‹ La femme dans l'antiquité égyptienne (volume 2)Chapitre 1 sur 5 · La femme dans l'antiquité égyptienne · texte numérisé non relu

La femme dans l'antiquité égyptienne

L'histoire de la femme (1) a été dernièrement traitée avec beaucoup de talent par un des plus fins lettrés du Correspondant , M. Etienne Lamy, de l’Académie française. Seulement, M. Lamy appartient à cette pleïade d'écrivains chrétiens pour qui tout semble commencer avec Home.

Il sait, par oui-dire, qu'il y eut un Ancien Testament et que dans cet Ancien Testament on parle de la « femme forte ». Ayant une horreur instinctive pour toutes les sociétés dites païennes de l’antiquité, il dit que « le peuple juif pensait plus justement de la femme. La crainte de Dieu, qui a préparé à l’homme une compagne et lui interdit d’en chercher plusieurs, avait été, ajoute-t-il, pour Israël, le commencement de la sagesse envers la femme... », — ce qui n'est point exact, puisque la polygamie, permise par la loi de

(I) Dans cette première partie j'ai conservé la rédaction primitive de mes leçons à l'Ecole du Louvre en indiquant dans le texte, par des nos, la place et l'ordre des projections lumineuses faites alors et que commentait souvent ce texte lui-même.

Moïse, n’a été supprimée par les Juifs qu’au moyen âge à eausc de l'anathème d’un célèbre rabbin s’inspirant de la loi chrétienne. — 11 nous parle aussi du divorce accordé aux Hébreux par Moïse, « à cause de l’obstination de leurs cœurs »... Et c'est tout.

(Juant aux autres civilisations de l’antiquité, antérieures à Home et à la Grèce, il n'en sait rien ou peu de chose : et c’est seulement par acquit de conscience qu’il dit un mot de l’Egypte, en écrivant les phrases suivantes : « L'àgc le plus sain des races est leur enfance. Les trois peuples qui ont été les maîtres de la civilisation ancienne, l'Egypte, la Grèce et Home ont commencé par le mariage stable où la femme trouvait quelque dignité. Mais cette continence n'est inspirée que par la sagesse politique : ces peuples savent que la force des armées se forme et se conserve par la discipline des mœurs. C'est le culte de la nation, et non le culte delà femme, qui inspire à ces peuples, soucieux de se défendre et de grandir, les vertus privées qui soutiennent la fortune de l'Etat ».

11 est facile de voir que, pour tout ceci, l'auteur s’inspire encore de Home — de celle Homo, prétendue primitive, dont certains catholiques voudraient copier jusqu’aux pires abus, tels que celui du testament romain permettant de dépouiller les fils ou de n’en favoriser qu’un seul, — de celle Home enfin qui les liante et leur fait partout cl toujours confondre l’antiquité avec la Humanité! Dire que le militarisme a causé pour les Egyptiens leur culte de la femme serait une énormité dont M. Lamy est incapable. La comparaison l’a entraîné trop loin. Les trois peuples primitifs

dont il est ici question, peuples très dissemblables par les habitudes, ont de commun entre eux le mariage stable. Voilà ce qu'il a, sans doute, voulu dire.

Mais ce fait est-il si peu de chose? Quand on le rapproche de certains faits connexes de la vieille civilisation chaldéenne etc. no nous fait-il pas penser au vieux mythe de l'àgc d’or précédant l'àge de fer?

C'est là un sujet fort intéressant à développer. Je l'ai fait autrefois dans mes cours à l'Ecole du Louvre. Je n’y reviendrai pas: et je me bornerai à faire remarquer qu'en etï’et l’abaissement de la femme, de [dus en plus profond a toujours accompagné l'àge de fer, c'est-à-dire l’époque du militarisme à outrance. C’est après les invasions doricnnes et les violences qui les ont suivies, qu’en Grèce elle a perdu la situation très honorable qu’elle avait aux temps homériques. C'est après la révolution qui aboutit à la loi des XII tables, en pleine période de nation armée et de guerres interminables, qu’à Home elle cessa d’avoir pour unique union légale cette primitive communion nuptiale d'effets indissolubles et qui entraînait d'abord, selon Denys d’Halicarnasse, la communauté de biens entre époux, de mèmè qu’elle cessa aussi de pouvoir (.lire avec vérité à son mari, selon le formulaire consacré : Lbi, lu Gaïus cl ego Gain : « où tu es le maître, je suis aussi la maîtresse, avec le même nom et les mêmes droits ».

L’àge de Saturne était passé. La force brutale l'emportait partout : et quand la force brutale, quand la soldatesque l'emporte, la douce influence de la lemme cesse de se faire sentir. La femme est,

par nature, l’apôtre de lu charité : lu haine lu lue cl l'annihile.

On voit combien peu nous sommes d’accord, M. Lamy et moi, sur l'in fluence qu'a pu exercer dans le ménage la discipline militaire.

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