‹ La femme dans l'antiquité égyptienne (volume 2)Chapitre 3 sur 5 · LA FEMME SOIS LE MOYEN EMPIRE EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

LA FEMME SOIS LE MOYEN EMPIRE EN ÉGYPTE

Nous avons étudié jusqu’ici la situation de la femme sous l'ancien empire égyptien, c’est-à-dire sous les dynasties Thinites et Mcmphitcs. La sixième dynastie Mcmphite se terminant à la reine Nilocris, dont nous avons parlé précédemment, d’après Manélhon et Hérodote, d’accord avec les listes chronologiques de Turin et d’Abydos, s'est effondrée sous des révolutions successives qu'ils nous ont en partie esquissées. La 7U et 8e dynastie, également Mcmphites, paraissent avoir été très déchues. Manélhon se borne au dénombrement des rois qui les composent, rois dont le papyrus hiératique de Turin, à peu près seul, nous a donné quelques noms. Aux Mcmphites succédèrent les Héracléopolitains formant la IXa et la Xe dynasties et dont les cartouches nous sont parvenus en partie parla table d’Abydos, en partie par les fragments de Turin, en partie par de rares monuments ou fragments contemporains trouvés à Stabl-Antar, Siout el Berseh et dont quelques uns ont été acquis, il y a peu d’années, par le Musée du Louvre.

C’est également une période très sombre dans i’histoire d’Egypte.

Manélhon nous dit seulement que le premier monarque de la IXe nommé Achthos ou Achlhoès lut le plus cruel des rois qui avaient régné jusque là, qu’il commit dans toute l’Egypte des crimes énormes, qu’il finit par devenir fou et fut dévoré par un crocodile. Le papyrus de Turin fait mention, pour la IXe dynastie, de deux rois lvhati ou Acblhos ; et des inscriptions contemporaines nous apprennent que l'un avait pour prénom Uahkara et l’autre Mcrabra. 11 est probable que le premier de ces rois, Acblhoès, dont il est question dans Manélhon, après s’être emparé du pouvoir qu’occupaient jusque là les dynasties mempliitcs, eut soin d’épouser une des princesses de celle famille, car un de ses successeurs, dont le prénom est Merkara, avait pour nom Tcta. comme certains rois des dynasties précédentes. Il en est de même de Ranel’erka, Pepi senb ou nouveau Pepi. Quoiqu’il en soit, ceux qui remplacèrent Achlhoès à Héracléopolis, et dont les cartouches seuls sont parvenus jusqu’à nous, parce que leurs actions n’avaient pas mérité le souvenir, suivirent sans doute les traces de ce tyran et, après une période obscure de complète désorganisation de l’Egypte (qui sauf en deux ou trois endroits n’a rien gardé d’eux), ils finirent par causer une révolution transportant le siège de l’empire d’iléracléopolis à Thèbes.

La XIe dynastie thébaine des Antef et des Mentuhotep, à laquelle Manélhon consacre peu de mots, nous est assez bien connue grâce aux listes de Karnark ou de Turin et aux monuments originaux remontant à celle

époque. Vous avez pu admirer dans notre galerie du Louvre les sarcophages dorés de deux de ces rois Anlef, tombeaux violés déjà sous les Ramessides, d’après le papyrus Abbotli.

Vous savons que celte époque fut aussi très agitée; et une stèle, que j’ai récemment traduite et commentée, nous montre des prétendants se soulevant, sous ces Anlef et ralliant à leur parti des préfets, comme celui de Coptos, dont on ex oui sa à jamais la race de ses fonctions héréditaires.

Mais bientôt un autre prétendant s’empara définitivement de la couronne. Ce l ut Amenemhat, l’Auuîvsur,; de Manélhon, qui succéda, selon lui, aux IG rois de la XIe dynastie thébaine :

« La XL dynastie des Diospolitains comprend, dit-il, 1 1 rois qui régnèrent 43 ans. Après eux vint Amenemès qui régna 16 ans (lire 2G ans). »

Là se termine, pour cet historien, le 1er livre de son histoire, que nous ont seulement abrégée Africain et Eusèbe.

Le second livre est consacré à une nouvelle période historique, débutant par la XIIe dynastie thébaine, laquelle comprenait sept rois, dont le premier, qui régna 4G ans, est indiqué comme le fils d’Amenemès ou Amenemhat.

Ces données ont été confirmées par les documents contemporains, d’après lesquels Amenemhat est un véritable novateur, faisant, pour ainsi dire, transition entre ce que l’on nomme l’ancien empire et ce que l’on nomme le moyen empire.

Amenemhat lui même nous raconte, d’ailleurs,

dans ses Maximes adressées à son fils Isurtasen, associé par lui à la couronne, les soulèvements qu’il eut à combattre pour établir sa puissance.

J'ai tort quand je me sers du terme de « Maximes » pour désigner cet ouvrage qui ne ressemble en rien à celui de Ptahhotep contenu dans le papyrus Prisse. C’est plutôt un testament politique que la conception d’un philosophe.

« Kcoute mes paroles : tu règnes sur les deux mondes ; tu régis les trois régions. Fais excès dans le bien. Sois réuni en bonne intelligence avec tes sujets, de peur que les créatures ne soient en crainte. Ne t'isole pas d’eux ; mais ne fraternise pas avec les favoris. Ne fais pas pénétrer près de toi ceux dont l’amitié n’est pas parfaite. Je me suis appliqué à le garder ton cœur à toi même, afin qu'il ne soient pas les serviteurs de quelqu'un, au temps de ton adversité. Je leur ai fait peur, en les rapetissant, et j’ai fait parvenir près de moi celui qui n’était rien, comme celui qui était quelque chose, pour manger mes biens. Maintenant je l’ai élevé. Je l'ai donné des bras pour que lu te fasse craindre par là, etc. »

Vient ensuite, exempli rjratiû , l'histoire de sa vie, de son énergie contre la révolte qui, un soir, a failli le déposséder et du bien qu’il a fait comme roi.

Améncmhat l’affirme et les documents contemporains le prouvent : le nouveau souverain fut en effet un grand réformateur. Il remania toute la société égyptienne de son temps: l’état des terres et des personnes, en rétablissant l’ordre partout où les révolutions antérieures n’avaient causé que le désordre. C'est ce que

rappelle encore, dans son inscription, Khnumholep, mis en possession de certains nomes, comme prince héréditaire, par notre Amenemhat Lr : « Lorsque Sa Majesté vint réprimer l'injustice, resplendissant comme le dieu Tum lui-même, reconstruisant ce qu'il avait trouvé en ruines, prenant et mettant à part chaque district (domaine ou ville, mit), de son frère (de son voisin), lui faisant connaître ses limites par rapport à l’autre domaine (district ou ville), rétablissant leurs stèles, solides comme le ciel, faisant connaître leurs eaux, telles qu’elles sont dans les écritures, jugeant toutes choses à cause du grand amour qu'il avait pour la vérité et la justice, » — en un mot lors du cadastre général, établi par Amenemhat, tant pour les terres que pour les gens qui y étaient attachés, cadastre réglant toutes les limites des provinces et des moindres domaines, ainsi que de la propriété publique ou de la quasi-propriété privée.

Dans l’ouvrage déjà cité par nous, Amenemhat se vante d’avoir fait labourer le pays depuis le Delta jusqu’à Eléphantine, d’être le créateur des céréales auxquelles le Nil accorde l'inondation, en nourrissant tous les habitants. Le préfet Ameni, qui gouvernait le nome de Meh, en l’an 43 de ce roi répondant à l’an 23 d’Usurtasen, nous donne des détails analogues, en décrivant le gouvernement civil qu'il exerçait dans ce nome, comme délégué du roi propriétaire éminent du sol, pour l’utilisation féconde de ce sol et l’administration de ses habitants.

« Moi j’ai été plein de douceur et de charité, un prince aimant son pays. J’ai toujours et chaque année

agi ainsi comme gouverneur du nome de Meh. Tous les travaux du (3am)axov (ou du domaine public) étaient sous ma main : et voilà que les intendants des domaines me livraient chaque année trois mille bœufs, que je livrais au pa7i.Xi.xov, sans que rien ne m'en restât et qui provenaient de chaque siège de gouvernement: ce dont j'ai été loué par le j3a<r.)a.xov. Mon nome travailla pour moi avec une activité surabondante — et je n'ai pas ailligé le fils du petit; je n’ai pas maltraité la veuve ; je n'ai pas fait tort aux hommes des champs; je n'en ai pas expulsé le gardien. Il n’y eut pas de chef de o hommes dont j'enlevai les hommes de leurs travaux. Il n’y eut pas d’affamé dans mon temps, même quand il y eut des années de famine. Voici qu’assidûment je cultivai tous les champs du nome jusqu’à ses limites (ses stèles limitatrices du sud et du nord). Je fis vivre ainsi de ses produits alimentaires ses habitants. Il n'y exista pas de pauvre. Je donnai à la veuve comme à celle qui avait un mari. Je ne distinguai pas le grand du petit dans tout ce que je distribuai : et quand les inondations du Nil furent grandes, les maîtres des graines devinrent les maîtres de toutes choses et je n’exigeai rien d’eux (pour moi) sur les produits des champs ».

Amenemhat avait institué partout en Egypte ces grands magasins de céréales que le patriarche Joseph devait rétablir, un peu plus lard, sous les ïïyksos, et qui avaient, entre autres avantages, celui d’assurer la nourriture des habitants pendant les années de famine. Ce grand socialiste d'Etat prenait intérêt à tous, et nous avons vu que sa sollicitude s’appliquait aux femmes, aussi bien qu’aux hommes, aux veuves on aux tilles

célibataires, aussi bien qu’à celles qui avaient un mari. Mais, au point de vue de la situation des femmes, il comprenait les choses autrement qu’on ne les comprenait sous l'ancien Empire.

