ÉLU
Nous persistons à croire que les femmes ont une place à prendre dans notre droit public, sans amoindrissement pour les hommes, sans dommage pour elles^ mêmes. Et chose curieuse, cette nouveauté, que nous jugeons la plus raisonnable, la plus utile, la plus légitime, est précisément, comme nous venons de le dire, la moins désirée par les deux sexes !
De cette indifférence, il est deux raisons. D'une part, les partis politiques qui disposent en ce moment du pouvoir, si convaincus qu'ils soient du bon droit des femmes, en redoutent les effets pour eux-mêmes. Faire voter les Françaises, n'est-ce point livrer la République aux catholiques ? Et à cette perspective terrifiante, —
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comme nous disait une fine dévote, — « toutes les loges maçonniques frémissent d'épouvante. » D'autre part, les conservateurs, paralysés par des siècles de préjugés et d'apathie, hésitent à prendre en main la cause de rélectorat féminin. Ils sont animés de si farouches préventions contre le suffrage universel qu'ils n'ont point le courage d'en tirer toutes les conséquences, dussent-ils les premiers bénéficier de celles-ci. Méfiance de la gauche, pusillanimité de la droite, tel est le secret du peu de goût que nos hommes politiques témoignent pour le suffrage féminin.
Mais on sent bien, de part et d'autre, que les femmes ne pourront pas être traitées longtemps comme une quantité négligeable. Leur refuser le droit de vote, c'est renier les principes de la Révolution, dont se réclame le parti avancé, ou trahir les intérêts de la conservation sociale, auquel se voue le parti modéré. Et comme pour réussir à gauche ou à droite, il faut, suivant le mot de Mirabeau, que « les femmes s'en mêlent, » nous voyons les partis en présence rivaliser de coquetterie et multiplier les avances pour les attirer et les convertir à leurs idées. Nos conservateurs attendrontils que les femmes françaises aient cessé d'être chrétiennes, pour revendiquer en leur faveur le droit de participer aux élections communales, départementales et législatives? Mon avis est qu'ils ne feraient point une si mauvaise affaire en étendant la capacité politique de leurs mères, de leurs femmes et de leurs sœurs.
S'il leur faut des voix plus autorisées que la mienne, qu'ils veuillent bien prêter l'oreille aux déclarations des plus hauts représentants du clergé catholique à l'étranger, moins timorés en cela, — étant plus libres, — que leurs « éminentissimes collègues » de l'épiscopat français. C'est le cardinal Vaughan, primat d'Angleterre, qui acquiesce expressément à la coopération des femmes
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aux affaires publiques; c'est le célèbre prélat américain, Mk"" Ireland, arcbevêque de Saint-Paul, qui terminait une conférence faite à Paris par ces mots : « Il ne faut pas désespérer du monde si les femmes obtiennent le droit de suffrage (i). »
Nous qui réclamons pour la femme toute la justice et rien que la justice, nous sommes convaincu que, pour peu que les Françaises veuillent fermement être électrices, elle le seront. Le voudront-elles? Tout est là. Il serait pénible de constater que la discipline catholique les a domestiquées et amollies à ce point, qu'elles ne puissent relever la tète aussi fièrement que les Anglo- Saxonnes et tenter de nous sauver de nos misères en se libérant de leur inertie et de leur infériorité. C'est trop déjà que des républicains libéraux comme Jules Simon aient pu s'étonner de Tinconcevable résignation, avec laquelle les chrétiennes de France ont accepté la politique des décrets et des laïcisations. Où sont donc les femmes fortes de TÉvangile?
Par un dernier scrupule que nous tenons à dissiper, d'aucuns inclineront peut-ôtre à refuser aux femmes l'électorat politique dans la crainte qu'il ne soit un acheminement à leur éligibilité. « A peine mises en possession du droit de vote, dft-on, elles réclameront le droit de représentation. Dès qu'elles seront électrices , elles voudront être élues. Leur ouvrirez-vous débonnairement les mairies, les conseils généraux, le Parlement, toutes les fonctions officielles du gouvernement? »
(1) Journal des Débats du 20 juin 1892.
