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quelque distance que les événements aient mise entre eux. C'est le programme intérieur du Consulat, tracé avant que le 18 brumaire ait rendu plus possible qu'auparavant de le suivre; l'histoire reconnaîtra longtemps au Consulat le grand mérite de l'avoir suivi ; elle ne doit pas oublier que c'était celui de La Fayette avant qu'il ait été réalisé. Seulement, il en aurait, lui, demandé l'application à la liberté politique, et l'histoire aura peut-être la déception de trouver que la liberté eût alors, de nouveau, produit uniquement l'impuissance.
Sous le nom de « démocratie », les deux termes de « liberté » et de « république »
sont aujourd'hui couramment confondus.
On paraît croire qu'ils vont ensemble de soi et font jouir de ce qu'ils supposent, du
moment où Ton a cette « démocratie » en quoi on les résume. C'est de ce point de vue que Ton prononce dédaigneusement la qualification de « bourgeoisie » à rencontre de La Fayette. Par ce mot on croit écarter rétrospectivement les conseils de ce vétéran de la Révolution, à qui encore jeune le cachot avait donné le temps de réfléchir au sens qu'elle impliquait et aux données provenues d'elle. De ces conseils, formulés par lui en ses lettres et autres écrits à l'approche de 1800, on a récemment dit qu'ils sont «de significatifs indices de sonincapacité à concevoir la République autrement que sous les formes qui la nient, et que la liberté n'est pour lui que la tranquille jouissance des privilèges et des intérêts de la bourgeoisie ». C'est Terreur même en histoire.
Le publicisme s'emploie, d'habitude, à redresser les vies publiques dans le sens des notions qui régnent à son moment. Ces notions soient-elles très postérieures, ou il les leur attribue ou il les malmène de ne les avoir pas eues. La vérité est dans le contraire. L'histoire a son cadre à elle, à savoir la suite dans laquelle idées et situations se sont enchaînées. Elle exige que les actes des hommes soient expliqués et jugés à raison de l'heure où ils se produisent, elle ne saurait admettre de les en louer ou de leur en faire reproche en vertu d'idées ou de perspectives encore ignorées à leur date.
Une entité relativement nouvelle ne laisse comprendre la démocratie qu'en tant que son gouvernement non seulement dérive du nombre, mais bien que le nombre y
commande. A l'automne 1792, où La Fayette essaye d'arrêter le courant, le nombre est près de devenir une meute que des meneurs pousseront, en s'étayant du sentiment qui a fait de la Révolution le bien commun. De plus en plus, depuis lors, le nombre sera cela. 11 dominera la Convention. Du moment qu'à un tel état politique on ne voit rien à redire, la constitution de 1791, que défend La Fayette, n'est plus qu'une constitution « bourgeoise ». C'est par esprit <( bourgeois » qu'il discerne, dans les mouvements dirigés contre elle, le commencement de l'anarchie, et que dans ses lettres de prison, ensuite, il s'afflige avec répulsion du gouvernement par l'échafaud sous l'inspiration de quoi la représentation nationale est jetée. De cette démocratie-là Thistoire, à coup sur, diraqu'il fut l'ennemi,
qu'il eut raison de l'être et que c'est faire injure aux conceptions politiques du xix e siècle de prendre pour l'état de « république démocratique » la période de 1793, à plus d'un égard aussi celle du Directoire, allant des coups de force en coups de force et croyant qu'il gouverne.
Pour ne point jeter le blâme, à partir de 1792, sur l'homme essentiellement de 1789 que fut La Fayette, quelle place voudraiton donc qu'il eût prise, dans le cours de la Révolution? Tout de suite celle de Robespierre? Un Robespierre à qui ses qualités personnelles auraient facilité de contenir et de régler cette démocratie du nombre ?
Or, jusqu'à ce qu'elle ait été tuée elle-même
par ceux qui, après l'avoir érigée, Tavaien suivie dans son action, elle a tué l'un âpre l'autre tous ceux, emportés ou mesurés qui cherchèrent un rôle sous elle. Si Toi se contentait de moins, serait-ce qu'à 1 tète de l'armée du Nord il eût eu tous le succès de l'Argonne, les succès suivant nécessités après ceux-là et qu'ainsi il fû aussitôt Bonaparte, le Bonaparte de h liberté ? Mais que le temps de Bonapart était encore loin ! La Fayette aurai t-i échappé aux dénonciations des Sans Culottes, à celles des Représentants ei mission, conséquemment au sort de Cus Une et d'autres? Hoche avait failli le subir Du bien le concevrait-on rentré à la Con \ention et reste un muet de la « plaine »
uu sourd au Comité de la guerre, d'ailleur quelqu'un ue portant pas ombrage
L'homme d'élan qu'il était, est-ce qu'il n'aurait pas précédé ou accompagné soit les Girondins soit Danton aux hécatombes révolutionnaires? Sans doute les publicistes se seraient étendus, depuis, en épitaphes émues sur cette personnalité étonnamment commencée, tombant inachevée sous la faux des événements. Exaltations posthumes qui seraient de peu et combien faibles, éloquentes fussent-elles données à lire, comparativement au rang de victime expiatoire de la Révolution où les monarchies du continent ont élevé en lui l'homme de 1789!
