‹ La fee comedie en un acte, en proseChapitre 8 sur 33 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LE COMTE

Oh! je me garderai bien de vous gêner davantage. mademoiselle de keiuuc.

Vous ne me gênez pas... au contraire; on aime à voir de près, quand on est rassuré, les objets de son effroi , et j’avoue que vous m’avez fait grand’peur dans ce bois; restez donc... à moins que les rôles no soient changés, et que ce ne soit mo* maintenant qui vous...

LE COMTE, avec uu geste poli.

Permettez-inoidu moins de me présenter à vous plus régulièrement : je me nomme le comte Henri de Comminges.

MADEMOISELLE DE KERD1C.

Asseyez-vous donc, monsieur de Comminges \ (Elle lui montre

un fauteuil près de la cheminée, et s’asseoit de sou côté. — François, depuis l’entrée de sa maîtresse, suit la conversation avec un intérêt souriant ; il conserve en général cette attitude et cette physionomie pendant toute la pièce; seulement, chaque fois que ses services sont réclamés, il sort de son extase et devient sombre.) Mais nous n’avons plus de feu... François... on gèle ici, mon ami, tu entends ?

FRANÇOIS, soucieux.

On gèle... On gèle... (U s’approche de la cheminée , et se courbe péniblement pour attiser le feu.) Qu’est-ce que vous direz donc quand vous aurez mon âge? Eh ! Seigneur, si vous étiez forcée d’allumer le feu pour les autres, vous ne gèleriez pas tant "*!

MADEMOISELLE DE K E R D I C , avec douceur.

Allons, tais-toi. (au comte.) Vous n’êtes pas de ce pays, Monsieur?

LE COMTE

Non, Mademoiselle : j’habite Paris. Je n'étais même jamais venu en Bretagne.

FRANÇOIS, agenouillé devant le feu.

Du bois vert, avec ça... Je vous l’avais bien dit qu’il ne serait jamais sec pour l’hiver, votre bois... mais, quand on est le

* François, le comte, mademoiselle de Kerdic.

** Le comte, mademoiselle de Kerdic, François.

12 LA FÉE

maître, on a toujours raison — et puis, après ça, on gèle... eh ! Seigneur, voilà !

MADEMOISELLE DE KERDIC, tranquillement.

Vous devenez terrible, François ! — Je vous demande pardon pour lui, monsieur de Comminges , c’est un vieux serviteur. (a François.) Voyons, ôte-toi de là... Je vais vous faire bon feu... un peu de patience. (Elle se lève.)

LE COMTE, se levant sans se dérider encore.

Souffrez que je vous épargne ce soin. Mademoiselle.

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Non, vraiment... Vous netes pas habitué à ces détails de ménage...

LE COMTE

Je vous en prie... à la guerre comme à la guerre... (n se met

à genoux gravement et accommode le feu* .)

MADEMOISELLE DE K E R DIC , assise.

Ainsi, Monsieur, vous n’étiez jamais venu dans notre pays? Puisque vous aviez le désir de visiter la Bretagne, permettezmoi de vous dire que vous avez mal choisi votre saison; la Bretagne, en plein hiver, oilrc de faibles agréments aux touristes.

LE COMTE, toujours agenouillé.

Mon Dieu! Mademoiselle, je ne suis pas un touriste; je n’ai pas choisi ma saison , et je n'éprouvais aucun désir de visiter la Bretagne... Vous avez des soufflets? — fort bien ..pardon... — Non... des circonstances mystérieuses , et qui ne sont pas sans une nuance de ridicule, m’ont seules déterminé à ce voyage auquel j’étais d’autant plus loin de penser, que j’en méditais un beaucoup plus sérieux... et plus lointain.

MADEMOISELLE DE K E R D I C, simplement.

Dans le Nouveau Monde?

LE COMTE, légèrement, eu se rasseyant.

Oui, dans un monde tout à fait nouveau... (changeant de ton.) Mais je suis honteux de vous entretenir si longtemps de ce qui me concerne... Vous habitez, Mademoiselle, un pays d’unas-

* François, mademoiselle de Kerdic, le comte.

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