‹ La femme de Jephte vaudeville en trois actesChapitre 39 sur 85 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, CÉCILE*.

CÉCILE, entrant vivement par la droite.

Où est-il, ce cher oncle?...

JEPHTÊ, s’avançant.

Me voilà, chère Cécile... (Avec force.) Bagasse!... viens donc lue je t’embrasse... (n rembrasse.) Oh ! que c’est bon... (Haut.) Ilxcellente nièce!... (ii t’embrasse.) Du miel !... du mielt... th!...

(Il se contient à peine.)

CÉCILE

Comme vous paraissez ému !...

JEPHTÊ, se remettant.

Oui... la joie... tu comprends... et puis la fatigue... des * Nice, Jephté, Cécile, Antonin,

ACTK II

courses que j’ai été obligé de faire... mais, triple sabord , qu’en le voyant je n’y pense plus et que je me sens gail lard... Mais embrasse-moi donc encore une foisl...

CÉCILE, lui sauUiDt au con.

Bien volontiers...

JEPHTÉ, receïant ses embrassades

Du miel ! du miel !...

NICE, à Antonin.

Je ne l’ai jamais vu si caressant...

CÉCILE, h Jephlé.

Savez-vous, mon oncle, que je vous trouve changé...

JEPfITÉ, troul)li5.

Moi... mais non... mais non... tu te trompes...

NICE

Mais si... je suis de l’avis de Cécile, vous êtes changé...

JEPIITÉ.

Ah I après cela, c’est bien possible... vous comprenez... quand on a eu la fièvre jaune onze fois...

CÉCILE

Mais au contraire, vous ms semblez rajeuni...

JEPHTÉ, de plus en plus troublé.

Rajeuni 1... Hum t... hum !... C’est le malheur qui en est cause... (a part.) Détournons la conversation...

CÉCILE

Le malheur!... Raconlcz-nous donc ce qui vous est arrivé...

jEPinÉ *.

Ahl mes enfants, c’est terrible!... terrible!... (a part.) Qu’est ce que je vais leur dire?... (naui.) Figurez-vous... figurez vous que nous étions descendus pour nous ravitailler. trois de nies hommes et moi, sur une côte déserte... Nous coupions tranquillement du bois, quand tout à coup nous sommes entourés de plus de cinquante sauvages qui nous lancent des flèches empoisonnées...

* Antonin, Nice, Jephté, Cécile.

Ah I mon Dieu I

CÉCILE

JEPHTÉ

Nous ripostons vivement, quoique sans armes, et, pour ma part, yen tue soixante-dix-sept !...

NICE, étonnée.

Vous aviez dit qu'il n’y en avait que cinquante...

JEPHTÉ, décontenancé.

Cinquante... Comment, j’ai dit cinquante?... Elle est un peu forte, bagassei... (Avec assurance.) J’ai voulu dire cinq cents... (Reprenant.) J’étais criblé de blessures... mes trois hommes avaient coulé bas... Voyant que je restais seul contre plus de trois mille ennemis, je ne fais ni une, ni deux, je me lance dans la mer du haut d’une roche de huit cents

S ieds... Je fais trois lieues entre deux eaux... et, enfin, je nis par aborder sur une île inconnue et complètement dénuée d’habitants...

ANTONIN, à part.

C'est un Gascon que ce Marseîllais-là !

JKPHTÉ.

J’étais brisé de fatigue... je me couche sur l’herbe... je m’endors, et je me réveille deux jours après, en sentant sur ma figure une forte démangeaison... Eh donc I savez-vous ce que c’était?... C’était une nichée de moineaux de ce pays, qui sont très-friands de chair humaine, et qui m’avait becqueté toute la peau de la figure... J’én suis resté grêlé!... J’étais tellement fatigué que je n’ai rien senti... Vous comprenez maintenant que cette circonstance a bien

S u me changer quelques traits. (A part, s’essuyant le front. ) uf!...

NICE

Mais comment êtes-vous sorti de là?

JEPHTÉ

Comment je suis... (a pan.) Je n’en sortirai jamais... (Haut.) Je vous raconterai cela un autre jour...

CÉCILE

Sans doute... vous devez être las... Tenez, mon bon oncle, asseyez-vous ici... (Elle lui avance un fauteuil.) Allons, asseyez-

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