Jusqu'aux approches de l'octogénat, La Fayette a été la personnification vivante des droits de la créature humaine dans le fonctionnement de Tétat social, et le héraut de la discussion publique, autre-
ment dit de la liberté politique dans gouvernement des nations. Personni cation sans cesse agissante, dans Tattitm ou dans la parole quand ce ne put pas et par les actes. De la « gloire » ambitionn< par lui étant jeune, c'est une des pli hautes qu'ait conçue l'époque moderne personne encore ne l'y a dépassé.
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Patrimoine de fond de la France. — La mémoire de La Fayette. — Périodes de sa vie historique. — Difficultés de conduite créées aux hommes publics par la Révolution 4à6
I. Années d'Amérique. — Hâtive notoriété que La Fayette se donne. — Dépression de la France à la fin de Louis XV. — Les ministres de Louis XVI ; ils continuent la pensée de Ghoiscul, de profiter du soulèvement des colonies anglaises. — Leur projet d'envoyer le comte de Broglie pour chef à ces colonies.
— Situation de ce dernier à la cour. — Appui par lui prêté à La Fayette, enflammé d'aller se battre contre les Anglais. — Départ empêché des émissaires du comte. — La Fayette les emmène à ses frais.
— Aide de camp de Washington ou son lieutenant dans les rudes commencements de la guerre.
— Charme de sa nature, action qu'elle lui valut.
— Pourquoi il revient en France, comment il y est reçu. — En entretiens avec le gouvernement sur les choses d'Amérique; fait colonel du régiment Noailles- Cavalerie, puis aide-major général de l'armée forméo pour une descente en Angleterre. — Abandon forcé de l'entreprise; interrogé sur laquelle se porter. — Il fait décider l'intervention
militaire ouverte aux Etats-Unis. — Ramené aux ordres de Washington pour annoncer Rochamboau.
— Elevé au commandement en chef d'une nouvelle campagne lors des négociations de la paix, si la rupture à lieu. — Sa fougue native jamais éteinte 7 à •
Fayette et Bonaparte. — Tous les deux des dictateurs ; ditférence de l'un à l'autre. — Républicains de 1830 et plus d'un d'à présent, au sujet de La Fayette. — Ennemi de la démocratie ou bien son serviteur"?
— Prisonnier d'État des monarchies européennes ; nouvelles correspondances de lui. — Ses cachots à Magdebourg et à Neisse ; les moyens d'écrire en secret, puis avec autorisation; réelle beauté de ses lettres. — Erreur d'appliquer à l'époque de la Révolution l'antinomie toute moderne de « bourgeoisie » et de « peuple » ; qu'alors le « Tiers État » résumait tout. — Divergences naturellement nées, toutefois, dans les idées et dans les dispositions personnelles. — Lettre secrète à l'Allemand qui publie la Revue Minerva; exposé jamais démenti des principes et des sentiments de La Fayette. — Ses impressions à son entrée en geôle. — Passé intellectuel qui travailla en lui dans le rôle par lui rempli. — Supérieurement préparé pour les Etats généraux. — Sa participation aux mesures réparatrices envers les protestants. — Notions précises des vices politiques du moment ; avant le 14 juillet il proposera la Déclaration des droits. — Pourquoi éloigné de Paris après 1791 ; pourquoi il accourt du camp de Maubeugc à l'Assemblée, pensant la ramener à la Constitution et au roi. — Unité de sa vie politique
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à travers les changements traversés. — Qu'être l'expression supérieure des aspirations publiques fut la « gloire » et la popularité qu'il rechercha. — Dépourvu de l'esprit politique entendu comme adresse tactique; lui et Mirabeau; l'esprit qui le mouvait 47 à 97
III. La veille du Consulat. — La Fayette libéré; ses pensées et ses tristesses intimes dans la détention; le dénûment et l'ostracisme après. — 11 veut demander des moyens d'existence à des ouvrages à écrire et à publier. — Un tableau des bienfaits do la Révolution dans l'état social et dans la condition des hommes. — Patriotiquemcnt impatient de rentrer en France. — Resté froid aux avances de Carnot et de Sieyès d'une part, des complaisants do Barras de l'autre, pour substituer un gouvernement nouveau au Directoire impuissant et décrié.
— A Paris le lendemain de Brumaire. — Avant le Consulat il dresse le programme do rapprochement que le Consulat va pratiquer; il l'a dressé, seulement, sur l'idée fondamentale de liberté. — Ce que le monarchiste avait été en lui. — Il est transporté par les victoires de la République. — De quelle démocratie l'on a raison de le tenir pour l'ennemi?
— Qu'il n'eût pas pu être l'homme do la Révolution telle que la font supposer ceux qui le blâment. — Son incontestable gloire 100 &
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