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Les Américaines n*en doutent pas. Il est quelques États où elles siègent déjà dans les assemblées communales; et Ton ne voit pas, pour le dire en passant, qu'elles s'acquittent de leurs devoirs plus mal que les hommes. On nous certifie même que leur présence n'a produit que de bons effets : plus d'ordre, plus de tenue chez leurs collègues masculins, plus d'exactitude aux séances, plus de fermeté dans la répression de l'ivresse et de la débauche {'). Ainsi Mk»* Ireland nous assure que, dans l'État de Wyoming, une femme ayant été élue maire, tous les cabarets dii district furent, dès le lendemain, fermés par son ordre (']. Voilà un bel exemple d'audace que je prends la liberté de recommander à nos magistrats municipaux. On comprend maintenant que l'élection d'une femme à la présidence de la République paraisse aux féministes d'Amérique la chose la plus naturelle du monde.
Sans nourrir des espérances aussi hardies, le féminisme de France n'est pas exempt de toute ambition politique. Non contentes de s'asseoir, en élèves studieuses, sur les bancs des écoles supérieures ou même de participer, en citoyennes utiles, à l'élection des juridictions professionnelles et des assemblées locales, certaines dames, — peu nombreuses du reste, — brûlent déjà de siéger au Parlement. Il faut à ces fortes tètes la tribune de la Chambre des députés. Quant au Sénat, c'est une trop vieille institution pour qu*elle puisse exciter leur envie. L'ambitionner serait avouer son âge. I^sera temps de revendiquer cette douce reti'aite lorsqu'on aura blanchi sous le harnais politique.
En revanche, il serait urgent, parait-il, d'inoculer un peu de gravité féminine à notre Chambre des députés,
si nous voulons opposer un contre-poids efficace à son
(1) ViLLEY, op, cit.t pp. 14 et 15.
(2) Journal des Débats du 20 juin 1892j,
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esprit aventureux et dépensier. Est-ce que les femmes ne seront pas plus ménagères des deniers publics? Elles seraient sûrement plus décoratives. Une assemblée, qui eût compté parmi ses membres M"»® Récamier ou M™« de Staël, en aurait été grandement embellie et honorée. N'a-t-on pas dit que la France, avec sa sensibilité, son enthousiasme et ses engouements idolâtres suivis d'accablements désespérés, était une nation « femelle » ? Raison de plus pour admettre les femmes à la représentation nationale. Attendons-nous donc à voir un jour, dans l'agitation incohérente d'une campagne électorale, quelque noble ambitieuse se présenter comme champion du « féminisme parlementaire ».
Sera-t-elle jeune et jolie ? On en peut concevoir quelque doute, cette fonction ne convenant guère, d'après les féministes eux-mêmes, qu'à la femme de quarante ans. Jusque-là, les servitudes du sexe et les devoirs de la maternité retiennent l'épouse à la maison. Mais à quarante ans, la femme arrive au tournant de la vie. C'est, pour elle, l'âge critique, l'âge mûr, l'âge où l'on baille, l'âge où l'on s'ennuie. A ce moment, les petits ayant pris leur volée, rien ne l'empêchera, nous assure-t-on, de se consacrer tout entière aux affaires de son pays.
Cette conception du rôle politique de la femme sur le « retour » est nouvelle. On sait d'ailleurs que. dans notre société actuelle organisée « par les hommes et au profit des hommes », la femmé^ est appréciée surtout comme épouse et comme mère. Si elle n'a, pour beaucoup, qu'une valeur de beauté pendant la première moitié de sa vie, il lui est loisible d'acquérir, dans la seconde, une valeur propre d'intelligence et d'activité sociale. Et voilà un fruit mûr pour la députation.
