La fete des cloches de Sainte-Clare
dimanche dernier, sept octobre 1888, le grand jour de la paroisse de Sainte-Claire. En dépit de la pluie et des chemins, église bondée, un groupe de parrains et de marraines excellemment choisis, absolument sympathiques.
Mille bannières déployées au vent, se riant de la pluie, et ayant l'air de dire : il y a assez de joie sur les figures, dans t« us les cœurs, on peut se passer du soleil !
Tous les visiteurs, venus avec Son Eminence par le train spécial du Québec Central, ont trouvé aux chars des voitures pour les conduire à Sainte- Claire. Comme il n'y a pas de ciel sans nuage, cette année surtout, ni de fête sans déception, Mgr de Rimouski, qui devait donner le sermon, avait écrit à monsieur le curé de Sainte-Claire, l'avant-veille, qu'il était désolé de se voir retenu par la maladie, espérant bien reprendre plus tard sa visite.
Le Cardinal avait à sa disposition une voiture à deux chevaux ; M. Frs Gosselin, maire de Sainte-Claire, était dans la un' me voiture.
A l'arrivée de Son Eminence, l'adresse suivante, signée de toute la paroisse, lui a été lue sur la nouvelle et élégante galerie du presbytère par M. le Dr Lesage :
A Son Eminence, Elzéar- Alexandre, Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec.
Eminence,
Il y a quelques années déjà, le Souverain Pontife, dans sa haute sagesse, vous revêtait de la pourpre romaine et vous élevait à la dignité de Prince de l'Eglise.
Ce suprême honneur, qu'à provoqué à votre insu le double éclat de vos talents et de votre vertu, le pays tout entier, dans un élan d'enthousiasme qui ne s'éteint pas, l'a chanté avec joie. Nos frères séparés eux-mêmes, comme citoyens de ce pays, ont senti que cette faveur de Rome, avant tout religieuse, avait un côté national qui flattait singulièrement leur patriotisme. Us ont applaudi à votre élévation et saisissant avec une spontanéité qui les honore cette belle
occasion do rendre hommag? à votre éclatant mérite, ils ont mêlé leur voix aux acclamations des catholiques.
L'été dernier, pour la premier' dans cette paroisse, nous avions l'insigne honneur d'une visite cardinalice. Il a été grand, Eminence, l'effort qu'il nous a fallu faire pour taire notre joie et pour refouler au fond de nos poitrines le naturel désir que nous éprouvions de déposer à notre tour, aux pieds de Son Eminence le témoignage de notre vive allégresse, l'hommage de notre vénération, l'assurance plus invincible que jamais de notre filiale soumission à votre paternelle autorité.
Au début de cette fête de paroisse que vous illustrez de votre présence, nous sollicitons aujourd'hui, avec l'amour et le respect le plus profonds, la permission d'accomplir ce que nous regardons comme le plus suave clés devoirs ; mêler notre humble note au concert de félicitations qui s'élève depuis des années vers ce trône archiépiscopal où siège avec tant de distinction le premier Cardinal canadien.
Nous l'avouerons ingénuement, il nous semble avoir à cette faveur quelque titre particulier. Ste Claire, en effet, modeste paroisse, a pourtant son rayon de gloire : Son Eminence, autrefois, à une époque déjà bien reculée, y a passé de temps à autre quelques jours de vacance. La rivière Etchemin murmure encore, avec joie et légitime fierté, le souvenir de cet enfant dont elle connut les joyeux ébats et à qui le ciel réservait un si brillant avenir.
De l'autre côté de cette même rivière, Ste Claire conserve, à l'instar d'une relique, les ruines d'une antique résidence de votre famille. Nous nous hâtons de reconnaître que notre humble coin de terre sera toujours plus illustre par ses ruines que par l'éclat de ses monuments.
En dehors même de la religion, nous pouvons donc nous flatter de n'être pas tout à fait étrangers à Son Eminence.
Notre église, à qui l'honorable juge votre frère, notre bien-aimé seigneur, a donné tout dernièrement encore la plus belle de ses nouvelles cloches, peut relire, à chaque page de ses annales, quelque témoignage de bienveillance. Nos trois autels, par exemple, la terre de notre fabrique, les mille particulières libéralités que l'honorable juge a semées comme seigneur, voilà autant de bienfaits qui
constituent, à l'honneur de votre famille ici, cette tradition de bienfaisance que^ chacun de nous confesse avec gratitude.
