‹ La fausse clef, ou Les deux filsChapitre 51 sur 59 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LE PRÉSIDENT , dans le paviUon, É^ULIE, EDOUARD.

EMILIE

Me diras-tu j cher Edouard?..

EDOUARD

Chut !... Parlons bas, ma sœur , je tremble que mon père....

Edouard ; je ne te vis jamais redouter ainsi sa présence.

EDOUARD

C'est que jamais je ne fus aussi indigne de sa tendresse !

EMILIE

Que dis-tu? Quels reproches as-tu donc à te faire?

EDOUARD

Les pins cruels î Les plus affreux ! j'ai trahi mes de\oirs; j'ai déshonoré ma famille, et j'ai causé la perte de l'ami le plus tendre et le plus généreux !

EMILIE

Se pourrait-il !... M. Paulin...

EDOUARD

Il est innocent !... moi seul, je suis coupable !

EMILIE

Toi!

EDOUARD

Oui , celte cassette, cette clef !... C'est tle moi qu'il les tient !...

É3IILIE.

INIalheureux !

KDOUARD.

Et c'est pour me soustraire au courroux de mon père qu'il laisse peser sur lui cette odieuse accusation !

EMILIE

Que de générosité !... O mon frère ! Si tu savais à quels périls tu l'as exposé !... Sans M. le président, qui sait où l'indignation de mon père se serait arrêtée ? Repoussé par ses parens, chassé de cette maison , il perdrait à la fois sa réputation , son état , ses espérances.

EDOUARD

Et je le souffrirais !

LE PRÉSIDENT, çui paraissait fort occupé à prendre des notes y cesse tout-à-coup j et dit :

J'entends parler. ( Il prête l'oreille).

EDOUARD

Non , il n'est que mon aveu qui puisse justifier Paulin, j'avouerai tout.

LE PRÉSIDENT

C'est Edouard !

EMILIE

Il le faut... Mais grand Dieu ! mon père !...

EDOUARD

Je fuirai ces lieux ; j'éviterai la présence de celui que j'ai si indignement outragé ; l'innocence de Paulin sera reconnue , et seul , je porterai la peine du crime que seul j'ai commis.

LE PRÉSIDENT

Le malheureux !

EMILIE

Cette résolution t'honore à mes yeux. Mais comment apprendre à mon père ?...

EDOUARD , baissant la voix.

C'est.... pour ççU... que j'ai voulu te voir.

EMILIE, avec effroi.

Pour cela !

EDOUARD

J'avais résolu de lui écrire... Hélas! ma main tremblante s'est refusée à tracer ces caractères qui devaient briser son cœur !

LE PRÉSIDENT

Pauvre Dubreuil !

EDOUARD

Cependant le temps presse... L^infàme auteur de tous mes maux , l'exécrable Volmy vient d'être privé de sa liberté !

LE PRÉSIDENT , consuUant ses notes.

Volmy !

EDOUARD

J'ai moi-même été témoin de son arrestation; il me dénoncera peut-être , et ma famillle serait publiquement déshonorée!... Tu sais tout maintenant : instruis mon père.

EMILIE

Moi que je lui annonce... Jamais je n'en aurai le courage.

Il le faut... je n'ai d'espoir qu'en toi. Adieu , ma sœur , adieu , c'est le dernier que tu recevras de ton malheureux frère !

LE PRÉSIDENT

Que dit-il !

EMILIE

OÙ vas-tu?... Le trouble où je te vois... La terreur qui t'agite....

EDOUARD

Ne me plains pas... Tous mes maux vont finir !

ÉAflLIE.

Mon frère !... ( ï enlaçant de ses bras ) A.I1 ! je ne te quitte pas !

EDOUARD, cherchant à se dégager.

Laisse-moi !... laisse-moi !

LE PRÉSIDENT, s'élançant à la porte du pavillon^ et avec . une force mêlée de dignité.

Demeurez , Edouard ; demeurez ; je vous l'ordonne.

9^ ÉDOVAnn.

I-c président ! Ciel î ( // cache sa figure dans ses mains ).

EMILIE, couvmit au président.

Ali ! monsieur, venez le sauver de son désespoir !

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