‹ La FédorChapitre 26 sur 26 · LES KOBOLDS · texte numérisé non relu

LES KOBOLDS

— Pardon, mon petit Noël. Avec ton

nouveau système, les pauvres seront heureux, mais les riches pleureront. Et dame! un enfant qui pleure n'est plus ni riche ni pauvre. C'est un enfant qui pleure; et il n'y a rien de si triste...

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NOËL

— Laissez donc. Je connais mieux cela que vous... Les pauvres seront ravis de toucher à ces jouets compliqués qui leur paraissent si tentants derrière la vitrine des magasins et dont le luxe doré n'ajoute rien à leur valeur de joujou, à leur grâce d'amusement. Mais je parie que les petits riches seront tout aussi contents d'avoir pour une fois des pantins au bout d"une ficelle, des poupées à ressort, toutes ces tentations des bazars à treize sous où ils ne sont jamais entrés... Allons, voilà qui est eniendu. A présent, en route, et dépcchons-nous. Il y a tant de cheminées à Paris et la nuit est si courte !

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Là-dessus les petites lumières se répan dirent de tous les côtés, comme si l'on avait secoué sur la neige des toits toutes les branches allumées d'un sapin de Noël. Pas une cheminée n'était oubliée, depuis les palais entourés de terrasses et d'arbres blancs de givre jusqu'à ces pauvres toits de mi sère qui semblent s'étayer l'un l'autre pour ne pas crouler sous le poids. Bientôt sur toutes les maisons de Paris on entendit cette sonnerie de grelots, tous ces bruits fantaisistes et divers qui entourent les magasins de jouets, les bêlements des moutons, le bégayement des poupées, le froissement des satins brodés, les crécelles, les trompettes, les tambours, les roulettes des chevaux de poste, le coup de fouet des postillons, la roue ailée des moulins à vent. Tout cela s'agitait, disparaissait, bondissait le long des cheminées. Où il n'y avait pas d'enfants, Noël guidé par ses kobolds pas-

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sait vite sans se tromper ; mais quelquefois, au moment où il s'approchait d'elle les mains pleines, la cheminée chuchotait de sa bouche noire : « Il est mort, c'est inutile... Il n'y a plus de petits souliers dans la maison... Garde tes joujoux, mon petit roi. Ça ferait pleurer la mère de les voir... »

Long-temps, longtemps les petites lumières errèrent ainsi. Tout à coup un coq enroué chanta au fond du brouillard, un filet de jour blanc entr'ouvrit le ciel, et aussitôt toute la mag-ie de Noël s'évanouit. La fête des toits était finie, celle des maisons commençait. Déjà, un bruit doux, ravissant, montait des cheminées, en même temps que la fumée des feux rallumés. C'étaient des cris de joie, des rires fous, des voix d'enfants qui criaient à leur tour : < Noël ! Noël ! vive Noël!... » pendant que sur les toits déserts, le soleil, en se levant, un beau soleil d'hiver, factice et rose, faisait traîner ses premiers rayons qui ressemblaient, dans le scintillement de la neige, à des paillons, des nacres, des franges d'or, tombés des corbeilles du petit roi...

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