Voilà encore qui serait suffisant pour expliquer pourquoi la popularité de la famille Taschereau, ici comme dans tout le pays, est un de ces astres qui ne connaissent pas de déclin.
Aussi, pour résumer les sentiments de joie et de gratitude dont débordent nos fîmes, laissez-nous, Eminence, vous redire en finissant une parole tombée de lèvres éloquentes dans une circonstance analogue, à l'adresse d'un autre grand prélat : " Nous savons qu'il est toujours pénible à votre modestie de recevoir les louanges des hommes, même celles de^ vos enfants. Nous nous garderons donc d'accentuer d'avantage l'expression de nos humbles félicitations à l'occasion dela dignité sublime que Rome vous a conférée. Mais puisque nous devons reconnaître les bienfaits de Dieu, nous usonsd'un droit sacré en le remerciant, au nom de cette paroisse, d'avoir appelé parmi les princes de son Eglise, unhomme qui rend à la pourpre ce que lui donne la pourpre : honneur pour honneur ! C'est une gloire pour nous, canadiens -français et c'est une grâce pour toute l'Eglise !
Après les applaudissements prolongésde la foule, Son Eminence a lu la réponse suivante, qui a profondément remué la population de Sainte -Claire, et dont chaque passage a été salué par d'enthousiastes acclamations :
Messieurs,
Je vous suis très reconnaissant pour l'adresse qui vient de m'être présentée. Votre vénération et votre filiale soumission pour votre Archevêque et la vive allégresse que vous exprimez, sont une nouvelle preuve que le Souverain Pontife a bien jugé le peuple canadien quand il a voulu récompenser sa foi et sou attachement au Siège Apostolique en revêtant un de ses enfants de la pourpre cardinalice.
Sans être ma paroisse natale, Sainte- Claire éveille dans mon cœur bien de»
souvenirs qui remontent à, plus d'un demi siècle.
Dès ma plus tendre enfance, j'ai souvent entendu mon père parler de l'intérêt qu'il portait à cette paroisse, pour l'érection et la prospérité de laquelle il avait fait de grands sacrifices^ Deux ans
. ail bat i a >n manoir
teurial, dont il reste encore tics rui
nés que je visite toujours avec Intérêt
que j'ai paisé trois des plus
le ma vie, durant l( -
quelles j'ai souvent navigué sur cette
iheinin dans un pel Lt 1 plus facile à c induire que La grand que portant plus de trois cent mille . don( ;! me faudra rendre compte.
J'ai souvent eu occasion de voir à la n paternelle et dam le vénérable Monsieur i -. pre-
mier curé de cette paroisse nommé en • l'ai vu les débris de cette petite, ruction en bois qui avait servi d'église et de ; e dans ses pre-
avant la construction de magnifique église dont nous voyons aujourd'hui même le riche couronnement.
Quand on remonte à l'époque où la I ut encore à son berceau, on ne peut B'empêcher d'admirer le zèle et aérosité de cette population alors si peu nombreuse et en proie à toutes les es du défrichement.
Le* travaux récents, si considérables au os et au dehois de votre église, couronnés aujourd'hui par un beau carillon •de cloches, prouvent que les paroissiens ls de Sainte-Claire, sont les dignes ndants des premiers colons qui ont défnché le sol, construit l'église et laissé à leur postérité des traditions vivantes d'amour de Dieu et de zèle pour sa gloire. Le succès de toutes ces entreprises est une nouvelle preuve de ce que peut faire une paroisse quand tous les paroissiens sont d'accord entre eux et avec leur ■ur.
Conservez bien messieurs, ces belles traditions et transmettez-les à vos enfants comme la plus belle portion de votre hérit
La grand'messe a été chantée par le >nd M. Ferdinand Chabot, enfant de la paroisse. Voix superbe ! vrai pronostic des belles cloches françaises, dont IX pleine, vibrante, moelleuse, allait bientôt se faire entendre.
Les et les marraines avaient
j,ii- place ;"i b 'tau sanctuaire
Voici la liste des parrains et des marraines, qui avaient eu L'excessive cour- ^F le curé linte-Claire le cadeau que chacun tinait aux filleul L'hon. et Madame J. T. Tasch< i ex-juge de la cour Suprême, comman-
de ir del'O -lie 'le St. < > régoire Le < Srand, mi- de Joliel . Edouard Taschereau Ecuyer, el sa Dame ; L'abbé \. Gingras et Madame .Marie Chabot Bolduc ; M.