M«»e Edmond Adam a traité ce point avec une particulière autorité. « Ce qui m'a toujours choqué chez l'homme, dit-elle, c'est le profond dédain avec lequel
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il traite les femmes qui ont atteint la maturité. » Et elle remarque avec malice que c*est pourtant à cet âge qu'elles gouvernent le mieux leur maison, leur industrie, leur commerce, et leur mari par-dessus le marché. Voici sa conclusion : « Veuillez reconnaître. Messieurs les maîtres, qu'une femme qui ne tient plus à plaire et qui n'est plus absorbée par les soins de la famille, est encore bonne à quelque chose, qu'elle peut rendre des services sociaux, produire au point de vue de l'art, du métier, de l'industrie, et que ce temps, qu'elle peut employer en dehors du ménage, représente au moins les deux tiers du temps qui lui est ordinairement accordé de vivre, ce qui vaut la peine d'en parler (*). »
Que valent ces considérations variées en faveur de l'éligibilité de la femme quadragénaire ? Pasgrand'chose.
Il est vrai que, passé l'âge critique, les femmes ont chance de vivre plus longtemps que les hommes, et qu alors, par une métamorphose assez générale, l'instinct maternel fait place en leur cœur à une raison tranquille, sérieuse et prudente, à toutes les qualités requises pour la direction d'une famille. En vieillissant, leur esprit acquiert de la netteté, de l'étendue, de la pondération, de la sûreté. Elles se donnent moins au sentiment qu'à la réflexion ; et par là, elles se rapprochent vraiment de la constitution masculine. Pourquoi leur refuserionsnous, à cet âge de sagesse où elles deviennent plus aptes à remplir les oflîces virils, le droit de jouer un rôle politique susceptible de tourner à l'avantage du pays?
(1) Retme encyclopédique du 28 novembre 1896, p. 842-843.
A quand le vote des Françaises ? 61
.Nous voyons à cela quelques inconvénients.
D'abord, il est excessif de prétendre que la femme de quarante ans soit toujours une force disponible et mûre pour la politique^ On oublie les malaises, les sujétions, les aflaiblissements du retour d'âge, et les soucis, les préoccupations de Tintérieur, les grands fils à établir, les petits-enfants à gâter, la famille à présider, à soutenir, à conseiller. Est-ce là une vie de loisirs et de liberté ? Par ailleurs, même en admettant que la vocation parlementaire s'éveille exactement chez la femme à quarante ans révolus, on n'imagine guère qu'elle puisse s'improviser à jour fixe femme d'État, pas plus que « préfète » ou « avocate », ingénieur ou médecin. Il faut à toutes ces fonctions une longue préparation qui n'est point compatible avec les tâches sacrées, — et combien absorbantes! •— qui incombent à l'épouse et à la mère. Vous représentez-vous cette ménagère héroïque piochant le budget en allaitant son nouveau-né ? Hélas ! elle devra choisir entre ceci ou cela. A elle aussi, la bifurcation s'imposera de bonne heure. Ou elle délaissera la politique, ou elle négligera sa maison. Toute femme ambitieuse, ayant le sentiment ou l'illusion de sa supériorité et voulant se faire un nom dans les affaires publiques, sera perdue pour le mariage.
