‹ La féminisme françaiseChapitre 38 sur 67 · HONNÊTES FEMMES · texte numérisé non relu

HONNÊTES FEMMES

III. — Ce qu'elles doivent défendre : la famille, le mariage et l'enfant — Pourquoi ?

IV. — Dernier conseil. — Appel en faveur de la paix domestique et

DE LA PAIX SOCIALE. — PaX NOBISGUM I

Après le surmenage intellectuel^ qui risque d*épuiser prématurément en la jeune fille les énergies et les grâces de la vie, après la concurrence économique^ dont râpreté croissante peut compromettre gravement le repos et la dignité de la femme, nous redoutons pour l'épouse Vorgueil individualiste, qui dessèche et tarit toutes les sources de l'amour et du sacrifice.

En affirmant que la femme est quelqu'un au même titre que l'homme, et que nous devons respecter en elle, comme en nous-méme, la personnalité, la dignité humaine, notre intention n'est point de déposséder le

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mari, et encore moins le père, de tous leurs pouvoirs traditionnels. Nous convenons seulement qu'ils ne sont pas des monarques absolus; que, sans être supprimée, leur autorité peut être adoucie; et qu'enfin, s'ils ont charge d*âmes, ils ne sauraient jamais opérer de mainmise sur les âmes. En un mot, l'exercice de leurs droits est inséparable, à nos yeux, de l'accomplissement de leurs devoirs. C'est pourquoi, en vue d'élargir les prérogatives de l'épouse et de la mère, nous n'avons pas hésité à tempérer, à restreindre même l'autorité maritale et paternelle, toutes les fois que les revendications de la femme nous ont paru d'accord avec les intérêts de la famille.

Faut-il aller plus loin ? Des esprits, qui se piquent d'être scientifiques, nous assurent que l'évolution de l'industrie et la division du travail, la rapidité des communications et surtout les progrès de l'instruction, auront pour effet certain de déraciner peu à peu rhomme et la femme du sol et du foyer; que la bonne vie familiale d'autrefois est condamnée à disparaître un jour sous la poussée des forces dissolvantes qui travaillent le monde ; que la dislocation de la communauté domestique est fatale ; qu'en résumé, suivant un aphorisme tranchant répété à satiété, si « la famille est le centre du monde actuel, l'individu sera l'unité sociale du monde futur. » Certes, ceux qui partagent ces vues doivent craindre l'avènement de l'union libre et, avec lui, un nouvel esclavage pour la femme, puisqu'il est d'expérience que des mœurs sans règle conduisent au chaos, à la sauvagerie et à l'exploitation odieuse des faibles par les forts.

Mais, heureusement, ces prévisions attristantes ne tiennent pas un compte suffisant des résistances inévitables de la nature. L'émancipation de la femme a des limites qui ne seront point franchies sans soufiirance et sans dommage. Après être sorti imprudemment de sa

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sphère traditionnelle, le sexe féminin sera, tôt ou tard, impérieusement ramené à ses fonctions conjugales et maternelles. Il n'en est point d'ailleurs de plus élevées, puisque de ce double rôle dépendent la conservation et rélévation de l'espèce humaine. Au père d'assurer ^es ressources à la famille ; à la mère d'en surveiller remploi. Il serait fou de tourner leur collaboration nécessaire en concurrence jalouse. Compagne des bons et des mauvais jours, ménagère économe et diligente, soutien et consolation des enfants, l'épouse doit être, en plus, une éducatrice accomplie. Nous dirions même volontiers que le but de l'éducation féminine consiste surtout à préparer les jeunes filles à la miaternité réelle ou suppléante.

Que pourrait bien être, en effet, une société dépossédée du saint idéal de la mère? C'est même du point de vue élevé de la maternité, qu'il nous est le plus facile d'apercevoir que les occupations viriles ne peuvent être, toutes indistinctement, le fait des femmes. Mettons-les à nos places : elles n'y seront pas absolument déplacées. Intellectuellement parlant, nous ne les croyons nécessairement impropres à aucun service administratif oii privé. Beaucoup même y seraient peut-être plus ponctuelles que les hommes, plus attentives, plus zélées (je n'ose dire moins nerveuses ou moins maussades, — le public ayant trop à se plaindre des demoiselles du téléphone I) Ouvrons-leur donc, par hypothèse, tous nos métiers. Alors une question se pose : comment feront-elles leur métier de femmes ? Il est loisible à une fille majeure d'occuper une fonction masculine ; à une mère, non. Qui gardera le foyer ? Qui veillera sur les enfants ? Aujourd'hui, une femme se fait une position en se mariant, car elle épouse véritablement la position du mari. Mais forcée de se créer elle-même une position indépendante, occupée aux devoirs de sa charge, assujettie aux exigences de sa clientèle,

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comment pourra-t-elle fonder, allaiter, soigner, élever une famille ?