Pierre Jolin, fils, et Madame Napoléon Dussault Jolin ; Sir Bector Langevin ; L'hon. L. 1*. Pelletier, conseiller législatif, et sa Dame; Thon, ci Dame Sénateur J. Bolduc ; Thon, juge 11. C. Pelletier et madame ; l'hon. E. J. Flynn et madame ; H. J. .J. B. Chouinard, Ecr, M. I\ et sa Dame ; L. Nap. Laro* chelle, M. P. P. et sa Dame ; Nicodcme \ulvt, ex M. P. P. et se Dame; .1. B. Cadrin, préfet du comté de Dorchester et sa Dame ; M. Cyrille Gagnon, marguiller en exercice et sa Daine ; Théoohile LedroitEcr. et sa Dame ; François Oosselin, Ecr. maire de la paroisse et sa Dame ; M. Lords Grégoire Fournier et Dame «Joseph Gingras ; Thomas Fournier Ecr., et Délie Aubéline Gingras ; DrFiset et sa Dame ; Dr Lesage et demoiselle Blanche sa fille ; notaire LouisFortierFcr. et sa Dame ; Frs. Foitier Ecr. registrateur et sa Dame ; J. A. Poisson, Ecr. régistrateur, etsaDame ; Ferdinand Delille, Ecr. et sa Dame ; Romuald Brochu, Ecr. et sa Dame ; M. Ernest Livernois et Dme Livernois ; Cléophas Rochette, Ecr.
et sa Dame ; Désiré Guay, Ecr. et sa Dame ; Joseph Gingras, N. P. et Dame Ths. Roy ; Dame Hubert Bonneau ; Antoine Carrier, Ecr. et sa Darne ; M.
Archange Racine et sa Dame ; M. J. B. Provost et sa Dame ; M. Paul Pouliot et Dame ; M. Damase Nadeau et Dame :
M. L. P. Turgeon et Délie ; M. Onésime Vallière et Dame ; M. Nap. Beaudoin et Délie ; M. Théodule Beaudoin et Dame ; M. le Dr Morency et Délie ; M. J. B Lasnier et Dame ; M. Stanislas Lasnier et Dame ; M. Edouard Venner et Dame ; M. Arthur Drolet et Dame ; M. Phidime Bernier et Dame ; Ephrem Audet, Ecr.
et Dame ; M. George Dorval et Dame ; .1. B. Fortier, Ecr. et Madame Dugal ; M. dis. Fradet et Dame ; M. Jos. Patry et Dame ; M. Pierre Morin et Dame ; M. Edouard Morissetteet Dame ; M. George Marceau et Dame ; M. Etienne ubé et Dame ; M. Louis Chabot et Dame ; Dame Marie Lapierre Godboul ; M. Joseph Fournier et- Dame ; J. E.
Cayouette, PJcr. et Dame ; M. France Talbot et Dame ; M. François Gosselin, senior ; Théophile Laâamme Fcuyer et Dame ; Edouard Marquis, Fcuyer, et Dame ; Toussaint Simard, Ecr. et Dame : M. le Chevalier Martineau et Dame.
La collecte des parrains et des marraines, le nerf de la guerre dans les bénédictions de cloches, a été un succès qui ne s'est probablement jamais vu au pays : deux mille six cent quarante-neuf piastres ($2,649.42).
Honneur aux parrains et aux marraines des cloches de Ste-Claire !
Son Eminence a donné Elle-même le baptême aux trois nouvelles cloches qui sont de vraies pièces d'orfèvrerie au point de vue du métal, du poli et de l'ornementation. Elles flamboient. Chacun se disait : il doit y avoir de la musique dans ces grands cygnes d'argent.
La toilette était pimpante, originale, du meilleur goût. Sans draperies, elles étaient si brillantes ! — mais de grandes ailes, comme des oiseaux qui veulent prendre leur volée. Ailes rouge-feu, ailes bleues, ailes blanches, avec quelques plumes dorées. Les trois couleurs de la France, et la première avec les couleurs cardinalices en même temps. En guise de tête, chacune un superbe bouquet.
Le cardinal s'est surpassé au sermon.
Pris à l'improviste, il a frappé droit au coeur ; il a été applaudi avec des larmes. Son Eminence était Elle-même très impressionnée.