Et voilà bien ce qui nous inquiète le plus dans l'invasion de nos fonctions par les femmes intellectuelles. Obligé de reconnaître que les nécessités économiques les portent vers des emplois et des métiers qui ne semblent pas toujours faits pour elles, nous avons souscrit sans trop de réticences, conime on peut s'en souvenir, à l'élargissement de leur activité sociale. Mais dès qu*il nous apparaît avec évidence qu'une profession aurait pour conséquence inévitable de les éloigner de leur royaume naturel, de les détourner de leur office sacré, alors notre devoir est de leur en fermer la porte. Voilà pourquoi nous hésiterions à ouvrir le Parlement aux femmes. Si elles
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y pénètrent, elles feront le siège de toutes les fonctions administratives les moins conformes à leurs fonctions domestiques. Ainsi donc, point de femme éligible. On peut dire cette fois, avec M. Faguet, que « toute politicienne de plus serait une mère de moins (^). »
« Faites mieux, dira-t-on, fermez la salle de vote : l'air qu'on y respire n'est pas plus sain que celui du Parlement. » — Permettez : les deux situations ne sont pas comparables. Rien de plus absorbant, de plus démoralisant que la députation, tandis que le vote est un acte individuel et momentané. Il y a fonction continue dans le premier cas, et, simple visite intermittente à la mairie dans le second. Et comme Télectorat des femmes ^ n'implique point, dans notre pensée, leur éligibilité, l'exercice du droit de suffrage sera inoffensif, étant désintéressé. Point de danger qu'elles soient entraînées aux excès et aux bassesses de la vie parlementaire, puisqu'il ne leur sera point donné de faire tourner leur vote au profit de leurs ambitions et de leurs intérêts personnels.
Notez bien que, si nous écartons les femmes du Parlement, ce n'est point parce que nous les jugeons indignes de lui, mais parce que nous le jugeons indigne d'elles, tant le niveau moyen de notre représentation nationale nous paraît inférieur! Nous avons le pressentiment que leur sexe se trouverait mal des compromissions et des chocs de la politique militante. Qui ne sait Faction déprimante et malsaine qu'elle exerce sur les hommes ? Serait-il prudent d'y exposer la décence et l'honneur des femmes? Pour^ma part, je verrais à regret nos mères, nos filles, nos sœurs, entrer dans la cage aux fauves d'une assemblée législative ou descendre dans la fosse aux ours d'un conseil municipal. Nos
(1) Mesdames au vote! Écho de la Semaine du 28 novembre 1897, p. 522.
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mœurs démocratiques sont telles qu'une honnête femme ne saurait s'y mêler sans souffrance et sans amoindrissement.
Joignez que la grossièreté est contagieuse et que, les femmes étant loquaces, ardentes, opiniâtres, nos dames parlementaires seraient tenues de hurler avec les loups, au risque de s'attirer les plus vertes répliques. Au Congrès des socialistes allemands tenu à Stuttgard en octobre 4898, les femmes prirent part aux discussions avec vigueur et fracas. A un moment, elles menèrent un si terrible tapage que, pour les faire rentrer dans le silence, un congressiste dut leur crier à pleins poumons : « Allez-vous bientôt finir votre sabbat, sorcières? » En démocratie, avec le mépris grandissant de la politesse et des bienséances, les fonctions publiques deviendront de moins en moins accessibles aux honnêtes femmes. Un doux poète canadien, M. Louis Frécbette, leur a dit gentiment :
« Le poids d'un tel fardeau sur de frêles épaules
Pourrait bien les faire ployer.
Mesdames, croyez-moi, ne changeons pas de rôles :
Restez les anges du foyer (*). »
Il n'y a qu'un reipède à la grossièreté qui envahit nos mœurs politiques : laissons voter les femmes. Elles sont très capables d'exiger de leurs candidats qu'ils respectent la civilité puérile et honnête.
On insiste : « Elles voteront pour elles et non pour nous. Vous ne leur ferez pas comprendre qu'elles peuvent être électrices sans pouvoir être élues. » — A cela, nous avons une réponse décisive. Sous un régime de sufirage universel, le droit de participer à l'élection des assemblées politiques n'entraîne pas nécessairement le droit de s'y faire élire. Si le principe de la sou*
(1) Le Coin du feu. Revue de Montréal, décembre 1893.
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veraineté du peuple exige que tous les membres de la nation puissent se faire représenter dans ses conseils, il ne réclame aucunement que tous les électeurs puissent s'élever eux-mêmes à toutes les fonctions représentatives. Tandis que tous les citoyens doivent avoir la faculté et le moyen de voter, il est bien évident que tous ne sont pas en situation ni en droit d*étre députés, sénateurs, ministres ou Président de Repu* blique.