On répond à cela que Thomme et la femme feront une paire d'excellents amis. Et des écrivains éthérés ont célé;))ré, en style charmant, tout ce qui peut résulter de beau, de bon et de sain d*un commerce idéal entre les deux sexes. Une Italienne de distinction, qui signe ses livres du pseudonyme de Neera, écrit ceci : « On dirait presque que les personnes d*esprit et de cœur très subtils préfèrent Tamitié à Tamour proprement dit, par ce même raffinement de sensation qui rend quelquefois préférable aux fleurs des plates-bandes le parfum des plantes nuisibles, dans certains jardins remplis d*ombre et de mystère. » Voilà certes un sentiment qui n*est pas à la portée du vulgaire l Si ces « amitiés très nobles » ont le don d'élever les hommes et les femmes au-dessus de la matière, il faut tout de même reconnaître qu'en se généralisant, elles ne serviraient guère les fins de la nature.

Et ce qu'il y a de pis, c'est que l'amour platonique a moins de chances que l'amour libre de régner sur les âmes à venir. Pour une originale qui ne se mariera point du tout, il en sera vingt plus positives qui se marieront de temps en temps. L'union libre et stérile est la fin inéluctable du féminisme absolu ; et cette perspective réjouit et enchante l'individualisme anarchique. Qu'est-ce, après tout, que le féminisme « intégral », sinon l'anarchisme des femmes? De là une plaie possible et redoutable, sur laquelle M. Emile Faguet a mis fortement le doigt. « Toute femme exerçant une profession masculine, a-t-il dit, sera une quantité perdue pour la propagation de l'espèce ; car elle cessera d'être la femme dont la société a besoin pour se perpétuer, dont la nation a besoin pour s'augmenter, ou pour ne pas diminuer, ou pour ne pas périr. » Le féminisme est donc lié dans ses progrès, — comme dans ses

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origines, — au célibat féminin. Et Ton imagine aisément combien la moralité risque d*en souffrir, — un célibat féminin aggravé, généralisé, émancipé, comme on s*en flatte, ne pouvant que difficilement rester vertueux et chaste. Conclusion à méditer : « La nation forte, la nation d'avenir sera, parmi les nations, celle où les femmes n'exerceront point de métier, si ce n*est le leur. L'accession des femmes aux emplois masculins est d'abord le signe, puis devient la cause d*une formidable dégénérescence nationale!*). »

Au fond des plus ardentes revendications féministes, on sent percer vaguement un insatiable besoin d'activité et d'influence. Mais où voit-on que l'une et l'autre manquent aux femmes honnêtes? Que la société d'aujourd'hui nous réserve certaines carrières, soit I Elle n'en sollicite pas moins nos contemporaines à l'action. Sans parler des livres qu'elles inspirent, des fleurs de poésie qu'elles sèment sur leurs pas, des arts qu'elles soutiennent de leur grâce et qu'elles encouragent et récompensent de leur suffrage, est-ce que toute œuvre humaine ne laisse pas transparaître un nom de femme? Est-ce qu'eu toute maison fortunée, en tout ménage bien tenu, dans l'ordre, la paix et la joie du foyer, on ne retrouve pas l'activité vigilante de l'épouse et la tendresse attentive de la mère? Est-ce qu'en toute vieillesse tranquille, on ne reconnaît pas le dévouement d'une ûlle, comme aussi dans toute enfance heureuse, les caresses d'une aïeule? La femme est la gardienne

(1) Emile Faguet, La Femme devant la science. Feuilleton du Journal des Débats du jeudi 12 décembre 1895.

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de nos mœurs, Téducatrice des petits, la consolation des affligés. Son cœur s^ouvre à tous les élans de charité, et sa main à toutes les œuvres d*assistance. Rien ne se fait de .grand et de bon, dans la famille et dans la société, d'où sa pensée soit absente. Elle est capable de toutes les initiatives, de toutes les générosités, de tous les héroïsmes; — et Ton prétend qu'elle ne sera utilement agissante qu^en ouvrant un cabinet d'affaires ou de consultations !