La femme fut désormais une ncbt pci, une maîtresse ou dame de maison, (c’est le moment où l’on commence à rencontrer ce litre), mais cette maison avait un maître qui prétendait bien diriger — tout en laissant à sa conjointe son domaine spécial et en l’entourant de respect. L’influence des sémites s’était évidemment fait sentir dans une très grande proportion à cette époque. C’était 1ère des patriarches, succédant en Egypte à l’ère des époux primitifs, égaux l’un à l’autre et n’exerçant l'un sur l’autre d’autre pression que celle du cœur.

Sous la XIIe dynastie, nous ne trouvons plus de femme ayant dans le monde administratif les mêmes droits et les mêmes dignités que l’homme. Jamais elle n’est plus prophétesse ou prêtresse d’un dieu (1) : et cette règle, que constate encore en Egypte Hérodote, ne cessera plus d’être appliquée. Semblablement, elle n’exerce plus par elle-même les fonctions de gouverneur de nome, etc. Et cependant les inscriptions de Béni Hassan nous prouvent qu’à cette époque, où de telles fonctions étaient héréditaires avec l’approbation ou sauf décision contraire du souverain, elle transmet ses droits à ses fils et probablement aussi à son mari. Il en est de même, d ailleurs, pour l’autorité royale : et c’est pourquoi, jusqu’aux plus récentes époques, les usur-

(1) Nous l’avons vue au contraire remplissant encore ces fonctions sous la 4° et dynastie. Les exemples en sont d’ailleurs extrêmement nombreux.

pâte u rs de la couronne, après avoir massacré les représentants mâles de la dynastie précédente, avaient bien soin d'épouser une des princesses dont ils attendaient la consécration des pouvoirs de leur race. En Egypte les femmes régneront rarement par elles-mêmes, et quand cela se produisait, comme pour la reine llalshepsu, l'héritière de Thotmès (qui prit une barbe postiche à cette occasion), ses cartouches furent souvent martelés dans la suite. Ce fut seulement en Ethiopie que la royauté personnelle de la femme fut toujours pieusement conservée.

Sous la XIIe dynastie, la femme restait bien, en principe, l'égale de l’homme dans le ménage : les représentations en font foi. Mais, à cette période, de très peu antérieure à Abraham — qui vint en Egypte sous les rois pasteurs ou Hyksos, ainsi que plus tard son petitfils Jacob et son arrière-petit-fils Joseph — les usages des sémites réagirent sur les Egyptiens, un peu au détriment de la femme : et cela à plusieurs points de vue que nous n'avons pas encore abordés.

Tout en restant monogames en principe, tout en n'ayant jamais qu'une nebt pa , les princes et les grands personnages se permettent parfois alors, à côté de ce mariage d’égalité, que nous retrouvons intact jusqu’à l'époque persane et que les Chinois appellent maintenant des mariages de première dignité, des unions analogues à celles que les Chinois nomment aujourd’hui mariages de seconde dignité.

On sait généralement ce que sont ces deux genres de mariage en Chine. La femme de première dignité est vraiment l’égale de son mari. C’est la maîtresse de la

maison, ce que les Egyptiens nomment., nous l’avons dit, dès la XIIe dynastie, la nebt pa. Elle joue le rôle de mère, môme par rapport aux enfants de son mari qui ne sont pas nés d'elle. La femme de seconde dignité ne joue, au contraire, qu’un rôle secondaire, analogue à celui d'une simple servante. Elle est tenue à rendre ses hommages à la femme de première dignité, qui souvent intervient pour la faire changer. Ses fils ne lui appartiennent pas. Ils appartiennent à la noble épouse. Celle-ci a les mômes droits sur eux qu’elle a sur ses propres enfants.

C’est un peu la constitution de la famille que nous dépeint la Bible pour l’époque patriarcale. Les femmes légitimes de Jacob augmentèrent chacune le nombre de leurs enfants en donnant elles-mêmes à leur mari des femmes de seconde dignité, qui procréaient des enfants pour elles. Ces enfants étaient légitimes, comme les autres, comme le furent toujours en Egypte, suivant le témoignage de Diodore, les enfants que le maître avait de son esclave. Sarah, longtemps stérile, lorsqu’elle eut à son tour un enfant né d’elle vraiment, dut faire ainsi renvoyer par Abraham le lils de l’esclave, pour empêcher que ce fi I s d’esclave ne revendiquât un jour ses droits de promogénilure . Elle avait, en effet, chargé l’Égyptienne Agar de la remplacer auprès de son mari et de lui faire naître un fils. Ce fds était né : c’était son fils, comme celui de son mari, et il fallait une expulsion pour l’exhéréder.

En Egypte le tombeau de Ivhnum hotep (n° 24) met sous nos yeux l'histoire d’une autre Agar qui, avec ses enfants, resta dans la famille. La femme légitime,

Kliuti, esl assise sur un siège élevé (1er l’eg.). Devant elle mais plus bas sont ses fils, déjà pubères, au nombre de quatre. Trois de ces enfants sont nés d’elle. Le quatrième est né de l’intendante Dja (2e reg.). Celle intendante Dja vient elle-même à la suite, après les filles qui se tiennent derrière leur mère (4e reg.). Un très petit enfant, ce Khnum hotep que nous voyons plus loin, grandi, désigné aussi comme fils de l'intendante Dja, lui tient la main. Plus en arrière encore, se trouve une toute petite fille et une nourrice.

Ainsi la femme légitime, isolée de son mari, n’en est pas moins le centre de toute la famille. Les enfants l’entourent. La femme de seconde dignité n'est qu’un accessoire, comme la nourrice.

Ce détail fait partie de tout un tableau d'ensemble, qui représente la famille égyptienne encore constituée comme sous l’ancien empire, tableau que nous allons étudier devant vous, en même temps que le monument entier, si curieux par les renseignements qu’il nous fournit sur la vie sociale et familiale des Egyptiens.

La femme Ivhati, assise, nous l’avons dit, sur un siège élevé, esl placée en parallélisme d'égalité absolue avec son mari, le prince et gouverneur héréditaire Klmum hotep, assis de même façon en face d’elle, sur un siège semblable (n° 26). Seulement elle n'a plus de fonctions par elle-même. On ne fait plus que rappeler colles de son père, qui était un dignitaire important et un prophète d’ilathor, en même temps que le nom de sa mère 'l'ont. Pour elle, on se borne à dire que c’était la dame de maison, nebt pa, K bâti : sans même indiquer, comme autrefois, que c’était la femme bien aimée

(il

du maître : ce qui allait de soi, une lois admis qu’elle était nebt pci du logis et y présidait. Notons que, dans le cas actuel, elle intervenait seulement comme faisant un tout inséparable avec son mari Khnum hotep, dont ce tableau avait pour but de peindre les rites funèbres.

Pour de semblables cérémonies, celui qui jouait le principal rôle était le lils aine. Ce (ils aîné, Khanekhl, figure, dans le n° 24, en avant de sa mère et tourné vers son père. 11 lient dans sa main une oie dont il fait l’offrande près de deux autels allumés.

C’est lui qui fait le sacrifice. Mais, pour cela, il est assisté par des prêtres spéciaux placés, soit devant lui, soit derrière lui, et ses frères, tant dans le n° 24 que dans le n° 2b.

Ce dernier — qui est le premier dans l’ordre logique — représente d’abord un lion lia, c’est-à-dire un prêtre funéraire de l’esprit du mort, qui fait une libation sur une de ces tables à libations, surmontées d’une sorte de cuvette, dont nous possédons dans nos musées nombre d’exemplaires. Vient ensuite un sam — nom sacerdotal qui désigne certains prêtres employés pour les dieux eux-mêmes — par exemple le grand prêtre de Ptah de Memphis. En troisième lieu, on voit un kherheb ou officiant, comparable au lecteur de la liturgie chrétienne et qui tient un rouleau dans la main. En dessous d’eux, c’est-à-dire à la suite, se trouvent des scribes porteurs d’autres rouleaux. Enfin, derrière Khanekhl, un « ministre divin », prêtre dirigeant les funérailles à Memphis jusqu'à l’époque ptolémaïque, met l’encens sur le feu, dans l'encensoir égyptien traditionnel. Deux kherheb disent les formules de

l’offrande funéraire ; et deux autres kherheb apportent des cuisses d’un bœuf sacrifié.

Tel est l étal major employé pour la liturgie. Mais il y a bien d’autres assistants ou employés qui figurent dans les registres inférieurs.

Parmi les assistants, on compte, en premier lieu, les autres fils du défunt dont nous avons déjà parlé et qui accompagnent l’aîné olliciant, Khanekht, c’est-à-dire : 1° lvhnum botep, 2° Nehera, 3° Ncternekht — tous nés également de la ncbt pa Khati, puis, après un intervalle imposé par le respect, 4° un second Nehera né de la servante Djat.

On compte aussi trois tilles, nées également de la nebt pa Khati, et qui sont debout derrière leur mère. Elles se nomment Bekt, Tcnt, Mers; puis, à la suite, la servante (ou intendante) Djat, accompagnée de deux enfants (un second tils nommé Khnum botep, comme son père et un des lils de Khati, et une tille nommée Setap). Enfin la nourrice, Khctroimaut, termine la série familiale; car, de tous temps, en Egypte, les nourrices ont joué un rôle très important même après l’éducation complète de ceux dont elles ont pris soin. Ce sont pour eux de secondes mères.

Ajoutons qu’un intendant en chef nommé Nakht, sa femme, sans doute, l’agent féminin Llolep, et ses deux tilles se voient encore, dans le registre, après les prêtres et sans service déterminé dans la cérémonie. Ce sont donc aussi des assistants.

Les employés inférieurs, tous occupés à quelque chose se rapportant, à titre inférieur, aux rites funèbres, remplissent les 3e 4e et 3e registres desn0' 24 et 23.

Dans le troisième le n'J 25 nous montre un homme apportant des jarres.

Les deux serviteurs venant ensuite dans le nu 24 sont chargés de morceaux de viandes de boucherie destinés sans doute aux Kherheb , qui les présenteront au défunt.

