‹ La fee Carabosse operacomique en trois actes, avec prologueChapitre 32 sur 62 · TOUS LES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

TOUS LES DOMESTIQUES

Rien.

LA COMTESSE

Assez !... 11 n’est pas nécessaire de parler tous à la fois. Viendra-t-il?...

UN DOMESTIQUE, passant avee effroi derrière la table.

Le voici!.,. Il aiguisé son poignard, comme toujours !

LA COMTESSE

Sortez !... (Tous se sauvent; Magnus entre.) Ab ! Ce SileOCC Cst bietl

étrange, et cette manie dé repasser bien inexplicable. Je vous ai fait appeler, comte Magnus, et voici pourquoi i Votre fll^est malade : or, dans mon anxiété maternelle, j’ai fait vœu aue, si l’on parvenait à le guérir, vous iriez chaque matin, vêtu n’un simple sac de toile, pieds nus, pendant un an, vous prosterner au seuil de quelque antique abbaye, pour y recêvoir à jeuri et régulièrement une correction proportionnée à l’énormité de nos fautes. Ce vœu, que j’étais bien aise de porter à votre coflnaissance, vous l’accomplirez avec amour, avec bonheur... Pas un mot, pas un souffle ! Rien qüe ce coup d’œil ironique et fauve qu’il me lance depuis quinze ans! sans que j'aie pti de-

viner pourquoi !... Ah!... c’est à métamorphoser en panthère la femme la plus résignée!... Il faut eniin que nous nous expliquions, comte Magnus. .. 11 faut que je sache comment, pourquoi, sous auel prétexte vous affectez envers votre fils une indifférence barbare, et envers votre femme une réserve... qui approche singulièrement de l'aversion la plus prononcée. Depuis quinze ans, je n’ai pu tirer de vous que des mots sans suite ou des ricanements amers.

MAGNUS, avec une ironie sanglante.

Ah !... ah! ah! ah!

LA COMTESSE

Comme celui-ci, précisément. Pensez-vous que cela suffise aux entretiens du foyer domestique et au bonheur d’une épouse? Etait-ce là ce que vous m’aviez promis, quand, jeunes tous deux... beaux tous denx... je vous trouvais beau... nous échangions, au pied des autels, les plus tendres promesses?. . . Ces promesses, où sont-elles? Dites. Les avez-vous tenues? Dites.

MAGNUS, rengainant son poignard qu’il n’a cessé d’aiguiser dopais son entrée et saisissant la comtesse par le bras.

Mais, vous-mème, Madame... êtes-vous bien sûre d’avoir été fidèle aux vôtres?...

LA COMTESSE

Parfaitement sûre. D’où vient que vous ie demandez?

MAGNUS, avec un rire amer.

Ah !... ah ! ah! ah!

LA COMTESSE, à part.

Encore ce ricanement?

MAGNUS

Vous avez un fils, Madame. Eh bien ! regardez-le, regardez moi : regardez-nous. Oseriez-vous affirmer, sous la foi du serment, qu’il me ressemble... de profil?

LA COMTESSE

Mais il ressemble à sa mère.

MAGNUS

Madame, ce n’est là que la moitié la moins intéressante de la question; mais l’autre?

’ LA COMTESSE

L’autre? Il me soupçonne!

MAGNUS

Ah!... ah! ah! ah !

LA COMTESSE

C’est là le secret qu’il m'a caché!... voilà la cause de cette humeur taciturne et farouche qui l’a fait renoncer au soin de scs domaines, aux combats, à la gloire, pour s’ensevelir dans la solitude!

MAGNUS

Madame. ..

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