Ne réclamons donc pour les femmes que ce qui leur est dû. A outrepasser la limite des revendications permises, on compromettrait, du reste, les plus légitimes et les plus désirables réformes. Et puis, on verra plus tard! Si notre Parlement s*assagit et se civilise, si surtout il devenait un jour la véritable représentation des intérêts généraux de la nation, croyez-vous que quelques femmes de mérite et de talent n*y feraient pas bonne figure et bonne besogne?
Et maintenant, à quand la Française électrice ? Pas tout de suite. Nos conservateurs , qui pourraient bénéficier de ses votes, sont trop poltrons et trop énervés pour élargir en sa faveur le suffrage universel qu'ils détestent; et nos démocrates, qui idolâtrent celui-ci à condition d'en profiter, se garderont bien de mettre le bulletin de vote aux mains des femmes par peur des couvents et des curés.
Mais, — pour conclure, — qu'on veuille bien retenir ceci , que la logique des idées est irrépressible ; qu'elle agit lentement, mais inévitablement, sur l'esprit des foules ; qu'il répugne à la simple raison que toute une catégorie de personnes réputées babiles à choisir librement des mandataires pour la direction de leurs affaires privées, soit déclarée inapte à élire des mandataires pour l'administration des affaires publiques, de telle sorte que la plénitude de la capacité civile se heurte en un même individu à la plus complète incapacité politique.
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Qu'on veuille bien encore observer qu'il apparaîtra de plus en plus clairement à la conscience du grand nombre que la femme, ayant en soi sa fin et sa dignité, est une personne qui ne doit pas être soumise à des lois qu'elle ne fait pas, à des impôts qu'elle ne vote pas, à un gouvernement qu'elle ne consent pas ; qu'en l'excluant de nos comices électoraux, il n'est pas vrai que la loi soit l'expression de la volonté générale, ni que les gouvernants soient la représentation légitime des gouvernés; bref, que, dans notre pays de suffrage universel où l'bomme le plus médiocre est mieux traité que la femme la plus distinguée, rien n'est moins « universel » que le principe électif de notre démocratie républicaine.
Et cboquée de ces illogismes criants, blessée de ces inégalités injustifiables, l'opinion publique finira bien un jour par se dire qu'après la suppression des privilèges de rang, de caste et de naissance, il lui reste à abolir la dernière aristocratie survivante, l'aristocratie de sexe. Qu'importe que les esprits qui s'ouvrent prématurément à ces idées ne soient aujourd'hui qu'une infime minorité? Demain, grâce à la toute-puissance de la logique que rien n'arrête, ils seront légion. « Les majorités ne sont que la preuve de ce qui est, écrivait à ce propos Alexandre Dumas ; les minorités sont souvent le germe de ce qui doit être et de ce qui sera(i). »
Lors même que Tavenir, faisant retour à la sagesse, renoncerait aux incohérences aveugles du suffrage d'aujourd'hui pour confier aux plus dignes et aux plus capables la mission de choisir les représentants de la nation, le féminisme politique aurait encore sa raison d'être et devrait réclamer l'accession des femmes d'élite au corps électoral. Mais ce serait trop beau : l'avenir n'est pas aux privilèges du suffrage restreint.
(l) Les Femmes qui tuent et les Femmes qui votent ^ p. 115.
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Le courant égalitaire est trop violent pour revenir en arrière. A-t-on jamais vu les eaux d'un fleuve remonter vers leur source?
En tout cas, le dilemme suivant reste entier : ou le suffrage universel est une ineptie dangereuse, et Ton ne comprend pas qu'il soit étendu à tous les hommes , même les plus niais ; ou bien le suffrage universel est un principe admirable et un immense bienfait, et alors il est inconcevable qu'on en ferme l'accès à toutes les femmes, même les plus éminentes.