Je ne sais trop ce que contiennent les sacs suspendus au joug (analogue à ceux de nos porteurs d’eau) du personnage suivant. Deux serviteurs soutiennent sur leurs épaules une sorte de table chargée de pains et ont chacun dans une main un carafon de vin. Une légende nous apprend qu’un préposé à la demeure de Khnum hotep apporte cela à son esprit. Ce préposé tient ses bras d’une façon assez singulière. Un autre sous-intendant le suit, portant une sorte de tabouret; un gardien (. manu ) un panier fermé, contenant sans doute des légumes, îles fruits ou des produits de la terre, comme les serviteurs privilégiés qui remplissent la lin du registre. Les liquides ne sont pas oubliés. Une femme est chargée ainsi de deux amphores et une autre femme a une bouteille dans un panier, en même temps qu’une sorte de boîte sur la tète.

L’avant-dernier registre a pour légende principale (dans le n° 24) : « apport des bœufs fait par les gardiens de la maison d’éternité au sanctuaire du Ka (ou de l’esprit) du grand prince, préfet des régions de l’Occident, le (ils de Nehera Khnumhotep, véridique ».

Le gardien Pepa amène ainsi un jeune bœuf; un serviteur inférieur un veau ; un autre deux jeunes bœufs; deux autres une gazelle et un oryx (ivu ou maliet) \ d’autres des bœufs ou dans le n° 24 une gazelle de l’espèce Kahes ; un autre un hérisson et un lapin en cages. On

voit à la suite trois scribes, chefs de l'administration de ce département des troupeaux, qu'ils sont dits présenter à leur maître. Des volatiles de diverses espèces sont offertes par cinq individus appartenant à la sous caste des pécheurs-chasseurs, c'est-à-dire de ceux qui prennent au filet soit des oiseaux, soit des poissons. Leur intendant spécial ferme la marche.

Le registre du bas est tout entier consacré au service de la boucherie. Les scènes s'en répètent un peu. Ainsi, dans ce registre qui va en sens inverse du registre précédent auquel il fait suite, on voit d’abord, dans le n° 24, d’après les ordres donnés par Neternckht, un bœuf que l'on renverse sur le dos et que deux hommes tiennent par les pieds, après qu'un autre l’a étourdi avec une masse. A l'un des hommes on dit : « saisis le pour qu'il ne s'en aille pas », à un autre: « empêche le de partir. » On attache ses pieds de devant un peu plus loin. La 3* ligure le représente complètement garolté des 4 membres et dans la oe on l'immole. Dans le n° 2o, on aperçoit d'abord un bœuf qu'on cmpàture et qu'on jette à terre, en aidant à sa chute par des coups de pieds, avec la légende : « Attachez-le, olfrcz-lc à son esprit (à l’esprit du maître. » Puis ce même bœuf est immolé par deux hommes, dont l’un le lixe par des cordes à une sorte de fenêtre grillée, tandis qu'un autre, plaçant son pied sur sa gorge, s'apprête à la lui couper, à l'aide d'un long couteau, l ue troisième cl une quatrième scènes nous donnent le dépeçage. Lutin, les morceaux sont apportés devant trois autels à l rois intendants.

Les nu' 2li et 27 forment un nouveau tableau faisant

suite et se référant, au moins en très grande partie, au même sujet.

Citons d’abord un demi registre, que surmonte le Ie'' registre contenu à la fin du n° 20 et au commencement du n" 27. Dans le n° 20, la statue du prince Klinum liotcp est mise dans un naos se fermant par deux portes et analogue aux deux naos de la salle des grands monuments au musée du Louvre. Pcrmettezmoi d’abord de faire passer sous vos yeux ces deux naos, et d’abord, l’énorme naos d’Amasis, si analogue à celui que, selon Hérodote, ce prince avait renoncé, à cause de sa masse, à faire entrer dans le temple de Keith ou Minerve de Sais. Ce naos est célèbre par la tigurationdu panthéon égyptien qu’il contient (n° 28).

Voici encore le naos de Ptolémée Evergète (n° 29) qui, par ses légendes permet de mieux comprendre la description que le décret de Rosette nous donne du naos qu’il prescrit d’exécuter en l’honneur de Ptolémée Epiphane.

Ces deux monuments monolythes de granit rose étaient fermés par des portes. On voit encore dans la pierre les trous destinés à établir cette fermeture.

11 en est identiquement de même, sous la XIIe dynastie, pour le naos de Khnumhotep (n° 26), dont les portes sont ouvertes et qui contient la statue du prince. D’un côté, un officiant — le tils sans doute — lui fait une offrande, tandis qu’un hlierbeb ou lecteur, lui tournant le dos, lit le formulaire. De l’autre, deux personnages, dont le premier est l’intendant de la demeure de Khnumhotep, écoutent dans une pose hiératique.

La légende porte : « Accompagnez la statue divine au sanctuaire ».

Au delà du Kherheb — tant dans le n° 26 que dans le n° 27 — six hommes tirent une corde qui devrait se rattacher au naos, mais qui maintenant, en parait isolée.

Six autres personnages (n° 27) viennent au-devant des porteurs et du naos, les bras étendus en signe d'allégresse. L’un d’eux fait une libation. C’est le prêtre ou purificateur [ah) nommé K bâti. La légende porte : « Ouvrez les portes du ciel où sort le dieu ».

Cinq jeunes femmes, ne portant que des ceintures et une coiffure singulière se composant peut-être de leurs cheveux liés en haut et formant une sorte de mitre, se livrent à des exercices de haute voltige et de danses dignes de nos cirques actuels, avec la légende : « voguez à sa suite », mot à mot : « derrière ses pieds », probablement pour distraire le maître dans son voyage. Le saint roi David dansait ainsi devant l’arche. Passons à la ligne suivante.

Dans le n° 26. le premier registre débute par des scènes de comptabilité — qu'on peut attribuer, si l'on veut, aux funérailles.

Nous avons, d'abord, la coupe d'un bâtiment à deux étages. Autant qu’on en peut juger par un plan figuré, analogue à ceux qu'on faisait encore en France dans le xvnc siècle et qui manque également un peu de perspective, nous entrons dans une de ces avant-cours appelées en grec ptolémaïque Tcpoauî.'.a et en démotique kl tait, avant-cour sur laquelle ouvrent plusieurs portes. Deux de ces portes donnent sur des petits kiosques, couverts d’un toit plat que soutiennent en avant trois colonnes cl sous lesquels certains fonctionnaires se

mettent à l’abri du soleil, tout en surveillant le travail qui se fait au dehors. Deux autres de ces por tes donnent, à divers niveaux, sur un escalier. Cet escalier extérieur couvre un étage, en partie en sous-sol et qui est éclairé par quatre fenêtres grillées. Au dessus de l’escalier, un intendant est assis sur un divan, les jambes en partie repliées à la mode orientale. Il a devant lui un encrier et il écrit sur une tablette les chiffres des étoffes qu'on lui apporte et dont un employé inférieur, tenant une coudée sous le bras, est charge de vérifier la longueur. Un autre employé déplie pour cela un des ballots que montent successivement des porteurs. Au bas de l’escalier, scène de mesurage effectuée par trois serviteurs. Deux personnages assis sous un des kiosques et dont l’un, le scribe Neternekht a suspendu à une colonne sa palette à couleurs, inscrivent aussi Ses chiffres. Celui qui est derrière est l’intendant de la maison d’éternité, c’est-à-dire du tombeau, faisant pendant, pour ainsi dire, à l’intendant de la maison d’offrande des dieux du pays qui, nous l’avons dit, est assis au-dessus de l’escalier.

Plusloin, sur le même registre, le second kiosque est celui d’un autre intendant, près duquel est accroupi le vérificateur des poids et mesures en train de peser sur une balance des matières inconnues de nous ; le scribe Neternekht, que nous venons déjà de rencontrer tout à l’heure, l’assiste pour la comptabilité et inscrit les données sur une tablette, avec sa palette sous le bras.

La scène suivante faisant suite au 1er registre du n0 26 et qui, à la fin de ce n° et au commencement du n° 27, constitue seulement le second registre, nous

représente, d'abord, le tapissier Usurtasen étendant un tapis ou un rideau de sa confection, puis, plus loin, le môme tapissier ou un autre innommé apportant un fauteuil, muni de dossier et de bras, le tout sous la surveillance du scribe spécial, nommé, comme son maitre, Khnumhotep. Plus loin encore dans le n° 27, on voit le prince Khnumhotep, vêtu d'une longue robe et de sandales, qui est assis sur un divan, ayant devant lui une sorte de canapé de style analogue à notre style empire. Derrière lui sont debout son ami (celui qui connaît son maître) nommé Nekht, l’intendant de la demeure Aeteruhotep et le scribe Ameni.

Dans une autre scène, l’intendant des menuisiers, ou menkh, Neternekht est figuré travaillant aux meubles (jue nous avons vus dans la scène précédente. A genoux, il façonne d'abord avec l'hermincttc un morceau de bois qu'il tient dressé devant lui. Derrière lui, on voit, sur un établi, ses autres instruments, le maillet, le ciseau, le vilebrequin, l’archet. Plus loin, debout, il scie (oust) une planche — opération qu'une légende a soin d’indiquer. La dernière vignette de ce registre se réfère au blanchissage. Le blanchisseur en chef (mer re/c/it) dénoue le paquet de linge à nettoyer. Deux de scs employés, debout près d'un baquet plein d’eau, trempent le linge et le secouent — opération qui, d’après la légende, se nommait lion en égyptien. D'autres le lavent (reich) ou le battent (hunu) avec le battoir appelé maint ; d’autres le tordent avec un bâton, après en avoir fixé une extrémité à un gros pieu fixé en terre — ce que l’on appelle aaf. D’autres enfin l’étendent pour b1 sécher. L’intendant llotcpcnvu assiste à

lout, un bâton à la main et prêt à intervenir pour punir, en cas de faute ou d'erreur de ses sous-ordres.

La maîtresse de maison, nebt pa, qui avait de tels services sous sa direction et à surveiller avait certes fort à faire.

Le 2° registre nous fait assister, dans le n° 26, à des scènes d'agriculture, qui se continuent, du même côté, dans le registre 3.