Et ces dames se remuent, s'agitent, se groupent, se syndiquent, afin d'accroître et d'étendre leur prépondérance. Elles s'imaginent de très bonne foi que leur union fera leur force, que leur action concertée multipliera leur prestige et leur influence, sans se douter que l'homme, qui se laisse conquérir volontiers par le charme d'une femme, ne manquera pas de réagir instinctivement contre les tentatives d'intimidation d'un comité hostile. Je ne sais qui a dit que, pour en arriver à ses fins, la femme doit être seule. Sa puissance est en raison inverse du nombre. Elle est faite, des pieds à la tète, pour l'action individuelle, pour l'ascendant individuel, pour le triomphe individuel. Là où, seule, elle peut vaincre, une coalition a mille chances d'être battue; car celle-ci n'est plus qu'une machine de guerre, contre les entreprises de laquelle la combativité de l'homme se réveille et se hérisse. Le féminisme syndical n'augmentera point si facilement qu'on le croit l'action et la prééminence de la femme.

Mais c'est peine perdue d'opposer la femme de nos jours à la femme des temps nouveaux. Celle-ci prendra sûrement nos raisonnements en pitié. Très libre dans ses manières, dans ses relations, dans ses habitudes, entourée d'hommes qui ne seront jamais que des camarades, rebelle au mariage, ennemie de toutes les conventions sociales, guérie de toutes les illusions de jeunesse, froide, sèche, dure, amoureuse d'elle-même.

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égoïste et méprisante, telle on nous dépeint déjà la « grande féministe » de Tavenir. Il ne faudra point lui parler d'amour familial ou de dévouement domestique : une femme de son espèce ne saurait être que la noble amie d'un sublime esthète ou d'un grand homme.

En vérité, une créature aussi bouffie d'orgueil et d'ambition ne mériterait que des « gifles », comme disait Sarcey. Si la femme du xx« siècle doit ressembler à ce type singulier, la vie sera gaie ! Plus de ménage tenable, plus de famille possible. A moins que cette anarchie ne finisse, comme tous les bouleversements sociaux, par l'intervention du maître, c'est-à-dire par la victoire brutale du sexe fort sur le sexe faible. Nous avons parlé plus haut de la possibilité d'une réaction masculine : à constater certains faits, à lire certains livres, on la croirait presque commencée. Déjà les ouvriers syndiqués repoussent les femmes de Tusine et de l'atelier. C'est un concert unanime, à gauche et à droite, pour les renvoyer à leur pot-au-feu et à leurs mioches. Et dans les classes lettrées, s'il est encore des écrivains pour prôner, à l'exemple d'Ibsen, l'émancipation féminine, il en est d'autres qui, à la suite de Strindberg, prêchent la croisade sainte contre l'éternelle Dalila ; et c*est un emportement furieux contre 1' « être perfide ». Bref, chez certains hommes, la misogynie est en progrès.

Et si jamais les hostilités éclatent et se généraliseiit entre les deux sexes, on peut conjecturer que la lutte sera cruelle et inique, comme le sont inévitablement les grands mouvements de passion. En cette bataille lamentable, toutes les haines se croiseront : haine de la femme nouvelle contre l'homme, contre la maîtrise de la force brutale, contre la tyrannie persévérante du mâle; haine exaspérée de l'homme contre la femme indépendante, contre les effronteries des demi-vierges, contre les ambitions comiques de ces lettrées prétentieuses que Nietzsche appelait, injurieusement, < des

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vaches écrivassiôres aux mamelles gonflées d^encre. » A entendre ces dames et ces demoiselles en voie de libération, le devoir d'obéissance est un « esclavage avilissant ». Impossible à ces fières créatures de voir un homme, ^ans qu'elles se sentent « supérieures à lui en lumières et en vertus. » L'existence d'un mari leur « pèse sur la poitrine comme un rocher. » Du côté des hommes, mêmes récriminations farouches. La plus élémentaire prudence nous conseillerait, paraît-il, de tenir à distance ces « félins perfides », qui cachent leurs griffes sous les gants blancs. Devenir maîtresse de sa destinée n'est pour la femme, en rupture d'obéissance, qu'un moyen de devenir maîtresse de notre propre liberté.

