La féminisme française
Non content d'émanciper et de grandir individuellement la femme eyi réclamant pour elle une plus large accession aux trésors de la connaissance humaine^ non content môme de l'émanciper et de la grandir socialement en poursuivant son admission aux métiers et aux professions du sexe masculin, le féminisme entend quelle exerce une influence plus agissante et plus efficace sur les affaires de TÉtat et sur la direction du foyer.
Cest ainsi qu^ Témancipation individuelle et sociale cotuiuit logiquement à /'émancipation politique et familiale. Devenue plus libre de sH^istruire et de travailler^ pourvue d'une culture intellectuelle plus soignée, investie de fonctions économiques plus indépendantes et plus rémunératrices qui la rehausseront infiniment à ses propres yeux et à ceux des hommes, il n'est pas possible que la femme ne cherche à accroître et à étendre son action dans la double sphère du gouvernement civique et du
H Avant-propos,
gouvernement domestique. La laisserons -nous faire ?
Dès maintenant, à côté de f émancipation intellectuelle, pédagogique, économique et sociale, dont nous nous sommes occupé dans nos premières études, les « femmes libres » inscrivent au cahier de leurs revetidicaiions /'émancipation électorale, civile, conjugale et maternelle ; — et c'est, conformément à notre plan généraH}), V ordre même que nous suivro^ts en ce livre. Dès maintenant, pour parler avec plus de clarté, le féminisme dénonce avec humeur: 4^ Tinégalité électorale qui accorde tout au citoyen et rien à la citoyenne ; 3° ^inégalité civile qui assujettit la capacité de la femme mariée à l'autorisation préalable du mari ; 3° /'inégalité conjugale qui enchaîne dans les liens du mariage légal V épouse à V époux ; 4° /'inégalité maternelle qui soumet les enfants à la puissance du père plus étroitement qu'à celle de la mère. Dès maintenant, même^ d'excellents esprits ne se font pas faute de déclarer qu^ la condition de la femme dans la cité et dans la famille est susceptible, en plus d'un point, d'amélioration et de progrès. Devons-nous appuyer ou combattre ces nouveautés?
(1) Voir nos premières études sur le féminisme: VÉmcmci" pation individuelle et sociale de la femme, pp. 6 et suiv.
Avant-propos. m
C'est sur quoi nous nous expliquerons^ en cette seconde série d'études qui complète et achève la première, avec le souci persévérant de subordonner le préjugé à la justice et de séparer, d'un geste net et franc, la mauvaise herbe du bon grain.
Rennes, 6 juin 1901.