Ce sont d’abord des vignettes se référant à la moisson ( askh ). Un moissonneur coupe les blés avec une faucille. Un autre examine sur sa main les produits, en ayant la faucille sous son bras. On avait déjà alors coupé les épis, que les bœufs écrasaient sous laconduite de trois conducteurs. L’un excite les bœufs, à coups de bâton. Un autre tient une fourche à l’aide de laquelle il remue le sol artificiel composé d’épis broyés et plus élevé que le sol réel. Un autre est prêt à couvrir la bouche des bœufs d’un objet qu’il tient à la main.

Cela rappelle la prescription du Pentateuque, interdisant de couvrir la bouche des bœufs quand ils travaillent.

Cette opération spéciale, ayant pour but de dégager les grains de l’épi se nommait amfekh. En ce moment, c’est la paille que les moissonneurs coupent, tandis que deux autres employés — un homme et une femme — leur apportent, dans un panier, des rafraîchissements ( sret ) et qu'un âne chargé reçoit son bas ou plutôt son double panier déjà plein. « Il se renverse », dit-on au conducteur, qui s’efforce de le mettre d’aplomb.

Plus loin une dispute s’élève parmi les moissonneurs. Un scribe, sa palette sous le bras, fait des reproches à un ouvrier qui se retourne d’un air agressif en disant: « C’est moi dont tu parles ». Un autre personnage porte une sorte de balai pour nettoyer le sol, dont on enlève les souches à l’aide d'un instrument difficile à déterminer, que tiennent à la fois deux hommes.

Après un intervalle de terrain complètement libre, on voit un champ non encore moissonné et dont les épis subsistent aussi bien que la paille.

Dans le troisième registre du même coté, c’est du labourage dont on s’occupe et auquel président à la fois l'intendant des champs Neternekbt et le chef de troupe, fils de Khnumhotep, nommé Nefcr.

L’intendant des champs s’écrie :

« Labourez avec la bouc ou avec l’aide des taureaux. »

Trois hommes, se courbant, travaillent donc avec la boue, tandis que les deux groupes suivants représentent chacun deux bœufs traînant une charrue sur laquelle pèse un des conducteurs, tandis que l’autre frappe les bœufs pour les faire avancer.

Dans le n° 27, le 2e registre est occupé par la construction d’une barque.

La légende porte : « le prince et préfet Khnumhotep voit le travail de menuiserie. »

Un charpentier (: menkh ) cloue avec un maillet une pointe à l’avant de la barque. D’autres se servent de la hache, de l’herminette et des autres instruments déjà décrits par nous. Le buste du prince Khnumhotep,

(porté par quatre hommes sur une sorte de sedia très ornée et protégée, du côté de l’arrière seulement, par une sorte de dais, que tient un autre homme) semble en effet considérer tout cela.

Pour se procurer le bois nécessaire aux travaux, deux ouvriers, munis de haches, abattent trois arbres. Un autre aide à la chute de l’un de ces arbres en tirant à lui les branches. Une sorte de biche se lève sur ses pattes de derrière pour en manger les feuilles. Deux autres biches ramassent sous l’arbre celles qui sont tombées.

PI us loin, deux potiers s'occupent à modeler des vases ou à les faire cuire. La première opération se nomme ketnu et la seconde shett. Le fourneau qui sert à cuire la poterie est très analogue à celui de nos marchands de marrons actuels. Entre les deux potiers on voit un très grand nombre de vases de diverses formes.

Le troisième registre du même n° 27 porte, pour légende principale :

« Le prince, fils deNéhera, Khnum hotep, va apporter ses richesses à Abydos ».

Abydos était, en effet, la nécropole la plus célèbre d'Egypte. C’est là qu’Osiris avait été enseveli et un égyptologue français, M. Amélineau, ancien auditeur de mes cours pendant plus de trois ans, a inauguré dans cette localité des fouilles magnifiques, qui ont permis de retrouver les tombeaux des premiers rois de l’Egypte et celui même d’Osiris, pense M. Amélineau. En dessous de la grande inscription, on aperçoit deux barques.

Sur la proue de la première, un homme tenant le

rouleau îles cordes qui la tenait attachée, se retourne au cri : « Faites partir la grande barque ».

Aussitôt les matelots prennent leurs avirons et le pilote surveille son gouvernail. Derrière le marin à la corde, se trouve le hat ou sanctuaire du défunt. Il est suivi de scs cinq lils, appelés les enfants du prince, el du chef des domestiques Iiek.

Les quatre personnages qu'on voit, à la poupe de la barque, sur la terrasse d’honneur, appartiennent à l'état-major de l’équipage ou aux inspecteurs du fleuve. Le capitaine, donnant ses ordres au pilote qu’il regarde fixement, se nomme Khnumsankh.

La barque du mort et de ses lils est accompagnée par une seconde barque contenant les femmes de la famille. Après le marin tenant la corde détachée, on voit, sur la poupe, le chef des domestiques Ankh, le préposé au harem ou à la maison spéciale de la dame Ivhati, suivi de deux de ses subordonnés. Dans la cabine fermée, se trouvaient, selon les inscriptions, la dame de maison ( nebt jjà) khati, trois de ses fi lies et encore la servante Djat, que le maître avait honorée de scs faveurs et qui, nous l'avons vu, avait eu de lui deux enfants. Sur la proue, il n'y avait plus ici que le capitaine et le pilote.

« Allez en paix » dit le capitaine.

Le sujet se continue dans le quatrième registre du n° 26, dont la légende porte : « Le prince, prefet de l'Occident, fils de Nehera, Khnum liotep, navigue pour connaître les secrets mot à mot : les affaires) d’Abydos, » — c’est-à-dire ici de la demeure suprême des défunts, dont Abydos n’était que la figure.

Cette t’ois, le défunt n'est plus représenté par sa statue dans un naos ou dans un liai. Il est couché, à l'état de momie, sur son lit funèbre, à côté du sam ou grand prêtre officiant, revêtu de la peau de panthère qu'il porte dans les cérémonies funèbres importantes, du neter sait ou ministre divin, qui, nous l'avons dit, à Memphis, du temps des Ptolémées, dirigeait seul les funérailles et était appelé en grec archentaphiaste, et enlin d'un Klierhcb lisant le formulaire.

Une autre barque, qui précède celle-ci et semble destinée à la remorquer, est garnie de toutes ses voiles et a un équipage nombreux. Nous n’insisterons pas sur la manœuvre, qu'aurait beaucoup mieux expliquée que moi mon vieil ami l’amiral Paris, qui s’intéressait tant à ces questions.

Une courte légende nous dit seulement :

« 1) i rigez-la de l’Orient à l'Occident ».

Selon les idées mythologiques égyptiennes, l’Orient, la région où le soleil se lève, symbolise la naissance; l'Occident, la région où le soleil se couche, la mort et l’au-delà.

A Thèbes et dans la plupart des villes, la ville est à l’Orient du fleuve et la nécropole à l’Occident.

Les deux derniers registres se rapportent-ils encore aux funérailles? On l’a pensé. Mais la chose n’est pas certaine.

M. Maspero croit, par exemple, que les toiles qu’on est en train de fabriquer dans le 4e registre du n° 27 sont destinées à la momie, bien que cette momie soit déjà partie pour son long voyage. C’est possible. Dans tous les cas, les renseignements graphiques que nous

trouvons ici sont aussi curieux que ceux relatifs an blanchissage dont nous avons parlé précédemment.

On voit d’abord une femme qui tord le fil (set) avec un fuseau. Elle tient le fil d’une main et à mesure qu'il est tordu elle le laisse retomber dans une sorte de vase. Une autre femme agenouillée lisse le fil qu’elle retire de ce vase et laisse en paquets non roulés encore. Cette seconde opération se nomme mesen.

Un peu plus loin, le préposé aux tisserandcs (pardonnez-moi ce barbarisme) se retourne vers celles-ci.

Deux ouvrières ont disposé le fil livré par les fileuses sur un métier vertical analogue à ceux dont on se sert encore aux Gobelins (1). Hérodote avait remarqué que les Egyptiens, au lieu de pousser la trame en haut, comme les autres peuples, la poussaient en bas; c’est ce que nous voyons ici. Cette opération du tissage se nommait sekhet , toujours d’après notre texte.

Vient ensuite un nouvel intendant présidant aux ateliers de la boulangerie (at akt). Deux femmes confectionnent le pain dans deux pétrins différents très bas. Le premier de ces pétrins a un réservoir spécial pour l’eau. De ce réservoir l’eau coule peu à peu dans le pétrin pour arroser la farine dont on fait la pâte. Dans la seconde, une seconde femme pétrit cette pâte qu’elle soulève en l’air. Un boulanger homme en fait des boules qu'un autre homme fait cuire dans le four de campagne. Des pains de diverses formes sonl placés près de là.

La fin du registre nous représente des cuisiniers

(I) Voir Maspero, Jour, as., fév, -mars-avril, 1880.

apprêtant des conserves dans des vases qu’ils remplissent jusqu’aux bords et scellent. Un nouveau préposé aux ateliers de Khnumhotep les exhorte à bien faire et leur dit : « Remplissez les (les jarres) pour le hci (l'esprit du mort). » Ici l’intention funéraire est formelle. Mais les offrandes funéraires suivent souvent l’ensevelissement, au lieu de le précéder, comme doit le faire l’enveloppement de bandelettes de la momie.

Dans le n° 26 du même registre, nous assistons à la culture et à la récolte des « jardins de bon repos » arki nefer hotep. Trois hommes travaillent à la culture d’une platebande très surélevée. Par un artifice de l’artiste coupant le terrain à nos regards nous y voyons quatre couches de graines ou plutôt de tubercules ou do fruits employés comme graines. Un des jardiniers travaille le terrain, un autre arrose, un autre apporte de l’eau.

Plus loin on procède à la récolte des fruits, soit des arbres, soit de sortes de treilles disposées à l’avance et dont l’image sert de hiéroglyphe aux jardins arki.

Notons que certains singes cynocéphales prennent à la récolte une part active et intéressée. On paraît ne pas s’en préoccuper autrement à cause de l’abondance des fruits.

Dans le même n° 27, le registre suivant est occupé par des scènes de pêches. Un troupeau qui se baigne vient gêner les pêcheurs.