Au total, l'union des sexes n'est plus, dans un certain monde, qu'un prétexte à des sensations agréables, à moins que les conjoints ne voient, l'un dans l'autre, un instrument malheureusement nécessaire de procréation et d'avilissement. Pourquoi faul^il, je vous le demande, que la nature ait exigé la collaboration de l'homme et de la femme pour assurer la reproduction de l'espèce? Et puis, à quoi bon faire des enfants? On s'y résignerait peut-être « si tous les nouveau-nés étaient garçons », dira Monsieur, « si tous les nouveau-nés étaient filles », dira Madame. 0 Tharmonieuse famille ! Adieu le doux et simple unisson des bons ménages l

« Vous exagérez, » dira-t-on. — Pas beaucoup. Que les sceptiques veuillent bien se reporter aux pages où nous avons établi qu'après l'émancipation intellectuelle, pédagogique, sociale et politique, — à laquelle nous croyons équitable de souscrire en une sage mesure, — les féministes les plus hardis et les plus exaltés réclament, sans le moindre scrupule, l'abolition de la puissance paternelle et maritale, la suppression du mariage monogame et de la famille légitime : ils y verront qu'en affichant ces revendications extrêmes, Tanar-

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chisme féminin nous menace, tant par les sophismes qu'il étale que par les réactions qu'il encourage, d'anéantir tout ce que la loi, la religion, la morale, la civilisation, ont fait depuis des siècles t)our élever notre pauvre humanité au-dessus des appétits de la brutalité animale, pour corriger l'instinct par le devoir, pour ennoblir le père et honorer la mère, pour discipliner la chair et spiritualiser la béte.

C'est pourquoi tous ceux qui ont à cœur la paix publique et le progrès humain, estimeront sans doute qu'il est nécessaire de rappeler une dernière fois à la fenune honnête, à la femme chrétienne, à nos mères, à nos sœurs, que le devoir leur incombe, •— plus qu'aux hommes, — de défendre les saintes traditions de la famille française contre le dévergondage des idées et des mœurs, et de crier avec nous au féminisme tenté de franchir la limite des revendications permises : « Tu iras jusqu'ici, mais pas plus loin ! »

De grâce. Mesdames, faites bonne garde autour du mariage, autour de l'enfant ; défendez le foyer, défendez la famille.

La famille I Chose inconcevable : nos diverses écoles révolutionnaires n'ont à la bouche que le mot « solidarité » ; et elles conspirent, avec une effrayante unanimité, à décrier, à détruire la famille qui est le berceau des premières affections, la source vive de cette tendresse d'âme qui seule est capable de sauver l'homme de la dureté et de la barbarie. Mais il suffit que la pierre du foyer soit le premier fondement de la morale, la raison d'être du patrimoine, la clef de voûte de la propriété, pour qu'ils s'acharnent à l'ébranler. Ils

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devraient se dire, pourtant, que le respect de la famille est le soutien des devoirs plus généraux qui nous lient à tous nos frères en souffrance; qu'un peuple n*est qu^im groupement de familles, comme Thumanité elle-même n*est que Tensemble des peuples, et que ces vastes unions ne sauraient être fortes, prospères et bienfaisantes, si Tunité première, qui en est Fâme, se disloque et se désagrège.

Mais non! Faute peut-être d'avoir goûté les joies du foyer, faute d'avoir connu la douce affection d'une bonne mère et la forte et paternelle direction d'un brave homme, ils s*appliquent furieusement à effacer de la conscience publique le respect des parents et les obligations de la piété filiale. Ils savent maintenant que, pour renverser l'ordre social, il ne suffit pas de renverser le gouvernement. Les prétendants et les ministres ne manqueront jamais en France. Dès que l'un tombe, quelque autre se relève. Seulement la famille ne se refait pas comme un ministère. Et comme cette vieille puissance domestique est le dernier refuge de l'autorité sociale, on la tient pour la grande ennemie qu'il faut à tout prix miner et abattre, en aiguisant contre elle l'ironie des gens d'esprit, en troublant la paix des ménages, en exaltant la passion, en ridiculisant la vertu, en excusant l'adultère, en prônant le divorce, en obscurcissant dans l'âme des époux et des enfants la notion de leurs devoirs respectifs, en affaiblissant chez tous le respect de la foi jurée, le respect du mariage, le respect de la vie, le respect de l'amour.

