‹ La femme de vingt-cinq ansChapitre 43 sur 52 · CINQUIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

CINQUIÈME TABLEAU

MAXENCE, dans sa robe de chambre.

Fatalité! — Ces choses- là ne devraient arriver qu'aux autres I — C'était mettre à la loterie, soit ; mais à celle-là aussi, on est toujours sûr de gagner quelque chose. — J'avais un lot dans la série des femmes d'église I Dix-huit chances contre deux ! — Elles sont là six ou sept, sinon jolies , du moins d*âge à avoir la beauté du diable ! — Je tombe sur une respectable mère de famille I la beauté du diable qui s'est fait ermite ! - Voilà du temps bien employé ! — {Avec terreur). Si cette douairière allait penser? — Ah ! le hasard est un grand professeur, et je suis un grand collégien. (// swme.) — En tout cas, je ne suis pas repoussé avec perte. — J'y gagne. — Constantin ! {Il attend.)

Après cela, je fais un pe» comme ces gens qui s'indignent doublement contre leur étoile, parce qu'ils avaient 159 et 461 , et que le numéro qui sort est précisément 160. — {Plus fort.) Constantin 1 — Cet animal-là n'obéit plusl — Est-ce que par hasard... (// sort,) Je m'en doutais, il n'est pas rentré. {Constanr tin ouvre avec précaution la porte d^entrée, et s^avance à pas de loup.) Faites du bruit tant que vous voudrez,.

Constantin, je ^t)us entends.

aS4 LES MOYENS JDSTfFlRNt LA FIN.

CONSTANTIN, suppliant.

Monsieur I

MAXENGe; gravement.

D'où venez-vous, à une pareille heure ?

CONSTANTIN

Monsieur, je ne me mens jamais! S'il n'y avait eu qœ moi, je seraîd parti ; on m'a retenu, monsieur.

MAXENCE

La vie de ce drôle est une perpétuelle surprise... — Vous êtes amoureux, Constantin ?

CONSTANTIN

C'est mon premier amour, monsieur. — Ne me doonez pas mon congé l diminuez-moi I monsieur, dimi^ nuez-moi !

MAXENCE

Eh bien I si vous ne voulez pas que je vous renvoie ( '// s'assied)^ il faut me raconter vos aventures. (// a^lume un cigare.) Allez I

CONSTANTIN

Oll! mottslettr, c^est bien simple : j'ai une connaissance dans le monde ; que monsieur ne me méprise pas, c'est dans une bonne maison.

MAXENCE

Dans une bonne maison ?

CONSTANTIN

C'est la femme de chambre, monsieur*

MAfcÉN(ÎB.

Partjteu ! — Che^ qui ?

CONSTANTIN

Une nommée madame Mélilot.

MAXENCE, sautant, Mélilot ! — Un juge destruction.

CONSTÂNTIir.

Elle s'apt)ô}le Adeliûe!

MÂXENCE.

Son âge à peu près ?

CONSTANTIN

Trente-sept ans à la mi-carême, mais c'est pour le bon motif.

MÂXENCE.

Eh non, imbécile, la maîtresse ?

CONSTANTIN

Madame? je né sais pas au juste l'âge qu'elle a, mais il paraît qu'elle est d'avril, et le fils de son mari, de janvier.

MAXENCE

Son beau-ûls ! son beau-fils !

CONSTANTIN

Et joliment jolie, allez, monsieur ; môme que dernièrement il y avait dans son petit salon un tas de bou-

quets. Monsieur Mélilot, qui revenait d^Etampes, a demandé pour qui tout ça ? — C'était pour six grandes orphelines à la processicm de Noël.

MAXENGE.

Elle m'aime I — L'adresse, Constantin.

CONSTANTIN

Rue du Harlay, 8.

HAXENGE.

J'étais sous ses fenêtres I — Le 5 et 9 ! Toujours la loterie I

CONSTANTIN

Seulement est brune.

MAXENCE

Tiens, Constantin, voilà dix francs pour toi. — Je comprends tout!

CONSTANTIN

Monsieur me lie les mains I — Je ne pourrai plus jamais le quitter I

MAXENCE

Je vais la faire inviter chez les Pontfauvy !

Page 1