‹ La femme de vingt-cinq ansChapitre 49 sur 52 · HUITIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

HUITIÈME TABLEAU

Les eaux de*** — Une maisou meublée, rue des Citronniers.

MÀXENGE, en costwme de voyage, CONSTANTIN, eeeoufité. {Ils rôdent autour de la maison,)

MAXENCE

Tu es bien sûr que c'est la femme de chambre, Constantin?

CONSTANTIN

Sûr comme monsieur est monsieur ; mais il y a un

malheur.

MAXENCE, très-vite.

Qu'est-ce donc?

CONSTANTIN

Elle est tout en noir ; M. Mélilot n*est plus.

$1^ hE,^ MOYENS JUBTIBËKX LA FIN.

MÀXSNC3S, radieux.

Veuve 1 veuvet -*- Tu sçpelles cela an malheur, toi ?

CONSTANTIN

Non, mais eUe reftise d'être à moi tant que madame portera le deuil de monsieur. En vpilà de la délicatesse !

MÂXENGE.

Veuve ! — Depuis quand ?

CONSTANTIN

M. Mélilot s'est laissé porter en terre il y a environ six semaines. Ainsi Madame n'est jamais visible. Dans le commencement, il pleuvait des invitations; mais quand on a appris.... — Du reste, Adeline paraît très-affligée — elle en est toute changée ; jugez si madame...

MAXENCE, cherchant.

De quoi pourrait-elle donc bien être affligée?... — Veuve!

Premier étage.

Madame MÉLILOT, en grand deuil. ADELINE, tout en ^oir

ADELINE, avant de fermer une caisse.

Où faadra--tr-il mettre le manteau de Madame?

MADAME MÉLILOT, lançutssamment , Où vous voudrez.

ADELINE, surprise.

Gomme Madame dit cda d'un air triste I

HADAlOi |lî:m«OT.

J^étais si heureuse ici !

ADELINE

Je comprends I Paris va sembleF bien vide à Madame.

Voilà la dernière fois que je mets celte robe noire, Adeline, M. Mélilot existe toujours.

ADELINE, avec émotUm, Madame veut rire î

MADAME MÉLILOT

Ce a^est pas risible, pourtant.

ADELINE, d'un ton morédule.

Comment ! Madame m*a fait pleurer monsieur pendant deux grands jours, et...

MADAME MÉLILOT

Eh I bien, tu as fait ton devoir ; je le dirai à mon mari

çt il t'augmçjatera.

ADELINE, touchée.

Monsieur et Madame sont bien bons : mais Madame avait Tair si inconsolable I

MADAME MÉLILOT

Sans doute, c^est plus grand deuil.

ADELINE

J'en demande bien pardon à Madame, est-jl d^fen^u

de savoir pourquoi elle s^est déguisée en veuve, de la veille ?

MADAME MÉLILOT

Pour avoir le droit d'être un peu seule I c'est si bon la solitude^ tu ne comprends pas cela, toi : j'aurais été ici mangée par les danseurs.

ADELINE

Oh ! moi. Madame, j'aime le monde ; on n'est pas Parisienne pour rien ! ainsi je ne suis jamais si heureuse qu'aux fêtes publiques.

MADAME MÉLILOT

Vois-tu, Adeline, grâce à cette robe noire, j'ai pu ne pas retrouver la ville à la campagne : les entrepreneurs de bonnes fortunes m'ont laissée tranquille, et une fois, par hasard, j'ai joui de moi-même.

ADELINE

Et nous aDons revoir monsieur! ce sera drôle! il va me faire l'effet d'un revenant, Madame.

MADAME MÉLILOT

Ce sera charmant, dépêche-toi de finir ma caisse.

ADELINE

A propos, Madame, Constantin est ici ; il est arrivé de Palestine à une heure un quart ; il me rapporte une rose de Jéricho.

MADAME MÉLILOT, troublée.

Ah! Constantin est ici, seul?

ADELINE

Son maître Pa accompagné, Madame. {Elle regarde par la fenêtre.) Et tenez, justement je l'aperçois, monsieur d'Agnès; il a l'air de monter chez Madame, il monte, faut-il ouvrir ?

BiADAME MÉLILOT, avec précipitation.

Allez à vos paquets. {Â ftart.) Elle me vendrait. {Haut.) Il entrera bien tout seul. {Adeline sort, passe dans la pièce à côté. — On frappe à la porte.) Entrez I {Maxence entre, tm bouquet de violettes blanches à la mainy et le lui tend sans rien dire.) Eh I bien, monsieur d'Agnès, comment vous portez-vous? {Elle prend le bouquet.)

MAXENGÉ, gravement.

Madame, j'ai tenu plus que ma parole, j'arrive de Palestine ; j'ai voulu mettre entre vous et moi la distance, la distraction du voyage, l'étude, tout ce qui efface la- •borieusement un souvenir ; je n*ai rien appris et rien oublié ; je vous aimais comme un enfant, je vous aime maintenant comme un homme ; je sais. Madame, l'événement qui ch nge à jamais votre vie ; vous pardonnerez à une pareille précipitation, mais vous alliez regagner Paris, et moi, peut-être partais-je pour TEspagne.

274 LES MOYENS JtTStlPlteîfT L\ fPlFî.

— Je me hâte d'avoir rhoaneur de vous demander votre main.

MADAME MÉLILOT

Le hasard seul vous a amené ici?

MAXENGE.

La Providence^ Madame*

MADAME MÉLILOT

Monsieur Maxeiice, je serai dimanche d'one soirée chez madame du Roure ; si je porte un bouquet de violettes blanches avec une violette ordinaire au milieu, c'est que tout n'est pas désespéré. {Joie de Maxence,)

— Maintenant, — c'est déjà une imprudence que de vous avoir reçu, — vous allez me quitter, et vous vous arrangerez de manière à n'être à Paris que lundi matin au plus tôt.

MAXENCE

Madame, je commence à vous obéir pour toute la vie. {Il sort,)

LES MOYENS JOSTiFlENT LA FIN. 376

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