Et les femmes se prêteraient complaisamment à ces démolitions anarchiques ? Je ne veux pas le croire. Car tout serait perdu, — la morale, la patrie et l'honneur. Si, par hasard, ces grandes choses cessaient de leur tenir au cœur, qu'elles songent du moins à elles-mêines et à leurs enfants. Qu'elles sachent que jamais l'union libre ne pourra faire le bonheur des femmes et des mères.

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Tous les révolutionnaires du monde ne parviendront pas à démontrer que la félicité consiste, pour celles-ci, à retourner en arrière, à la polygamie païenne, à ces époques de naturalisme barbare où le mâle et la femelle se prenaient et se quittaient au gré de la passion ou de l'instinct. L'union sexuelle met face à face un fort : rhomme, — et deux faibles : la femme et Tenfant. Or, le mariage a été créé pour Tenfant, auquel il donne un père « certain », et aussi pour la femme, qu'il a, non sans peine, arrachée à la dégradation de la sauvagerie primitive en la constituant reine du foyer. Oui, le mariage est tout profit et tout honneur pour la femme. C'est à quoi, encore une fois, nous prions instamment les Françaises de réfléchir.

En tout cas, le mariage est beaucoup moins avantageux pour l'homme. C'est un frein très dur qui bride toutes les convoitises de l'instinct et du plaisir, qui refoule et comprime tous les appétits de changement et de nouveauté. A vrai dire, la monogamie est, pour le sexe fort, un instrument de perpétuel renoncement. Lié pour toujours à la femme de son choix, l'époux doit s'interdire, s'il est honnête homme, d'effleurer du moindre désir les femmes des autres. Il n'est que la polygamie qui lui permette l'assouvissement de ses passions et lui assure la pleine satisfaction de ses caprices. Parlez-moi d'un pacha : voilà im véritable souverain. Lui, au moins, est le maître de son harem. Dans la chrétienté, plus d'autocratie maritale. Qui dit mariage, dit partage. Là où la famille monogame existe, le roi de la création a renoncé à la monarchie absolue. Élevant la femme jusqu'à lui, il s'est contenté d'un dualisme constitutionnel qui associe l'épouse au gouvernement du foyer et à la dignité du pouvoir.

Et maintenant, dénouez le lien matrimonial, rompez le nœud sacramentel, supprimez les obligations civiles, relevez les époux de leurs serments : et l'homme,

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délivré du mariage qui le gène, retournera bien vite au plaisir, aux libres amours, aux jouissances despotiques, méprisantes et méprisables. C'est faire le jeu du mâle que d*afi[aiblir la discipline conjugale. Le jour où, de relâchement en relâchement, Tunion des sexes ne sera plus qu'une association temporaire, l'homme aura reconquis sa souveraineté absolue; et la femme, déchue de son ancienne grandeur, s*apercevra, mais un peu tard, que la liberté ne profite qu'aux forts et aux brutes.

Dieu veuille donc qu^elle ferme Toreille aux doctrines de ceux en qui s'oblitère et défaille le sens moral! Préconisée surtout par des hommes, exclusivement avantageuse aux hommes, l'union libre est, comme l'a écrit M. Jules Bois, « ime duperie bien plus cruelle que le mariage le moins bien assorti (M. » Puissent les femmes s'en tenir au vieux mariage I Là est, pour elles, la sécurité, l'honneur, le salut. Et j'imagine que cette résolution leur sera facile à prendre, si elles veulent bien se rappeler, qu'à part quelques respectables exceptions, le libre amour n'est préconisé que par des viveurs ou des dévergondées.

Souhaitons enfin que les mères sachent défendre leurs enfants contre les entreprises des partis révolutionnaires, dont c^est le mot d'ordre de substituer les prétendus droits de l'État au droit sacré des parents sur la personne de leurs fils et de leurs filles. Et défendre l'enfant, n'est-ce pas encore défendre le mariage et la famille ? Or, il nous paraît impossible, qu'en réponse aux voleurs sournois ou effrontés qui rôdent autour de nos berceaux, les mères françaises ne sentent tout à coup, lorqu'elles contemplent leur fils endormi sous les rideaux blancs, un même cri de colère et de passion leur monter instinctivement du cœur aux

(1) Lettre citée par M. Joseph Renaud dans la FaiUitt du mariage, p. 159.

