ACTE III
GILBERTE
Ah !... je ne le demande pas à qui tuas écrit... je le sais, je le devine... c'est à Henri.
JENNY
Eh! bien oui... dis-moi tout ce que tu voudras ..
GILBERT E
Malheureuse, tu l’aimes!...
JENNY
Est-ce que c’est ma faute ! est-ce moi qui l'ai cherché,... qui l’ai fait V enir chaque jour dans cette maison, malgré mes observations, mes refus... mes impertinences mémo,... mais c’est comme une fatalité... la première fois que je l’ai rencontré, une sotte prédiction m’avait troublé l’âme !...
gilbe;rte.
Ah ! oui... la noix dorée.
J’en avais ri d’abord... mais ces paroles banales s’étaient gravées dans ma tête, dans mon cœur, comme un avertissement, comme une menace.^, il me semblait qu’une voix me les répétait sans cesse... et cette voix c’était la sienne, à lui... Ah ! je le haïssais... Quand il venait, j’aurais voulu fuir, et mon mari avait la lage de le retenir.
gilberte.
C’est toujours comme cola...
JENNY
Un jour une femme, sa maîtresse, est venue m’insulter ici... et alors... j’ai compris que je l’aimais.
GILBERTE
Eh ! bien !
J EN N y;
Eh! bien, je ne voulais plus le voir... et l’on m’a forcée de lui pardonner... et il est revenu... j’ai bien lutté, va... lui aussi, nous voulions nous aimer gomme frère et sœur... chimère...
GILBERTE
Ah ! et maintenant...
JENNY
Et maintenant... je me laisse aller.
GILBERTE
Et, comment cela finira-t-il !
JENNY
Eh! comme ça pourra!
GILBERTB.
Voyons, voyons^ calmo>tOL... je ne cherche pas à combattre ta folie,., à t’éclairer sur ce que lu crois être le bonheur.
/ JENNY
M’éclairer... mais je n’ai aucune illusion... Il me quittera un jour ou l’autre... il a dû déjîi y penser! Quant à mon bonheur, Gilberte, dis donc plutôt mon enfer... une vie de ruses, de craintes, de terreurs... de honte ; quand je me trouve en facede lui... cet homme, qui m’a fait l’aumône de son nom, j’ai des envies de pleurer... et ce n’est encore rien que cet odieux supplice,... tu ne peux pas comprendre cela, ...je ne le comprends peut«étre pas moimême,... je suis jalouse, jalouse de lui,... et quand je voudrais le suivre, l’épier, le démasquer... mon mari m’emmène ailleurs Icar je suis sûre qu’il me trompe,’ va, Gilberte 1
GILBERTB.
L’horrible existence !
IKKNY.
Cette chaîne lui pèse, je le vois bien, il en a honte pour lui... il s’en effraie pour moi.
GILBERTB.
il a raison... une imprudence, un hasaid... et ton mari.
JENNY
Mon mari!... Vingt fois, j’ai couru après lui, afin de tout lui avouer... et puis, j’ai eu peur... j’aurais peut-être bien fhit... il m’aurait tuée !
La belle avance pour toi, la belle consolation pour lui !...
JENNY
.Ml! lu n’as jamais aiino !..^
GILBERTE
Comme loi, non... et je m’en félicite... Jenny, veux-tu suivre mes conseils ?
JENNY
Je te dirais : oui, je ne les suivrais pas !
GILBERTE
Mais, tu te perdras...
JENNY
lih bien, après...
LOUISE, entrant, et à Jenny.
Madame, monsieur de Ravannos . •