Le dîner pris au presbytère a été le bouquet de la fête.
M le Dr. Lesage a présenté la santé du cardinal dans un langage mesuré, vibrant : la santé a été accueillie avec tout le respect, et l'enthousiasme qu'elle méritait.
Son Eminence a ensuite proposé la santé du curé, M. Gingras, qui, ne s'attendant évidemment pas à cet honneur insigne, a commencé par en remercier Son Eminence. Il a déposé à ses pieds ses hommages et les hommages de sa paroisse. " Je suis trop uni de cœur et d'âme avec ma chère paroisse, a-t-il dit, pour ne pas partager les sentiments contenus dans l'adresse qui lui a été lue ce matin." Puis, relevant un détail charmant de la réponse du Cardinal : "Je ne veux pas douter des aptitudes de marin dont pouvait être doué Son Eminence dans son enfance. Je dis, pourtant, quand la rivière Etchemin, au sortir d'un orage, a perdu ce calme qui est d'ordinaire dans son naturel, que j'hésiterais à traverser la rivière avec Son Eminence pour pilote. Mais dans cette grande barque de l'archidiocèse sur laquelle je traverse la vie, je suis enchanté, je me
sens pénétré d'un profond sentiment de sécurité, à la pensée qu'il y a au gouvernail un pilote aussi habile que Son Eminence ! "
M. le curé, détournant alors l'attention de cette santé qui lui était un honneur tout personnel, proposa la santé des parrains et des marraines dans une improvisation à la fois chaude et parfumée d'une bonne humeur qui a donné au dîner la tournure de la plus charmante fête de famille. — Voici à peu près ses* remarques :
Eminence, Mesdames et Messieurs,
J'eusse préféré goûter en silence la joie dont mon cœnr déborde en ce moment, mais la reconnaissance a ses devoirs, et c'est avant touo pour accomplir un devoir de reconnaissance que je cède à la trop bienveillante provocation de Son Eminence, dont la paternelle bonté pour Ste-Claire et son curé n'a évidemment pas de bornes.
En mon nom, au nom de ma brave paroisse, au nom de ma ehère église de Ste- Claire, dont vous êtes devenus, Mesdames et Messieurs, les insignes bienfaiteurs, je me lève pour vous remercier avec effusion.
Comme son humble curé, la belle paroisse de Ste-Claire tressaille aujourd'hui d'allégresse. Dans les annales de sa modeste histoire, jamais fête aussi brillante n'a encore resplendi.
Sur cette terre, quelle est la joie suprême d'une paroisse catholique ? Pour les canadiens surtout, c'est d'arriver à faire de son temple un petit paradis.
Ce noble penchant n'est pas nouveau. Voyez plutôt, au bord des fleuves de l'exil, loin du temple de Jérusalem, les hébreux, dans leur désolation, suspendant aux saules leurs harpes silencieuses. Une fois de retour au pays, quelle est leur première ambition % Leur première, leur brûlante ambition, est de relever pierre à pierre, de rebâtir ce temple de Jérusalem dont l'éloignement les avait, dans l'exil, navrés de chagrin.
Eh bien, Mesdames et Messieurs, c'est un peu sous l'empire de ce grand sentiment que ma généreuse paroisse, à l'unanimité absolue, a entrepris, il y a deux ans, de remettre à neuf son vieux temple deux fois consacré par la prière et par les souvenirs.
Cependant, nous nous disions : Quand viendra le couronnement i Les cloches ! Quand aurons nous des cloches i La superbe musique d'un beau carillon qui chante dans le ciel la gloire de Dieu, qui traduise les joies, qui soupire les de i >ute une paroisse : oe1 te harmonie profonde, encore inconnue dans nos vallons île Sainte-Claire, quels bienfaiteurs venus du ciel nous en feron< cadeau i Mesdames et Messieurs, vous pour nous ecs anges ines- 3 : merci ! Vous êtes allés vous mêmes, au-delà des mers, avec vos généreuses souscriptions payées d'avance, nous chercher nos trois cloches. A l'heure qu'il est, nos cloches sont sur leur monture, mais « lies ne sont plussurleur facture. Merci ! 11 m'est impossible de m'arrêter à payer un tribut de gratitude à chacune, a chacun d'entre vous. Je dois pourtant citer trois noms.
La plus grande de nos cloches porte le nom à'Mzéar - Alexandre. Donateurs: L'hon. juge Jean -Thomas Taschereau, Dame Joséphine Caron Taschereau.
