rappelle l'amitié que vous portait M. Dubreuil, et tout ce que vous pei'dez en ce moment.

PALLIN^ à part.

Et je ne puis parler !

ROBERT

Mais avant de sortir à jamais de ces lieux, je veux que tu connaisses bien l'iiomme que lu as si indignement outragé. Ecoute, ensa présence, la lecturedecet écrit; apprends de quel bonheur ton crime t'a privé , et que te'S regrets viennent encore ajouter à tes remords !

PAULIN

Mon père !...

ROBERT

Je le veux. Ce sera sa vengeance et ton premier supplice. DUBREUIL, au président qui ouvre le billet.

Mon

ami!.

LE vv^ÉsiuEinT j, à Dubreuil.

Laissez-moi faire.

PAULIN

Ah! par pitié!... Je n\'iccepterairien... Dispensez-moi...

R.OBERT, le saisissant par le bras.

Ecoute, malheureux !

LE PRÉSIDENT, uuec dignité.

Ecoutez, Paulin. ( Pendant cette lecture , les person-

(i) Mad. Robert^ Robert^ Paulin, le Président, Dubreuil.

nages expriment les divers seiitimens dont ils sont agiles. Dubreuil parait combattu par sa colhre et par l amitié au il a pour Paulin ; Hohert est accablé; ht président observe alteuiivement Paulin, qui levant les yeux au ciel et les reportant ensuite sur son père et sur Duhreuil, semble se faire les plus grands efforts pour garder son secret ).

LE pnÉsiDEJVT, lisant :

« Trompé long-temps par les hommes , j'en cherchais « un qui fût tligtie de ma confiance; ( avec une intention <t marquée ) eiilin je l'ai trouve.

ULEULUIL, après un moment de silence.

Je le crevais alors 1

LE PiîÉsiDENT, cojitiuuant de lire.

« Paulin Ixobert mérite toute mon estime ; je l'aime te comme s'il était mou fils , et je prends devant le ciel « l'eugagenicnt de lui servir de père.

PAULIN, avec attendrissement.

O le meilleur des hommes !

LE pr.tsiDEN'T , continuayit.

<f La soinrae que renferme cette cassette est h lui , et si « Dieu prolonge mon existence, j'espère l'augmenter assez « pour qu'il ne manque rien à son bonheur ; mais si je ic meurs avant d'avoir réalisé mes espérances , je rccom- « mande Paulin a la tench'esse de mesenfans !... Que mon (f fils Edouard le traite comme un frère, car Paulin est aimé « d'Emilie...

PALLIN ET MAC UOEERT.

Qu'eniends-je?

LE PRÉSIDENT, continuant.

(f Je le sais , et je ne connais pas d'époux plus digue ce d'elle. Signé uubreuil. »

PAULIN

Grand Dieu! 11 serait vrai?... Emilie 1...

]>UBilEUIL.

Oui, mon espoir le plus cher était de f unir à ma fille.

PAULIN

Emilie !... Je pouvais prétendre !...

ROBERT

Pleure maintenant sur ta faute !

PAULIN

Emilie 1...

LE PRÉSIDENT

De la confiance, Paulin ...vous pouvez recouvrer cncoro l'amitié de M. Dubreuil.

PAULIN

Moi, son époux !... O mon Dieu !

DUBaEUIL.

Un mot , et tu n'as rien perdu.

Est-il possible ?

ROBERT

Tu l'entends 1 peux.-tu refuéer encore^... Par pitié, mon fils !... vois mes larmes... cède à mesprières !... S'il le faut je tombe à tes genoux !

-MAD. ROBERT

Paulin, mon ami !...

PAULIN, le retenant.

Mon père 1... que faites-vous ?...

ROBERT

Justifie-toi, je t'en conjure !...

LE PRÉSIDENT

Parlez, Paulin.

PAULIN

Vous l'exigez ?

TOUS

Oui, oui.

DUBREUIL, auec chaleur (i).

Peux-tu rester insensible à la douleur de tes parens ? Verras-tu sans pitié ton père embrasser tes genoux ?... Mallieureux ! tu ne sais pas ce que tu lui fais souffrir ! Si jamais le ciel t'accorde un fils , tu sentiras combien il est cruel d^avoir a gémir sur de pareilles fautes ! tu

(i) Robert^ Paulin, Mad. Robert, Dubreuil^ le Président.

éprouveras que , pour un père, la mort est préférable au déshonneur de ses enfans.

PAULIN, hors de lui.

Et c'est vous , monsieur , qui voulez ?... Laissez-moi , laissez-moi!... je dois, je veux vous fuir !... jNe m.e pressez plusj je ne dirai rien !

ROBEAT, accablé.

Pùcn !

DUBREuiL, avec empressement.

Fuis donc , misérable , et délivre-nous à jamais de ta présence !

MAD. ROBERT

Mon fils !...

ROBERT

]1 ne m' est plus permis de douter de ton crime! Eloignetoi !... (Quitte cette maison, ou dans ma juste fureur !... ( Il fait un geste menaçant).

MAD. ROBERT

Mon ami !...

PAULIN, ai>ec un cri déchirant.

Mon père !...

LE PRÉSIDENT

Arrêtez !... Eloignez-vous, Paulin.

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