Le temps nous manque pour analyser les conversations. Il faut, en effet, en finir.

Bornons-nous à dire que, dans le n° 27, le dernier registre est occupé par des scènes de modelage et de

sculpture, mesat, que le prince est invité à examiner et qui sont exécutés sous la surveillance du scribe Xeternckht.

Après le scribe, on nous donne la représentation de certains instruments propres au sculpteur, y compris le ciseau à froid, dont le hiéroglyphe sert à rendre les syllabiques kher et djet et une sorte de polissoir analogue à un couteau de cuisine. C’est à l'aide du second de ces instruments que travaille un ouvrier à genoux. Quant au ciseau à froid, il s’est malheureusement engagé dans une sorte de coupe qu’on creusait et pour le dégager un ouvrier debout donne des secousses à l’aide d'un morceau de bois. Plus loin, un ouvrier à genoux creuse uu vase avec une sorte de stylet. Il est plus difficile de voir ce que fait celui qui est derrière son dos. Plus loin encore un artiste polit la poitrine d’une statue. Cette statue représente un homme complètement nu, «à pose hiératique, ce qui est relativement rare pour de tels objets. Trois autres ouvriers travaillent à un naos. Des éclats de la pierre ne nous permettent pas de bien saisir dans leur ensemble d’autres travaux.

Les planches suivantes que je vais faire passer sous vos yeux se rapportent certainement, non plus aux rites funèbres, mais à la vie du défunt.

Le n° 30, colorié dans Lcpsius, nous fait voir K h numhotep en train de pécher et de chasser en barque dans un marais. Dans une des barques il est figuré avec son fils aîné Nekht. Il vient de retirer de l’eau deux poissons avec une sorte de pique ou de harpon et son fils tient trois oiseaux d’eau. Il est aussi accompagné d’un ar t'er ou compagnon de ses travaux.

Dans l’autre barque, lvhnumhotep, toujours suivi de Yar t'er , a avec lui, sur l’avant, sa femme bien aimée, la dame de maison Kbati, et sur l’arrière la servante Djat, qualifiée ici de très honorable ( neb shepes) et qui est, elle-même, suivie de son fils Khnumhotep.

Sur un premier plan on a voulu peindre, d’un côté, les barques des serviteurs chargés d’amener le gibier au maître et dont l'un, tombé à l’eau par accident, est retiré par l’équipage de deux barques, à la fois par les pieds et par les bras; de l’autre côté, des serviteurs qui disposent un filet énorme soutenu par des picus.

Au-dessus de la porte centrale, Khnumhotep, accompagné d’un de scs fils et d’un de ses intendants, chasse aux oiseaux avec un blet du même genre.

Dans les registres supérieurs des nos 31 et 32, ce n’est pas dans les marais, mais en terre ferme, que chasse Khnumhotep avec ses fils. Commençons par le n° 31 dans lequel nous voyons Khnumhotep, précédé ou suivi de ses chiens, debout et bandant son arc. 11 a tué pour sa part deux biches et chacun de ses fils en a tué d’autres. Dans le n° 32, nous voyons que les chiens poursuivent également des tigres, des panthères, des chats sauvages, aussi bien que de simples lièvres. Un scribe tient registre du gibier abattu.

Dans le n° 32, nous voyons, d’une autre part, derrière Khnumhotep et tout en haut son fils lvhnumhotep, né de la servante Djat, et qui se livre, de son côté, au plaisir de la chasse avec l’aide d’un homme qui lui rabat le gibier. Ce fils né de la servante n’a pas osé précéder son père comme les fils nés de la dame Kbati. H se tient modestement en tète du groupe des serviteurs

dont les uns lâchent les biches apprivoisées que doit tuer le maître, tandis que d'autres tiennent scs chiens et ses armes défensives ou offensives, en cas d'attaques d’animaux féroces ou d’ennemis.

Dans la partie moyenne du n° 32, Khnumhotep, toujours accompagné de ses chiens et île son écuyer art'er) , est représenté debout. Le scribe royal ÎSeferhotep lui présente une tablette d’apres laquelle, en l'an VI du roi Rakhakhcpcr ou Lsurkasen Ier, vingt-cinq asiatiques doivent être amenés audit prince Khnumhotep pour lui apporter du mes t'em. c’est-à-dire des substances employées d'ordinaire en collyre pour les yeux. La légende inscrite au-dessus des arrivants répète ces indications.

Les asiatiques, défilant après les deux égyptiens qui les annoncent, sont facilement reconnaissables à leur type sémitique et à leurs costumes. Ils sont conduits par le hiq (ou shei/e/i ) Iîosh, qui s incline en baissant les mains. Viennent ensuite des hommes, des femmes et des ânes chargés d'offrandes.

Dans ce même n° 32, un nouveau tableau nous fait voir une série de fonctionnaires composant l'étatmajor de la domesticité du prince, dont Khnumhotep parle longuement dans sa grande inscription, en se vantant d’avoir fait florir les gens de son conseil d administration (Kebent), de leur avoir distribué ses biens selon leur dignité ou leur charge, d’avoir été généreux envers tous les hommes, mais spécialement envers les gens habitant dans sa maison cl qu’il avait élevés à cet emploi de domestici , en les enlevant à la plèbe des travailleurs de la terre. En tous les emplois

auxquels ils présidaient ces gens furent heureux, — comme cela doit être, dit-il en terminant. C’était bien le moins qu’ils lui en marquassent leur reconnaissance.

Le dernier registre du n° 32 nous montre quatre scribes qui opèrent le dénombrement des bestiaux. Le premier est l’intendant régional Ilekht, le second le scribe du roi Ameni. Viennent enfin deux autres scribes dépendant du seul prince. C'est donc un contrôle bien établi, tant au point de vue de l’administration centrale, que de l’administration féodale.

Les trois derniers registres du n° 31 sont relatifs au même sujet. Ils nous font assister, de plus, aux soins, assez compliqués, qu’on prenait des animaux alors domestiqués et dont la liste était beaucoup plus longue que de nos jours. Elle comprenait les plus grandes espèces de cerfs et de gazelles, aussi bien que les bœufs, les ânes, les brebis, les moulons et les chèvres. L’oisellerie était aussi bien entretenue.

Mais en voilà assez sur Khnumhotep, dont le grand réformateur Amencmhat avait fait, nous l’avons dit, un de ses premiers préfets, dès le début de sa nouvelle organisation des terres ou des nomes, et dont la famille, si intéressante, nous a peut être entraîné un peu loin. On a presque ainsi perdu de vue la situation de la femme, pour laquelle il nous fournit pourtant de très précieux documents. Mais cette situation, très intéressante sous la XIIe dynastie, nous allons la reprendre plus en détails.

Dans la dernière leçon, nous avons commencé l’étude de la femme en Egypte, sous la XIIe dynastie. Nous vous avons dit qu’à cotte époque — formant une nouvelle période juridique distincte — celle histoire avait un caractère tout particulier. La femme n’est plus purement et simplement, comme sons l’ancien empire et selon le rêve de nos féministes actuels, l’égale et pour ainsi dire la rivale de l'homme, pouvant aspirer aussi bien que lui à toutes les fondions politiques, administratives ou religieuses. Elle ne peut plus être préfet ni grand prêtre. Elle n’a plus ses charges absolument indépendantes de celles de son mari. Kl le n’est plus dite toujours sa femme bien aimée, trouvant dans son amour la seule raison d’être de son union. Non ! par des raisons d'ordre social que nous n’avons pas à juger ici, elle est devenue la nebt pa, « la dame de la maison », et. comme telle, elle partage avec son époux les honneurs dont lui seul est revêtu, — jouissant d'ailleurs d’une égalité d'honneur, qui remplace la complète égalité civile et est comparable à celle que notre code accorde à la femme sous la tutelle de son conjoint.

Nous avons consacré beaucoup de temps — trop de temps peut-être — à une famille égyptienne ayant alors joué un grand rôle et dont la vie de chaque jour nous a été précieusement conservée dans les légendes, les bas-reliefs cl les peintures d'un curieux tombeau.

Nous avons aussi assisté à des transformations plus graves encore — découlant tout naturellement des premières.

Du moment que l’homme seul compte dans la société civile, il croit bientôt pouvoir presque seul compter dans la famille.

Certes, les mœurs publiques l’empêcheront toujours d’ètre, en Egypte, un tyran domestique, comme à une certaine époque en Grèce et à Home. Mais, le voisinage des sémites, dont les relations constantes sont sans cesse prouvées alors, lui donnera de tristes exemples qu'il n’aura pas de peine à suivre.

Les patriarches étaient d’honnêtes gens, après tout : et, comme le dira plus tard un Egyptien, le prophète chrétien Sénuti, ils avaient un genre de vie très facile. Pourquoi ne pas les imiter, ou du moins imiter leurs congénères — puisque la XIIe dynastie est antérieure à Abraham.

Ce pieux père des Juifs avait, lui aussi, une femme légitime, Sara, ce qui ne l’exemptait pas de posséder, comme petite amie, l’esclave égyptienne Agar, qui lui donna un iils, Ismael. Ismael n’en était pas moins légitime, tout aussi légitime que le fils de Sara, Isaac, tout aussi légitime que le seront toujours en Egypte, selon Diodore, les enfants nés de la servante. Il faudra l’expulser violemment pour le priver, de fait, de ses droits de primogéniture.

Ce régime commence à nous apparaître en Egypte — du moins par ses sommets — sous la XIIe dynastie : et nous en avons vu un curieux exemple dans la famille de Khnumhotep.

ti

Ce prince était marié à une tille de grand prêtre, nommée Kliali, dont il eut de nombreux lils et de nombreuses filles. Mais, du vivant de Kliali, il eut plus tard deux lils et une fille de la servante ou intendante Djat, qui se tient toujours modestement derrière sa maîtresse, la nebt pa , avec la nourrice (n° 24).