Messieurs, c'est le temps de dire : à Leur tout honneur. L'hon. juge, à qui nous avions, tant nous sommes du monde d'arrangement ! laissé le choix de la plus grosse cloche, a bravement pris la place qui lui convenait, il a choisi de payer la plus grosse.
Espérons que la iilleule, digne autant que possible de son illustre parrain et de sa gracieuse marraine, aura assez de voix pourproclamer dans Sainte-Claire, jusqu'à la génération à venir, deux noms qui sonnent déjà si haut : le nom de la famille Caron et le nom de la famille Taschereau. La seconde cloche porte le nom de Joseph Apollinaire : i as le nom du saint qui vous parle, mais le nom d'un vrai saint d'il y a longtemps. Donatrice :
i Mari* Chabot Bclduc. C'est le nom de la digne marraine que j'ai l'honneur d'accompagné*- à cette table. Son Eminence a évoqué de gracieux souvenirs d'enfance, j'évoque à mon tour un gracieux souvenir d'intimité. C'était le jour des Rois. Comme tout bon curé en temps de réparations, j'avais un peu violenté l'évangile du jour pour y trouver un petit souffle favorable à nos travaux. En finissant, j'avais mis en relief le roi mage qui offre ce jour-là de l'or à l'enfant Jésus. " J'espère, mes frères, qu'il y aura parmi vous, à l\ >ccasi m de nos cloches, quelques rois mages." Bien. Il s'en est présenté
plusieurs. Madame Bolduc arrive à mon bureau, " M. le curé, vous n'avez invité
que dos rois, unis quand même il \ aurait quelque petite reine mêlée parmi, je sunpose. ..." Madame me donne pour mes cloches, à pari $100 de souscription pour les autres travaux, $1400 encore
Messieurs, vous le Voyez, j'ai été plus favorisé que le roi Salomon. Salomon a eu la visite de la reine de Saba : j'ai eu, moi, la visite de la reine de Ça s'batpas!
La troisième cloche porte le nom de' Ste-Claire. Donateur ■ M. Pierre Jolin.
Je me garderai de peser sur ce dernier nom. Je respecte trop la filiale douleur de M. Pierre Jolin et de madame Dussault qui représentent ici leur père : je ne voudrais pas rafraîchir des blessures qui saignent encore. Le donateur, le généreux donateur, n'est plus. Le Bon Dieu l'a appelé à lui. Ses yeux n'ont pas contemplé le brillant cadeau qu'il a fait à l'église ; son oreille n'en a pas entendu la suave musique. Espérons qu'il a déjà reçu là-haut la récompense de sa belle œuvre et que notre pauvre frère se console facilement de ne pas entendre sa cloche en écoutant les séraphiques concerts de l'autre monde."
Puis s'adressant de nouveau à tous les parrains :
" Ah ! quelle joie, mesdames et messieurs, quelle joie vous répandez dans tous les cœurs de ma paroisse avec le son de ces cloches ! Quelle joie vous répandez dans nos cœurs comme sur nos vallons.
Imaginez: jusqu'ici, une pauvre petite cloche enrhumée, poitrinaire. On ne l'entendait pas toujours du presbytère, et le curé, quelque dimanche, au grand scandale des fidèles, serait arrivé à l'église sa propre messe commencée.
Mais non ; cet accident n'est plus possible, grâce à vous. (En ce moment on entend la première volée du carillon que M. St. Pierre vient d'installer dans le clocher : le son des cloches est ravissant et M. Gingras ajoute avec une émotion vivement partagée :) Les voilà, les voilà les cloches. Voilà bien, venus de rivages lointains, venus de la vieille France que nous aimons toujours, ces grands oiseaux de bronze, ces trois cloches si ardemment convoitées. Elles ont pris leur vol vers notre clocher : là, tout en chantant la gloire de Dieu, elles rediront, à tous les échos de la belle rivière Etchemin, le nom a jamais béni de nos parrains et de nos marraines.
Filleules de bon naturel, ces cloches, ces auges de la prière appelleront, sur ceux qui les onb tenues sur les fonts baptismaux, les meilleures bénédictions de Dieu. Elles se chargeront ainsi, dans une large mesure, de notre éternelle, de notre vibrante reconnaissance !
Encore une fois, mesdames et messieurs, merci. Merci de l'éclat que votre présence répand sur cette fête paioisvsiale. Merci de vos cadeaux princiers.
