‹ La fee comedie en un acte, en proseChapitre 21 sur 33 · SCÈNE VF · texte numérisé non relu

SCÈNE VF

HECTOR

Veux-tu te taire, toi ?

YVONNET

Vous n’en serez pas le bon marchand, Monsieur, croyezmoi. Je suis Bas-Breton de naissance, et je suis ferré à glace sur ces histoires-là... Monsieur, je vous en prie, là, raisonnons un peu ensemble... Je ne manque pas d'instruction, Monsieur, tel que vous me voyez, et si ce n’est la lecture et l’écriture à quoi je n’ai jamais pu mordre...

HECTOR

Animal !

YVONNET

Sérieusement, Monsieur, en conscience, j’ai remarqué une chose très-importante, (u le tire un peu à l’écart.) Monsieur, il y a deux espèces de phénomènes dans la nature, ceux qui sont naturels — et ceux qui ne sont pas naturels, (impatience d’Hector.) Eli bien, Monsieur, tout ce que nous voyons ce soir n’est pas naturel. Cette sombre forêt, cette tempête effroyable, cette maison isolée, — cette dame majestueuse qui fait tranquillement de la tapisserie — tenez, regardez comme ses yeux brillent, Monsieur... A son âge, est-cc naturel, je vous le demande?.. d’où je conclus...

HECTOR

Si tu ajoutes un mot, je te vais jeter par la fenêtre, et ce sera un phénomène naturel, celui-là. — Veuillez m’excuser, Madame : je reprends : Un ami à moi, le meilleur de mes amis .

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Monsieur Henri de Comminges?

H ECTOR.

Oui, Madame* (sur ces enîrefaites, François est rentré sans bruit par la petite porte de droite et est venu se placer discrètement à côté d’Yvonnet.)

YVONNET, l’apercevant*.

Monsieur... Monsieur... regardez celui-là... si ce n’est pas le vieux Merlin en personne, que je meure!... Croyezmoi, Monsieur, je suis Bas-Breton de naissance , je vous en

* Mademoiselle de Kerdic, Hector, Yvonnet, François.

LA FÉE

donne ma parole d’honneur... Remarquez, Monsieur, qu'il a toutes ses dents... A son âge, ça n’est pas...

HECTOR

Morbleu! drôle, te tairas-tu? Va-t’en, si tu as peur!

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Rassurez-vous, mon ami ; ne voyez-vous pas que votre maître porte tout un arsenal à sa ceinture?... Et à ce propos, monsieur de Mauléon, — daignez excuser une provinciale peu au fait 4n bel usage ; — mais est-ce là le costume adopté maintenant à Paris pour emporter d’assaut les boudoirs et les cœurs?... C’est commode... cela simplifie les procédés...

FRANÇOIS, de sa voix décrépite.

Eh! ch! c’est cavalier! (il remonte un peu le théâtre. Hector les regarde avec surprise. )

YVONNET

Ils se moquent des armes à feu, Monsieur... Je les connais, vous dis-je... je suis né, moi, dans le pays des sorciers et des fées.

FRANÇOIS, au fond, d’une voix mâle, en pliant une serviette.

Vous y êtes.

HECTOR, se retournant vivement.

Qui a parlé? (Mademoiselle de Kerdic travaille tranquillement.)

YVONNET

Monsieur, allons-nous-en, — ou ma tête va en craquer.

HECTOR, s'échauffant.

Stupide poltron! — Je ne serai point dupe, Madame, de puériles jongleries. Je ne partirai pas sans avoir revu sain et sauf un ami qui m’est cher... je sais qu’il est entré dans cette maison il y a plus d’une heure...

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Et vous a-t-il chargé de l’y venir réclamer? S’il a trouvé ici le personnage mystérieux qu’il espérait rencontrer, pensezvous qu’il vous sache grc de le troubler dans sa bonne fortune?

HECTOR

Le personnage mystérieux?... Eh! Madame, je ne crois ni aux fées, ni aux esprits, ni aux tables tournantes, je vous en

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