Ses enfants acceptent partout le second rang, lis suivent le père, en tète des domestiques, au lieu de le précéder comme les autres enfants, dans les chasses (n° 32). Mais ils l'accompagnent partout aussi. La servante Djat — appelée alors la très respectable — se joindra à la nebt pa et aux filles dans une des barques des funérailles et son fils aîné, aux fils de Kliali, dans l’autre barque, celle du mort (n° 27) — absolument comme tous, ils étaient autrefois réunis au maître dans les barques consacrées aux joyeuses parties de pêche. Aucune fête, aucun honneur ne leur est étranger : et si le droit d'aînesse est attribué à un des fils de Khali, c'est qu’en réalité, il en était ainsi dans l’ordre de primogéniture.

Nous ne savons ce qui aurait eu lieu si Ismacl avait, en réalité, précédé Isaac en Egypte. La politesse, — que nous constatons partout — serait elle allée jusqu’à faire céder le pas à ce dernier? La chose est possible : probable même. Mais elle n’est pas absolument certaine.

Tout nous porte cependant à croire que, dans la vallée du Nil du moins, le mariage, très sérieusement constitué alors, nous le verrons, créait certains privilèges pour l’hérédité directe et spécialement pour la

magistrature familiale qu’exerçait, au nom de tous, le fils aîné x'jp'.o-. Les enfants de l'esclave devaient, sans doute, posséder uniquement une situation intermédiaire, analogue à celle des enfants de certaines concubines dans la Grèce homérique, situation dont les représentations graphiques figurées ont voulu nous donner une idée et que nous retrouvons en Babylonie à l’époque d’Hammourabi.

Jusqu’où l’imitation des patriarches sémites a-t-elle pu alors être poussée dans la vallée du Nil?

Dans la Genèse, à côté de l’aventure d’Abraham d’Agar et d’Ismaël, nous trouvons celle de Jacob cl de ses deux femmes pleinement légitimes et égales.

En a-t-il été ainsi chez les compatriotes et les contemporains de Khnum hotep?

N’est-ce pas là, même dans ce pays traditionnel, une conséquence naturelle de la maîtrise en chef de l'homme?

Oui sans doute. Et cependant de bigamie proprement dite, avec deux femmes de première dignité, deux nebt pa , nous ne connaissons jusqu’ici en Egypte, pour les familles de particuliers, qu’un exemple bien évident — lequel remonte également, notons le — à cette même XIIe dynastie. Il nous est fourni par un monument de notre Musée dont nous allons mettre la reproduction sous vos yeux.

11 s'agit de deux bas-reliefs, malheureusement en très mauvais état, et relatifs au même personnage. Dans l’un (n° 33) le mer pa, ou intendant royal, nommé Antef, fils de la femme Setamen, est représenté, au 1er registre, debout le sceptre pat à la main, ayant

derrière lui sa mère, également debout et sentant une lleur. Plus bas, debout et les mains abaissées, il reçoit les hommages de scs fils et de ses li lies légitimes, puis d'une tille nommée LIu, de deux enfants de celle-ci, d’un nommé Ameni, qui est dit fils d'une inconnue, de deux enfants de la même, d’une « dévouée » nommée Ivaku et enfin de ses principaux domestiques, intendants, nourrices, etc. portant des offrandes.

La mention de la dévouée Ivaku, et de l'inconnue dont deux (ils sont indiqués, fait quelque peu rêver. Elle rappelle certains souvenirs bibliques, notamment ce patriarche qui avait donné en gage son bâton à une inconnue.

line semble pas, à première vue, que cet Anlcf ait eu une conduite très régulière. Mais ce n’est pas de cela ([lie je veux vous parler en ce moment.

Peu nous importent, après tout, les fredaines de cet intendant, (le qui est plus grave pour nous, c’est la coexistance de deux nebt pa. < )r c’est précisément ce que nous montre l'autre bas-relief, n° 34, figurant Antef, assis, recevant les hommages de trois de ses fils, de deux de ses tilles, de trois intendants et de deux intendantes (représentant ici un çfamilia beaucoup plus nombreuse, nous le savons). On y aperçoit, en effet, deux épouses légitimes, reposant sur le même soplui que leur seigneur et maître, comme sans doute Lôa et Rachcl chez Jacob. Mais souvenez-vous que le fils d'Isaac a, pour ainsi dire, été contraint de prendre deux femmes. Il ne voulait que Rachcl : cl son beau-père Laban lui a donné, par surprise, sa tille aînée, qu’il n’aima jamais. L'honnête homme, auquel on l’avait remise entièrement voi-

lée, la prit et la garda, bien qu’il eut été formellement trompé, puisqu’il avait travaillé sept ans pour mériter Rachel. Il se résigna simplement à faire un nouveau bail de sept autres années pour obtenir enfin sa bienaimée. On ne peut donc pas l'accuser d’une bigamie toute involontaire. En fut-il de môme pour le héros de notre stèle? Nous en doutons. Mais de tels modèles, une fois donnés, par suite de circonstances fortuites du même genre, étaient ensuite bons à imiter pour un homme qui parait avoir eu pour les femmes un attrait particulier.

Nous pourrions peut-être aussi citer un autre document analogue (n° 85), d’un caractère plus douteux cependant et qui remonte également à la XIIe dynastie. C'est celui auquel mon illustre maître E. de Rougé a donné le premier rang dans son catalogue parmi les stèles archaïques et dont il dit :

« Cette stèle, malheureusement brisée est le plus beau modèle de la gravure en relief dans le creux. Les dernières lignes de l'inscription montrent qu’elle se rapportait à un individu nommé Merkau, que l'on voit dans le registre inférieur assis auprès de sa femmè'' Uaemma et recevant les hommages de sa famille ».

Ainsi que je l’ai fait remarquer moi-même, sous le n° 247 de mon catalogue sommaire de la sculpture, Merkau, ou plutôt le lils de Merkau Senb hotep, qui est assis à côté de sa femme bicn-aimée la suten amt ou royale amie Uaemma, reçoit spécialement les hommages de deux femmes debout, nommées Tutu et Uatkau et dont la première est appelée son anti ou sa dame bien-aimée et l’autre plus explicitement sa femme

(i hemtf ) bien aimée. Celte dernière Ualkau était, comme celle qui est assise à côté du maître, une suten amt ou royale amie, titre de cour comparable à celui des çe.AO'. BaT'.Xixo'. d'époque ptolémaïque. Il serait par conséquent difficile de la considérer comme une femme de seconde dignité, malgré sa tenue modeste.

Un remarque, de plus, une série d'autres personnages, quatre hommes et deux femmes, placés à divers niveaux en face des deux époux (l une même derrière le siège) et dont les liens de parenté disparaissent souvent derrière leurs titres, bien qu’évidemment ils aient tous appartenu à la famille du défunt.

Ainsi que l'a dit de Rougé lui-même, une série de personnages mystiques, très curieuse, est sculptée en relief dans le registre intermédiaire pour y célébrer un otfice. On y remarque le défunt debout dans sa barque funèbre, dont la proue est ornée d’une tête de lion et la poupe d’un uracus dressé. Le texte qui court sur celte scène est une litanie de divers dieux. Tout au bas de la stèle, on remarque une porte d’hypogée décorée avec les feuilles de lotus propres au style antique et dont nous avons déjà indiqué la valeur symbolique se référant à l’autre vie.

Rien des problèmes se dressent à propos de ce monument, — problèmes que nous ne pouvons pas approfondir en ce moment. 11 ne serait pas impossible que cette scène d’un caractère essentiellement religieux et funéraire pût, dans le tableau principal, s’expliquer autrement que par des épouses dont l’union aurait été absolument parallèle. Peut-être a-l-on voulu représenter, à eùté du seigneur défunt, une femme qu'il aurait eue

antérieurement et qui serait morte avant celle (Uatkau) qui est figurée debout devant eux, et suivant une autre personne de la famille dont le titre cuit est un peu vague.

Quoiqu’il en soit, ce que nous pouvons affirmer, c’est que les patriarches égyptiens eurent aussi rarement deux femmes légitimes, que les patriarches juifs ou chaldéens.

Je dis les patriarches égyptiens. En effet, rien n’est plus comparable que les récits de la Genèse et les récits vivants de nos documents hiéroglyphiques sous cette XIIe dynastie. Tout y est pour ainsi dire semblable, sauf la race et les costumes. Les vignettes relatives aux compatriotes des Hébreux, sont constantes depuis cette époque et elles se répéteront de siècle en siècle. Nous vous en avons déjà montré une, à propos du tombeau de Khnumhotepf (n° 32). Ce prince reçoit les présents d’un cheik arabe et des 23 personnes, hommes et femmes, qui raccompagnent, — un peu comme Joseph, devenu plus tard ministre du Pharaon Hyksos, a reçu les présents des membres de sa famille et comme Reklimara, ministre deThoutmes III, plus tard encore, a reçu ceux d’autres Sémites. De semblables processions de supplicatcurs venant chercher des vivres en Egypte, sont fréquentes (n° 36). Le papyrus Anastasi, n° VI, que j’ai publié et commenté, nous raconte une aventure de ce genre arrivée au moment même de l'Exode, c’est-à-dire lors de la mort subite du Pharaon Ménephta, submergé dans la mer Rouge, selon Moïse, — ce qui n’a pas empêché de repêcher son cadavre, que mon ancien élève Groff a identifié dans les fouilles de

la nécropole thébaine. A ce moment, les Edomiles, ou fils d’Esaii, habitant encore la Palestine, avaient été obligés (par suite de la famine sévissant alors dans le pays et dont parle aussi Moïse), de demander un asile et du pain au préfet du district-frontière. Celui-ci, d'après les instructions de Ménepbta, leur avait accordé leur demande et, ayant appris la mort subite du roi, arrivée depuis peu de jours, il en prévient son successeur improvisé. Ne dirait-on pas que les hommes prosternés, les mains en l’air, dans notre n° 35, adressent une requête analogue.

En tout cas le type ethnique reste bien identique et aussi exactement saisi que sous la XIIe dynastie. Il en est de même dans notre n° 36 reproduisant les belles mosaïques de notre Musée achetées en partie par moi à la vente Posno et qui nous donnent la figuration des diverses races soumises par les Egyptiens sous les Ramessides. Parmi ces prisonniers, on remarque un sémite, un nègre, un grec, un étrusque, etc. Ces mosaïques proviennent de tell cl ijadoudeh, c’est-à-dire du temple des Ramessides qui a été plus lard donné aux Juifs — comme l'ont rapporté les prophètes eux-mêmes — et qui a constitué le seul temple de Jéhovah ayant jamais existé en dehors de Jérusalem.