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lèvres : « Cher petit corps, fruit béni de mes entrailles, tu n'es pas leur enfant, mais le mien. Ton père et moi, nous t'avons donné la vie pour perpétuer la nôtre. Tu es notre joie et notre parure. Nous t'avons fait, par la grâce de Dieu, à notre image et à notre ressemblance ; et sur ton visage, notre paternité s'est gravée comme un sceau. Quelque chose de nous transparaît sur ton front, dans tes yeux, dans tes gestes, dans ton sourire. Nous vivons pour t'aimer, pour t'aider, pour faire ton bonheur. Moi qui te parles, je donnerais tout mon sang pour t'épai^er une larme. Car tu es mon chef-d'œuvre, toi, dont le corps est ma chair, toi, dont mon sang et mon lait sont la vie. Qui oserait se glisser entre ton père et moi pour nous prendre ton âme ? Tu n'es pas un trésor abandonné par hasard sur le bord du chemin, une chose sans maître que le premier venu puisse ramasser en passant. Je ne veux pas que l'État te traite comme un vil métal qu'on jette au creuset pour le frapper au coin d'une effigie commune. Nous avons mis en toi toutes nos complaisances, toutes nos ressemblances, et j'entends que tu les gardes ainsi qu'un dépôt sacré. Plus tard, lorsque la patrie te demandera ton sang, j'espère, mon fils, que, devenu homme, tu le donneras bravement, sans hésiter, sans compter, avec joie, avec orgueil. Mais si jamais la société révolutionnaire, cette marâtre anonyme au sein aride, osait porter une main impie sur ta frêle adolescence, tout mon sang crierait vers elle : « Mon enfant n'est pas orphelin. Je suis sa mère : je le garde. Qui l'aimerait davantage? Lui dérober son âme, c'est m'arracher la mienne. Je ne vous le livrerai point. Je ne le dois pas, je ne le peux pas ! »

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n faut finir. Droit au respect, droit à la vérité^ droit à la science^ sans exception ni restriction ; droit au travail, droit au suffrage ^ droit à V autorité familiale elle-même^ dans la mesure où ces droits s'accordent avec Vintérêt social et Vunité du gouvernement domestique l tel est rélargissement de puissance et de dignité que nous avons revendiqué pour la femme. Mais, en revanche, nous croyons avoir démontré que, poussé plus loin, le féminisme la découronnerait des privilèges de son sexe et affranchirait Fhomme de ses devoirs de traditionnelle protection. Les Françaises commettraient donc une grave imprudence en épousant tous ces excès. Elles n*y gagneraient aucun profit honnête et perdraient, du même coup, hien des honneurs appréciables.

Jamais, en effet, la femme n*a tenu tant de place qu*aujourd*hui dans nos hommages et dans nos préoccupations. Il semble même que notre société soit organisée principalement pour son plaisir et pour son avantage. Gela est vrai surtout de la femme riche qui gouverne le monde comme une reine. Les hommes Tadulent et Texaltent. On la célèbre en prose et en vers. Elle est ridole des artistes et des poètes. Le roman et le théâtre nous attendrissent sur ses qualités, sur ses malheurs et jusque sur ses défauts. C'est pour parer sa beauté et satisfaire ses caprices que nos plus précieuses industries tissent la laine, le lin et la soie. La mode va audevant de ses désirs et multiplie pour elle ses créations et ses nouveautés. On rencontre partout son influence, dans les intrigues de la politique, dans les cénacles littéraires, dans les succès de salon et d*académie. Rien ne se fait sans qu*on la consulte. Elle inspire les œuvres,

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elle dispense la renommée, elle consacre ou renverse les réputations, elle élève ou affolle ou pervertit les hommes. Tout conspire à son ornement, à sa puissance et à sa glorification. Son empire est souverain. EsMl croyable que, lasse des honneurs où Font portée Tesprit chrétien, le sentiment chevaleresque et la politesse des mœurs, elle aspire à descendre?

Que s'il lui plaît, — ce dont je la louerai fort, — de mener une vie plus sérieuse, plus agissante et surtout plus bienfaisante, sans s'exposer à être moins fêtée et moins honorée, qu'elle nous permette de lui indiquer un champ largement et indéfiniment ouvert à ses besoins d'expansion, à sa fièvre de mouvement et d'apostolat. Au lieu de s'acharner à établir entre les deux sexes une égalité absolue, une égalité chimérique, ne serait-il pas logique, autant que désirable, que la femme heureuse, intelligente et fortunée, s'efforçât de diminuer les inégalités qui la séparent de ses sœurs indigentes et déshéritées ?