Merci de ce grand témoignage de sympathie dont vous nous honorez.
Comme léger à compte de notre gratitude, laissez-moi vous dire qu'avant peu vos noms seront incrits, comme bienfaiteurs insignes, sur un marbre commémoratif de la fête et placé dans chacune des chapelles de notre église.
En attendant, votre nom est déjà gravé, à jamais gravé, sur quelque chose de plus indestructible encore que le marbre : dans le cœur de diamant de mes paroissiens reconnaissants ! "
A cette santé des parrains ont répondu tour à tour M. Edouard Taschereau, M.
Chouinard, M. P., Thon. L. P. Pelletier et M. L. N. Larochelle, M. P. P. On peut se dispenser de dire que Thon. M. Pelletier a été entraînant : il l'est toujours et il l'a été cette fois-ci comme d'habitude. Parlant des cloches et de leur joyeux carillon, il a commencé ses brillantes remarques par cette citation de Chateaubriand : " Oh, quel " cœur si mal fait n'a tressailli au bruit " des cloches de son lieu natal, de ces " cloches qui ont frémi de joie sur son " berceau, qui ont marqué ses premiers " pas dans la vie, qui ont publié dans " tous les lieux d'alentour les saintes " allégresses de son père, les douleurs et " les joies encore plus grande de sa " mère. Tout se trouve dans les rêveries "" enchanteresses où nous plonge le " bruit des cloches de son lieu natal : " Religion, famille et patrie, et le ber- ' ' çeau et la tombe et le passé et l'avenir. " M. Pelletier a ensuite parlé du rôle que jouent les cloches de nos églises, de leur mission et du bien qu'elles invitent à faire. Parlant ensuite du rôle du prêtre dans le monde, de sa vie de dévouements et de sacrifices, il a fait au Rev. M. Gingras des compliments délicats et mérités, et il a terminé son discours par des réminiscences éloquentes du Père Lacordaire sur le rôle sublim-) et salutaire de la religion dans le monde.
M. Chouinard, a aussi été très éloquent, il a fait de jolis rapprochements tirés de la vie de Ste. Claire.
" Au noms des parrains et marraines, a-t-il dit, je vous remercie de la santé que vous venez de boire en leur honneur. Je voudrais y répondre dignement, mais après tout ce que vous venez d'entendre j'éprouve le même embarras dans lequel je me suis trouvé quand j'ai reçu l'aimable invitation du curé de Sainte- Claire. Comment répondre avec ma plume depuis si longtemps rouillée, à l'auteur de tant de poésies magnifiques écloses ' ' Au foyer d'un presbytère ! "
Pendant que je cherchais des idées et des phrases pour faire accueil à ses vers harmonieux, j'ai eu un bon mouvement pour un homme du monde. Si j'essayais, me dis-je, une lecture de piété dans la vie des saints peut-être trouverais-] e dans la vie de sainte Claire, patronnede cette paroisse, peut-être trouverais-je là des inspirations. Il m'en coûte un peu à moi, profane, d'entrer danâ ce domaine sacré de la vie d'une grande sainte. Mais vous me permettrez peut-être, Eminence, de dire ici les traits qui m'ont le plus frappé dans l'histoire de sainte Claire.
Il m'a paru que sainte Claire a occupé une haute et brillante position dans le monde et dans le siècle où elle a vécu, qu'elle y a joué un grand rôle et exercé une influence considérable.
D'abord elle portait un beau nom :
dans la langue des anciens Romains elle s'appelait Clara, c'est-à-dire distinguée. Ce nom, combien de jeunes filles et de femmes chrétiennes l'ont porté après elle et le portent encore. Avec quelle joie on le leur a donné au baptême et avec quelle grâce ne le portent elles pas dans le monde et dans le cloître ! Et qui oserait dire qu'elles ne sont pas toutes distinguées !
Ce beau nom sainte Claire l'a popularisé et répandu dans tous les temps et dans tous les pays. Supérieure de monastère et fondatrice de nombreux couvents, elle a vécu dans le cloître, pratiquant l'humilité, fhême au milieu des honneurs qui sont venus couronner sa vie dans le monde. Elle a vu venir à elle les plus hauts dignitaires de l'église et les personnages les plus considérables de son temps, qui venaient s'inspirer de [la sagesse de ses conseils et s'édifier de l'exemple de ses vertus. Enfin sans
aime le pouvoir ni les grandeurs, elle a exercé une immense influence sur son siècle et sur la famille religieuse qu'elle a E
vention Beule était souvent une garantie de succès.