Nous pouvons nous figurer ainsi, par des documents dont les premiers sont à peu près contemporains, ce qu’étaient Abraham, Jacob et Joseph venant en Egypte sous les llyksos, ce qu’étaient pareillement les compagnons de Moïse du temps des Ramessides et de l'Exode.

Revenons en à notre étude spéciale.

Nous venons de voir que, probablement déjà sous la

xiie dynastie, les sémites avaient, au moins à titre exceptionnel, apporté leurs coutumes en Egypte, tant en ce qui concerne les femmes de seconde dignité publiquement avouées, (comme les rois de France, depuis Louis XIV avouaient leurs maîtresses), qu’en ce qui concerne parfois une bigamie proprement dite, avec deux femmes légitimes, deux nebt pa.

Dès cette époque reculée, il y avait, du reste, des rois vivant un peu comme Louis XIV, ou, si l’on préfère, comme le saint roi David.

Peut-être serait-il intéressant de donner ici un billet doux (n° 37) venant d’une main de femme et adressé, non pas à un subalterne, quelque gradé qu’il fût, comme ceux dont il est question dans les documents précédents, mais au pharaon lui-même : et cela sous la xue dynastie. Celle qui écrit au souverain paraît avoir joué, près de sa femme ou d’une de ses femmes nommée Iloremheb, le rôle de dame de compagnie qu’avait près de la femme de Louis XIV la tendre Madame de La Vallière. Il est bien dommage en vérité que, peut-être par les ordres de la reine — car je ne saurais croire à un tel manque de galanterie de la part du roi — ce sentimental message ait été intercepté par un prosaïque intendant des revenus, intervenant à propos du lil dont il était question subsidiairement.

Au verso, on lit l’adresse :

« A mon bon seigneur — à lui vie! santé ! force ! — (avec le signe neb « seigneur » en lettre capitale).

Au recto :

« Remis par la main de la dame Ari, ce message à Monseigneur, à lui vie! santé ! est pour lui dire que

toutes les affaires de Monseigneur sont en bon ordre, on toute place, par la grâce du roi défunt Raaakheperu et de tous les dieux, scion le désir de celte servante ci.

« Cette lettre à Monseigneur est sur cette souffrance de cœur de Monseigneur. Vous n'étes pas bien ! Encore une fois, vous voilà à terre ! Envoyez-nous de vos nouvelles. Il faut que nous vous entendions : tous vos messages sont doux à entendre.

« — Celte lettre concerne aussi les servantes qui sont ici. Elles ne trouvent pas de quoi tisser les étoffes du palais. A loi il appartient de donner des ordres sur le lil à expédier au lieu où est celte servante ci.

— « Viendra lui-môme celui auquel appartient celte servante ci et il entrera dans ce sanctuaire le 20 du mois, comme elle (ta servante) le désire et l'espère. Il apportera ces choses, Monseigneur, à lui vio ! santé ! avec lui.

« Ce sera l’occasion de faire attention à ta femme Iloremhebi, lors de ta venue du pays des Amu. Monseigneur est alors à faire un jour de séjour. Qu'il pense à m’apporter des étoffes quelconques dans ce sanctuaire. Il ne reste pas même de fils. On ne trouve pas de quoi lisser.

« PI aise à Dieu que ce Message pour Monseigneur à lui vie! santé! force! soit bon à entendre à Monseigneur ! »

On sent un peu trop la couturière dans cette lettre d amante éplorée de ce qu elle vient d entendre au sujet de la santé de son royal maître. Les préoccupations de métier se mêlent beaucoup — et à deux reprises — à ses préoccupations sentimentales, ainsi qu’à l’intérêt

que celle autre Agar porte à la femme légitime IIoremhebi ou à l’impatience que toutes deux ont, de voir le roi arriver du pays des A mu où il a conduit une expédition guerrière .

Les rois ont de tout temps fait exception aux règles ordinaires de la morale ; et de semblables favorites attitrées étonnent moins en ce cas que pour de simples particuliers.

Les papyrus de Ivahun, qui nous ont fourni cette lettre, sont riches, d’ailleurs, en documents relatifs aux familles privées : et nous n’y trouvons rien qui offusque alors la pudeur la plus scrupuleuse.

Ce qui est certain, d'après ces papyrus, c’est que, dès cette XIIe dynastie et dans ce milieu même, la nebtpa, celle que les gens du peuple nommeraient maintenant la patronne, tout honorée qu’elle soit, a bien perdu de l'importance civile qu’avait sous l’ancien empire l’épouse légitime. L’homme a décidément alors pris le premier rang : et, à la mort du pater familias, le fils, nous aurons bientôt l'occasion de le voir plus en détail, en faisant dresser, d’après ses indications, par les tribunaux, Yapretu ou déclaration de famille, qui le rend héritier légal, y fait figurer sa mère ou ses sœurs à côté des esclaves et de la fortune dont il prend possession.

Les femmes n’en gardent pas moins des droits héréditaires spéciaux ; mais ces droits sont exercés par un homme, frère ou mari : exactement ce que nous avons vu pour les charges publiques à la même époque.

Notons cependant qu’elles peuvent, au moins dans certains cas, jouir seules de leurs biens.

Par exemple, quand, dans un ampa formant inventaire, et que le premier ministre, le dja, devait approuver, un mari prenait en faveur de sa femme des dispositions quasi testamentaires, sa veuve, restant telle, gardait toute son indépendance.

Voici un de ces ampa (n° 38) rédigé par un mari pour sa femme :

« L’an 2, second mois de la saison s/ta, jour huitième.

« Ampa fait parle prêtre hcr sau du dieu Septu, seigneur de l'orient, prêtre nommé Uah :

« Je suis à faire ampa à ma femme, personne originaire de Maab, la fille de Satseptu, nommée Sheft et surnommée Téta, pour tous les biens fonciers que m’a donnés mon frère, l'intendant du chef des travaux Ankhran et pour tous les biens meubles situés chez lui et qu'il m'a donnés, afin qu’elle donne cela à qui elle voudra parmi les enfants qu’elle m’a engendrés. Je suis à lui donner les esclaves étrangers, au nombre de quatre têtes, que m’adonnés mon frère l'intendant du chef des travaux Ankhran, pour qu’elle donne cela à qui elle voudra parmi ses enfants. Quant à ma tombe, j’y serai, ainsi que ma femme, sans qu'il soit permis d’y mettre personne au monde. Quant aux maisons qu’a bâties l'intendant de confiance Ankhran, ma femme y habitera, sans qu'il lui soit permis d'y mettre personne sur terre » .

Tci intervient, après coup, d'une autre main, la phrase, suivante :

« Le denmi Sebu sera l’éducateur (le précepteur ou l’épitrope) de mon fils ».

L'acte se termine paria liste des témoins et par l'approbation donnée par 1 edja à une date très postérieure.

Dans un autre ampa (n° 39), rédigé cette fois en faveur d’un fils, le père mentionne également des donations faites à ses deux épouses successives.

« L’an 39 (d’Amenemha III) le 19e jour du 4e mois de la saison slanu.

« Ampa fait par le directeur des tribus sacrées, le fils d’Antef, nommé Meri, surnommé Keba, pour son fils, le fils de Meri, nommé Antef, surnommé Iusenb :

« Je suis à donner mon office de directeur des tribus sacrées à mon fils, le fils de Meri nommé Antéf, surnommé Jusenb, pour être praeses ou commandant. Puisque je suis devenu vieux, adorez-le respectez-le) dès cet instant. Quant au ampa que j’ai fait pour sa mère auparavant, il en héritera après elle. Quant à ma maison, qui est dans le territoire du sanctuaire, en ma possession, elle est pour mes enfants qu’a enfantés pour moi la fille du membre du conseil des campagnes Sebekemhat, nommé Nebet-suten-Khenen, ainsi que tout ce qui s'y trouve ».

Le tout est suivi de l’indication des témoins, etc.

La vie familiale est à cette période très intense. Si la nouvelle législation avait, en effet, diminué la complète indépendance de la femme, c’était dans le même esprit que le Code Napoléon, pour en faire dans le mariage une « femme conjointe », ayant exactement la situation que nous lui trouvons en Egypte dans le mariage sacré analogue à la confarreatio , alors que le prêtre d’Amon et du roi dira, dans le formulaire de l’union légale, au futur époux qui lui amène sa fiancée : « Est-ce que tu

l'aimeras en épouse, en femme conjointe , en mère transmellant lesdroitsdefamille à sa fi liation , ù mon frère?»

Le titre d'épouse (himt), de femme conjointe [khn unit) se retrouve dans l’inscription de la reine Nubkhasde la XIIe dynastie, comme dans les actes nuptiaux du temps de Psammétique.

A mon avis, les cérémonies solennelles du mariage dans le temple remontent jusqu’à celle XIIe dynastie. L'épouse était devenue, nous l'avons dit, une nebt pa , une maîtresse de la maison de famille : et on lui avait donné, en échange de sa liberté, une situation très respectée et des privilèges étendus, qu'elle pouvait faire valoir à l’égard de son mari comme à l’égard de scs fils.

Permettez-moi de faire passer devant vos yeux la stèle (n° 40) de la reine Nubkhas à laquelle je viens de faire allusion.

Elle porte, au dessus, une légende fort curieuse, non seulement au point de vue des expressions relatives au mariage sacré (expressions répétées, d’ailleurs, à plusieurs reprises dans la suite du document), mais au point de vue spécial des offrandes funèbres, fort simples, qui sont censées symboliser celles de la nature entière, s’unissant en quelque sorte, de par la volonté divine, pour contribuer au bonheur mérité par l’àme juste de la défunte. Ces offrandes consistent — une courte légende explicative des vignettes a soin de nous le dire — dans deux pains blancs que la princesse offre, d’un côté, à llalhor, de l’autre coté, à l’habitant de 1 Amenli ou enfer égyptien, c’est-à-dire à Osi ris et, bien entendu, à ses dieux parédres.

