‹ La fee Carabosse operacomique en trois actes, avec prologueChapitre 42 sur 62 · CARABOSSE, ALBERT · texte numérisé non relu

CARABOSSE, ALBERT

CARABOSSE, è elle-même avec émotion.

C’est lui!.. Oh! quel ravage le mal a fait sur ses traits!.. Pauvre Albert!

ALBERT

Ma mère m’a fait appeler? Je la croyais ici.

CARABOSSE, après l'avoir salué.

J’ai prié madame la comtesse de nous laisser seuls.

ALBERT, froidement.

Pourquoi? qui êtes-vous? que me voulez-vous?

Ne vous l’a-t-on pas dit, Monseigneur? Je suis un étranger qui voyage; un.curieux qui prend à tâche d’étudier ce rjuc les autres avant lui n’ont pu comprendre; un téméraire qui vient tenter de triompher d’un mal que personne, jusqu’ici, n’a pu guérir, faute probablement d’en connaître la cause.

LA FÉE GARABOSSE.

ALBERT

Et pourquoi la connaîtriez-vous plus que ceux qui vous ont précédé?

carabosse.

Monseigneur, il n’y a pas de médecin qui ne se croie supérieur à ses confrères. J’en dirai autant des lettrés, des peintres, des musiciens, des hommes de loi, du bourgeois, du marchand, du soldat, de l'artisan. Chacun a de soi l’opinion la plus avantageuse, et, comme je craindrais de me singulariser en pensant moins bien de moi-môme que chacun ne pense de soi, je crois fermement qu’il n’y a pas un homme au monde qui m’égale en talent et me surpasse en modestie.

ALBERT, à lui-mème sans lui répondre.

Un bouffon 1.. un enfant!.. (U va s'asseoir. Carabosse, après l'avoir regardé un instant et voyant qu’il ne lui fait pas signe d’en faire autant, t'avance, et s’asseoit près de lui.)

Dans le dédale delà science, on ne se trompe presque jamais de route, que faute d’avoir bien démêlé au départ le lil qui doit nous conduire. C’est où j’excelle, comme vous allez voir. Peut-être vous a-t-on dit que votre abattement provient d’une maladie de l’âme qui se nomme tantôt ennui, tantôt découragement, tantôt déception... Mais pourquoi triste? pourquoi découragé? en quoi déçu ? A votre âge, on rêve de gloire. A votre âge on rêve aussi "d’amour.

. ALBERT, avec trouble ci impatience.

A quoi bon ces raisonnements?

A trouver le fil, et celui-ci mène peut-être au coeur même du labyrinthe, à l’explication de celte douleur profonde qui vous irrite contre vous-même et vous fait quelquefois maudire ' l’objet de votre amour et désespérer de l'avenir. Pourquoi désespérer? pourquoi maudire celle qu’on aime ?.. Moi, j’ai toujours pense qu’une femme, fût-elle fée ou déesse, ne pouvait voir, sans en être touchée, l’amour d’un homme qui ne sent, ne respire, n’existe que pour elle. Pourquoine pas croire que les regards de celle que vous aimez vous suivaient de loin, à votre insu, avec compassion... avec intérêt... avec bonheur?..

ALBERT

Me suivaient !.. Où donc?..

CARABOSSe.

Dans la montagne où vous la cherchiez.

ALBERT

Que dit-il ?

Pourquoi ne pas croire, qu’inquiète de votrc'absence, elle a pu sc glisser ici même, dans ce château... auprès de vous.

ALBERT, avec explosion.

Non, je la verrais!

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