HUITIÈME TABLEAU
Les eaux de*** — Une maisou meublée, rue des Citronniers.
MÀXENGE, en costwme de voyage, CONSTANTIN, eeeoufité. {Ils rôdent autour de la maison,)
MAXENCE
Tu es bien sûr que c'est la femme de chambre, Constantin?
CONSTANTIN
Sûr comme monsieur est monsieur ; mais il y a un
malheur.
MAXENCE, très-vite.
Qu'est-ce donc?
CONSTANTIN
Elle est tout en noir ; M. Mélilot n*est plus.
$1^ hE,^ MOYENS JUBTIBËKX LA FIN.
MÀXSNC3S, radieux.
Veuve 1 veuvet -*- Tu sçpelles cela an malheur, toi ?
CONSTANTIN
Non, mais eUe reftise d'être à moi tant que madame portera le deuil de monsieur. En vpilà de la délicatesse !
MÂXENGE.
Veuve ! — Depuis quand ?
CONSTANTIN
M. Mélilot s'est laissé porter en terre il y a environ six semaines. Ainsi Madame n'est jamais visible. Dans le commencement, il pleuvait des invitations; mais quand on a appris.... — Du reste, Adeline paraît très-affligée — elle en est toute changée ; jugez si madame...
MAXENCE, cherchant.
De quoi pourrait-elle donc bien être affligée?... — Veuve!
Premier étage.
Madame MÉLILOT, en grand deuil. ADELINE, tout en ^oir
ADELINE, avant de fermer une caisse.
Où faadra--tr-il mettre le manteau de Madame?
MADAME MÉLILOT, lançutssamment , Où vous voudrez.
ADELINE, surprise.
Gomme Madame dit cda d'un air triste I
HADAlOi |lî:m«OT.
J^étais si heureuse ici !
ADELINE
Je comprends I Paris va sembleF bien vide à Madame.
Voilà la dernière fois que je mets celte robe noire, Adeline, M. Mélilot existe toujours.
ADELINE, avec émotUm, Madame veut rire î
MADAME MÉLILOT
Ce a^est pas risible, pourtant.
ADELINE, d'un ton morédule.
Comment ! Madame m*a fait pleurer monsieur pendant deux grands jours, et...
MADAME MÉLILOT
Eh I bien, tu as fait ton devoir ; je le dirai à mon mari
çt il t'augmçjatera.
ADELINE, touchée.
Monsieur et Madame sont bien bons : mais Madame avait Tair si inconsolable I
MADAME MÉLILOT
Sans doute, c^est plus grand deuil.
ADELINE
J'en demande bien pardon à Madame, est-jl d^fen^u
de savoir pourquoi elle s^est déguisée en veuve, de la veille ?
MADAME MÉLILOT
Pour avoir le droit d'être un peu seule I c'est si bon la solitude^ tu ne comprends pas cela, toi : j'aurais été ici mangée par les danseurs.
ADELINE
Oh ! moi. Madame, j'aime le monde ; on n'est pas Parisienne pour rien ! ainsi je ne suis jamais si heureuse qu'aux fêtes publiques.
MADAME MÉLILOT
Vois-tu, Adeline, grâce à cette robe noire, j'ai pu ne pas retrouver la ville à la campagne : les entrepreneurs de bonnes fortunes m'ont laissée tranquille, et une fois, par hasard, j'ai joui de moi-même.
ADELINE
Et nous aDons revoir monsieur! ce sera drôle! il va me faire l'effet d'un revenant, Madame.
MADAME MÉLILOT
Ce sera charmant, dépêche-toi de finir ma caisse.
ADELINE
A propos, Madame, Constantin est ici ; il est arrivé de Palestine à une heure un quart ; il me rapporte une rose de Jéricho.
MADAME MÉLILOT, troublée.
Ah! Constantin est ici, seul?
ADELINE
Son maître Pa accompagné, Madame. {Elle regarde par la fenêtre.) Et tenez, justement je l'aperçois, monsieur d'Agnès; il a l'air de monter chez Madame, il monte, faut-il ouvrir ?
BiADAME MÉLILOT, avec précipitation.
Allez à vos paquets. {Â ftart.) Elle me vendrait. {Haut.) Il entrera bien tout seul. {Adeline sort, passe dans la pièce à côté. — On frappe à la porte.) Entrez I {Maxence entre, tm bouquet de violettes blanches à la mainy et le lui tend sans rien dire.) Eh I bien, monsieur d'Agnès, comment vous portez-vous? {Elle prend le bouquet.)
MAXENGÉ, gravement.
Madame, j'ai tenu plus que ma parole, j'arrive de Palestine ; j'ai voulu mettre entre vous et moi la distance, la distraction du voyage, l'étude, tout ce qui efface la- •borieusement un souvenir ; je n*ai rien appris et rien oublié ; je vous aimais comme un enfant, je vous aime maintenant comme un homme ; je sais. Madame, l'événement qui ch nge à jamais votre vie ; vous pardonnerez à une pareille précipitation, mais vous alliez regagner Paris, et moi, peut-être partais-je pour TEspagne.
274 LES MOYENS JtTStlPlteîfT L\ fPlFî.
— Je me hâte d'avoir rhoaneur de vous demander votre main.
MADAME MÉLILOT
Le hasard seul vous a amené ici?
MAXENGE.
La Providence^ Madame*
MADAME MÉLILOT
Monsieur Maxeiice, je serai dimanche d'one soirée chez madame du Roure ; si je porte un bouquet de violettes blanches avec une violette ordinaire au milieu, c'est que tout n'est pas désespéré. {Joie de Maxence,)
— Maintenant, — c'est déjà une imprudence que de vous avoir reçu, — vous allez me quitter, et vous vous arrangerez de manière à n'être à Paris que lundi matin au plus tôt.
MAXENCE
Madame, je commence à vous obéir pour toute la vie. {Il sort,)
LES MOYENS JOSTiFlENT LA FIN. 376