Vous voulez l'égalité, Mesdames? Commencez donc par la réaliser entre les femmes, avant de la poursuivre contre les hommes. Puisque l'égalité est un si grand bienfait, faites-en d'abord la charité à votre sexe. Ne soyez point méprisantes pour celles qui peinent, ni indifférentes pour celles qui souffrent. Tendez affectueusement votre main blanche et fine à l'apprentie, à l'ouvrière, à la paysanne. Compatissez à leurs épreuves, secourez leur misère, partagez leurs chagrins. Sans abdiquer votre autorité sur vos domestiques, rendez-la plus douce, plus calmé, 'plus digne. Faites-vous aimer de vos inférieures ; c'est le meilleur moyen de vous en faire respecter. Multipliez les œuvres d'assistance : ouvrez des crèches, des asiles, des patronages. Visitez les pauvres, visitez les malades. Prenez soin des orphelins et des veuves. Que votre sollicitude s'étende à toutes les soufirances ! Que votre pitié pénètre dans les

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prisons, dans les hôpitaux, dans les mansardes ! Vous, femme du monde, soyez Tamie de la femme du peuple. Faites-lui Taumône de votre aristocratique bonté; rendez Tamour pour la haine. Rapprochez les distances, dissipez les préjugés, désarmez Tenvie. Les mères sont faites pour se comprendre et s*estimer. Et lorsque plus d'égalité régnera entre les femmes, combien vous sera-t-il plus aisé de la revendiquer, — si vous y tenez, — entre les sexes !

Même alors, Mesdames, quelles que soient vos aspirations de liberté, ne renoncez point (c'est ma dernière prière) à cette rayonnante bonté féminine qui nous console des tristesses et des horreurs de la vie présente. Entre les peuples, Tantagonisme s'avive, la lutte s'exaspère ; lutte pour la suprématie du c6té des forts, lutte pour l'existence du côté des faibles. Les petits États en appellent vainement à la justice et à la pitié du monde civilisé. Les grandes nations poursuivent leurs fins ambitieuses par le fer et par le feu. Sur tous les continents, la force écrase le droit. C'est l'universel triomphe de la mauvaise foi. Et pendant ce temps-là, des hommes se lèvent au-dedans du pays, qui, attisant la haine et soufflant la révolte, fondent le bonheur du peuple sur la discorde et la violence, et menacent de jeter à bas notre société pour la refaire à leur image et à leur ressemblance. En ce triste monde qui retentit du bruit des grèves incessantes et du tumulte furieux des guerres, au milieu des clameurs du prolétariat révolutionnaire, dans le fracas des régiments en marche et des canons qui roulent vers les frontières, dans le concert formidable des lamentations de ceux qui tombent et des malédictions de ceux qui souffrent, au milieu des plaintes et des blasphèmes, des cris de colère et des appels de vengeance qui se croisent à travers l'espace, troublant les vaillants, terrifiant les timides, déconcertant les sages, afiligeant, navrant,

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désespérant toutes les âmes, — une seule voix parle encore de compassion et d'amour. Et cette voix, Mesdames, c'est la vôtre.

Que les menaces de guerre ne remplacent point sur vos lèvres les paroles de grâce et de bonté ! Vous êtes le sourire de la terre. Déjà nous souffrons de trop de divisions : n'y joignez pas ce conflit suprême qui s'appelle le « divorce des sexes ». Que la paix soit avec nous I Que la paix soit entre nous 1 Retenez et méditez le conseil d'ami que vous donne M. Jules Lemaitre, et dont nous faisons notre conclusion, assuré qu'en le suivant à la lettre, vous travaillerez plus sûrement â votre bonheur et à celui de votre entourage, qu'en émancipant â outrance votre personnalité : « Le meilleur moyen pour la femme de s'élever et de se maintenir en dignité, ce n'est pas de faire l'homme, c'est, au contraire, d'être très femme, non par le caprice, la coquetterie, mais par l'acceptation totale des fonctions bienfaisantes de son sexe, par cette faculté de dévouement et ce don de consolation qui sont en elle ; de prendre très au sérieux son ministère féminin et d'en chérir les devoirs (*). » Veut-on, pour terminer, que nous enfermions en une formule brève l'esprit essentiel de ce livre ? Reconnaître à la femme tous ses droits^ ne Vémanciper d'aucun de ses devoirs, tel est pour nous, le premier et le dernier mot du féminisme honnête et sage.

(1) Opinions à répandre : Féminisme, p. 161.

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