En échange de ces dons, les dieux doivent éternellement fournir à la reine tout ce dont elle peut avoir besoin dans l’autre vie.

Le long texte inscrit au-dessus des représentations porte en effet :

« Don de royale offrande à Seb (Saturne), prince des dieux, Osiris. habitant de l’Amenti, seigneur d’Abydos (le grand juge des morts), à Anubis (Hermès conducteur des âmes), lui aussi seigneur d’Abydos, (c’est-àdire résidant dans celte localité choisie pour symboliser l’au delà, parce qu’elle renfermait le tombeau d’Osiris), Anubis dont les deux vocables de guide des chemins et de maître de to ser (ou du passage), sont indiqués, enfin à Khcm-min ou Pan et à tous les dieux d’Abydos.

« Qu’ils donnent, ces dieux, les pir Khroou , c’est-àdire les approvisionnements de la sortie, consistant en pain, en vin, en bœufs, en oies, en encens, en aromates précieux, en huile parfumée, en vêtements, en toute chose bonne et pure, dont vit un dieu, que donne le ciel, que crée la terre, qu’apporte le fleuve, tous les produits des champs à l’esprit de la grande princesse, pleine de grâce, à la régente, à la dame royale, grande épouse, femme conjointe, Nubkhas, à elle vie ! santé ! force ! ».

Dans le double registre du bas, il y a une longue liste de sa famille, comprenant 44 personnes, tant hommes que femmes, et en tête de laquelle on voit deux de ses filles, le frère de son père, son propre père, sa propre mère, scs quatre frères, ses cinq sœurs, la mère de sa mère, sa nourrice, suivie de la fille de celle-ci, (sans doute la sœur de lait de la princesse).

Viennent en dernier lieu, divers fonctionnaires de sa maison, faisant également partie de la famille, sans avoir pourtant aucun lien de parenté.

1° le chef de ses gardes, son fils et son frère.

2° le grand trésorier ( mer axanta ), sa femme, sa fille et son fils.

3° le grand juge, président du tribunal des trente royaux, avec les siens.

4° d’autres dignitaires dont l’emploi est encore mal déterminé, avec leurs familles.

5° deux favoris royaux.

6° le chef des scribes du palais, avec sa mère, son père et sa sœur et épouse.

Tout cela constituait la maison de la reine, ellemême fille d’un simple grand juge nommé Sebektibaba. En devenant la grande épouse cl la femme conjointe du roi, elle avait anobli jusqu’à ses ascendants, jusqu’à sa grand’mère vivant encore, aussi bien que son père et sa mère, quand, toute jeune, elle mourut en plein bonheur.

Nous vous avons dit tout à l’heure que la vie familiale était alors très intense. En voilà une nouvelle preuve.

Notre texte est, à ce point de vue, à rapprocher de ceux des âpre tu , c’est-à-dire des inventaires familiaux, faits au moment de la mort du chef de famille et auxquels j’ai fait précédemment allusion.

II y a cependant entre le document que nous venons d'étudier et ceux-là une différence très importante. Comme reine, Nubkhas a sa maison personnelle et distincte.

Dans les familles des particuliers, il n'en était pas ainsi. La femme, nous l’avons dit, avait des biens héréditaires. Elle héritait, mais, ordinairement, au seul bénéfice de son mari ou de son fils. Elle faisait partie, elle-même, des gens de celui-ci, après la disparition du père. Qu’ on me permette de citer un de ces documents (n° 41) :

« L’an 3, le 23 du 4e mois de la saison Sha, sous la Majesté du roi Rakasekhem, à vie éternelle.

« Copie de l’état des gens [ap retu), du soldat Snéfru, fils d’Qora, pour son père, avec une taxe, (droits de mutation), estimée à 700 unités monétaires, comme successeur (ou heres) de la familia[f amu). Il entra dans les comptes d'hérédité de son père en l’an 2 (l’année précédente).

Vient ensuite l’énumération des membres de la susdite famille comprenant seulement :

« 1° Sa mère, la fille de Shepsuset, nommée Shepsef, du lieu de Maab, — ci une femme.

<( 2° La mère de son père Ilarekh, femme veuve, appartenant à la race des noter Kherli , do Maab, — ci une femme.

« 3° La sœur de son père, Katsennu, — ci une femme.

« 4° La sœur de son père, Esé — , ci une femme.

« 3° La sœur de son père, Snéfrusat, — ci une femme.

« Cet état des gens a été juré et validé dans l’office du Dja (du premier ministre), en l’an 3, le 8 du premier mois de pert , par la main de Kennu. Il avait été fait dans l’otlicc territorial de Youart du nord, en présence du chef des 10 royaux (du président du tribunal) de Youart du nord, Merkhcnt, fils de Mcntuemhat, par

le préposé à la maison des comptes de Youarl du nord, Kasenbua, par le scribe du conseil administratif de Youart du nord Aau fils de Scnbef, et par le scribe des soldats de Y ouart du nord, Sanehat. »

Voilà bien des formalités pour attribuer la tutelle de quelques femmes à ce jeune homme, qui héritait en même temps de toute la fortune familiale cl en payait les droits. Sous l'ancien empire, chacune de ces femmes aurait gardé sa personnalité civile et ses biens.

Parmi les autres âpre tu de celle période, nous en citerons encore — sans en donner ici le texte entier — un (n° 42) rédigé d’une façon d’ailleurs semblable et qui est plus intéressant pour nous; car, outre la parenté proprement dite et qui comprend ici seulement une sœur du lils héritier, la famille compte des serfs ou plutôt des serves.

La déclaration d’hérédité a été faite en l'an Ier du premier roi de la XIIIe dynastie, Rasekhemkhulaui, pour le Kher/iebashu Rakhau snéfru, (ils dTsurtasen, (ils d’Amcni, par le (ils de Rakhau snéfru, nommé comme son grand-père Usurtasen et surnommé Senb, entre les mains du trapezite Sebekur. Mais l’affaire n'a été terminée et validée qu'en l'an 2.

Usurtasen, surnommé Senb, se portait héritier :

1° Pour son père Rakhau snéfru, dont l'hérédité exigeait une taxe de 947, hérédité dont son père avait lui-même pris possession en l'an 3 d'Amencmhat 111, ce qui remontait à oi ans de là ;

2° Pour sa mère, la lille de Nekhtasenb, petite-fille de Makten, qui fille encore, avait pris possession, au nom de son grand-père à elle Makten, en l'an 40

d’Amenemhat III c’est-à-dire 14 ans auparavant;

3° Pour sa grand’tante Sent, tille d’Ameni et sœur de son grand-père Usurtasen, qui avait laissé son hérédité à son frère susdit Usurtasen en l’an 26 d’Amenemhat III c’est-à-dire 36 ans auparavant.

Le document comprend :

1° L’énumération de la familia de ltakhau snéfru, fils d'Usurtasen, telle quelle se comportait (y compris les serfs) en son lieu habituel de résidence, en l’an 1", en vertu des droits qu’il tenait de son père;

2° D'autres serviteurs qu’avait donnés au môme Ilakhau snéfru son père Usurtasen, en l’an 3 d’Amenemhat III — serviteurs dépendant d’une ferme située à Pabek ;

3° Les serviteurs que sa sœur lui avait donnés en l’an 26.

De tout cela le fils de ltakhau snéfru nommé Usurtasen prenait possession comme /i«rw, en s’engageant à subvenir aux besoins de sa sœur.

Il faut bien savoir, en effet, que le rôle prépondérant du mâle avait été organisé par Amenemhat en vue de faire de celui-ci le soutien d’êtres plus faibles par leur nature. C’était donc aussi propter imbecillitalem sexus et pour le bien des femmes elles-mêmes que l’on avait beaucoup diminué leurs droits civils.

Iticn n’est terrible comme un protecteur à outrance. Ce devient souvent un despote.

Mais ce despotisme n’était point, comme pour le pciter familias romain, ayant sa femme dans la main, in manu , à titre de fille, loco fliae (1), une des formes de

(1) Nous avons vu que, sous la Ve dynastie, la femme était aussi

l’égoïsme brutal. Jamais le chef de famille égyptien — môme sous la XIIe dynastie qui en avait révé la puissance — n'eut droit de vie et de mort sur les gens de sa maison, sur sa femme, sur son fils, voire même sur ses serviteurs.

Il fut toujours obligé, au contraire, à en prendre le plus grand soin, avec un amour vraiment actif.

Les gens du maître, comme les gens de la reine Nubkhas, prenaient donc part à toutes ses peines et semblaient ne faire avec lui qu’un cœur et qu'une âme. Les romans contemporains — celui Sineha par exemple — nous peignent cet état d'àmc et ils nous montrent le héros, épris de celle qui devait être sa fiancée, se livrer pour la mériter aux plus grands travaux et lui prodiguer en suite les marques de son dévouement affectueux jusqu'au jour où, depuis longtemps marié et père, il pense à se préparer sa demeure éternelle : et pour cela il abandonne aux siens tout ce qu'il possède (t).

Le dernier mot de la civilisation égyptienne à toute époque, ce n’est pas l’égoïsme, c'est la charité, c'est l’amour.

C’est aussi le dernier mot de leur morale, je l'ai dé-

souvent loco /Mae, mais cela seulement au point de vue des droits héréditaires qu'elle exerçait sur les biens de son mari. Elle n'en gardait pas moins, la jouissance de ses propres, son indépendance personnelle etc. Cette indépendance ne fut vraiment un peu liée que sous la XIIe dynastie.

(1) Le roman de Sinéha nous montre, d’ailleurs, chez les nations voisines de l'Egypte un état social identique à celui de la vallée du Nil. En effet le héros est un exilé qui a craint d'être poursuivi par la justice égyptienne et qui s'est réfugié en Syrie auprès d’un roi voisin.

montre depuis longtemps : un égyptien de la XIIe dynastie le définit ainsi dans une belle stèle du Louvre.

« Faire ce qui est agréable à Dieu et doux au cœur des hommes ».

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