‹ La FédorChapitre 20 sur 26 · OH, COMME LES TOITS DE PARIS RESPLENDISSAIENT · texte numérisé non relu

OH, COMME LES TOITS DE PARIS RESPLENDISSAIENT

La Fête des Toits

Conte de Noël

Oh ! comme les toits de Paris resplendissaient cette nuit-là! Quel silence, quel calme, quelle clarté surnaturelle! En bas, les rues étaient noires de boue, la rivière lourde de glace ; le gaz triste se noyait dans

228 La Fêle des Toits

le dégel des ruisseaux. En haut, à perte de vue, au-dessus des palais, des tours, des terrasses, des coupoles, sur Faiguille mince de la Sainte-Chapelle et ces milliers de toitures serrées, inclinées l'une vers l'autre, la neige étincelait toute blanche avec des reflets bleuâtres, et cela faisait comme une seconde ville, un Paris aérien suspendu entre le vide de l'ombre et la lumière fantastique de la lune.

Quoiqu'il fût encore de bonne heure, tous les feux étaient éteints, pas la moindre fumée ne flottait sur les toits. Pourtant les cheminées heureuses, où chaque jour le bois flambe et craque, se reconnaissaient bien au cercle noir que la fumée élargit autour d'elles et à leur souffle tiède montant dans l'air glacé, comme l'haleine de la maison endormie. Les autres, rigides, serrées dans la neige épaisse, gardaient encore des nids du dernier printemps, vides comme elles de chaleur et de vie... Et dans cette ville haute, engourdie de blancheur, que les rues de Paris traversaient en tous sens comme d'immenses crevasses, les ombres de toutes ces

Page 1