Aussi sa mort, ou plutôt son entrée dans la vie bienheureuse, a t-ellecréé un véritable émoi dans toute la chrétienté et, reine sans e< >uronue,il n'a fallu rien moins qu'un pape entouré de ses cardinaux pour célébrer son entrée triomphante dans le ciel. Eh ! bien, messieurs, sainte (Maire jouit enc >re du même prestige et de la même influence parmi nous.
Elle a commencé par se créer une royauté dans la famille canadienne en popularisant son nom parmi nos mères et s. Puis, elle s'est taillé un beau domaine dans les meilleures terres de la rivière Etehemin. Sa paroisse favorite, elle a voulu qu'elle eut pour premier seigneur et pour insigne bienfaiteur un homme d'une famille illustre, un des citoyens les plus distingués de son temps, un des plus intrépides défendeurs de nos libertés nationales, le père de Son Einiaence le cardinal Tascheréau.
Quand il a fallu pourvoir aux besoins spirituels des habitants de sainte Claire, v.-tie sainte patronne a encore fait éclater la puissance de sa protection en vous envoyant pour curés des saints prêtres, des apôtres, des savants appelés à ceindre la mitre épiscopale, ou dans des jours plus rapprochés de nous, un poète, un artiste, doué d'une intelligence d'élite et d'un noble c<eur et qui dévoue sa vie et son talent à cimenter parmi nous l'union et la concorde et à embellir le temple de . pendant (pie sa muse chrétienne embaume du parfum de la poésie, toutes les effusions de son éloquence et toutes livres de sa vie sacerdotale.
La première cloche de votre église avait été bénie par Mgr. Panet, grand oncle de son Eminence le cardinal, et Madame Duchesnay, sœur de son Eminence, en avait été la marraine. C'était bien alors une fête de famille pour la famille Tascheréau. Aujourd'hui nous assistons à une répétition des mêmes événements, et la reconnaissance publique s'adresse encore à des bienfaiteurs qui portent les mêmes noms. Il y a plus : sainte Claire, se souvenant qu'il n'avait fallu rien moins qu'un pape pour présider à ses funérailles, h voulu «pie les cloches de sa paroisse de prédilection soient bénies par
un prince de l'église, par le premie]
dinaJ canadien.
Encore un mot et je u rmine. J'ai lu
daes la vie de sainte Claire qu'elle a exercé pendant toute sa vie une grande in
lluence dans l'église et dans le monde.
Savez vous M.M. que je suis d'opinion qu'il en est encore ainsi. Il y a certains grands mots (pie je ne puis prononcer ici, mais je me rappelle qu'il u'y a pas longtemps encore, je yeux dire quand le beau comté de Dorchester n'avait, pas encore pris la bonne habitude d'élire toujours ses représentants pa* acclamation, ndidats à la députation tournaient souvent un œil inqniet du côté de sainte Claire cherchant à deviner de quel côté pencherait le vote de cette paroisse dont la patronne avait joué un rôle si considérable en ce monde.
Cette influence MM. il faut espérer que sainte Claire l'exercera pour promouvoir les intérêts même matériels nonseulement de cette paroisse mais de tout le comté de Dorchester.
Elle qui avait tant de crédit auprès des hommes publics de son temps, espérons qu'elle inclinera vers nous le cœur des puissants du jour, afin qu'ils nous donnent bientôt une ligne de chemin de fer qui ira porter dans toute la vallée de la rivière Etehemin, l'abondance, l'activité et la prospérité commerciales et agricoles, et qui nous permettra d'assister à toutes les bénédictions de cloches que nous réserve l'avenir dans ce vaste territoire si propre à la colonisation et que nous travaillerons tous ensemble à peupler de paroisses riches et prospères comme celle que vous habitez."
M. Edouard Tascheréau a été goûté exceptionnellement. Orateur en fleurs qui promet : parole facile, spirituel et courtois, un particulier cachet de distinction : avant tout le rare talent des nuances. Il a fait chaleureusement à son ami, M. Gingras, des éloges dont se défendait ce dernier mais qui le grisaient évidemment, tant ils étaient donnés avec amabilité et conviction.
M. L. Nap.. Larochelle, M. P. P., termina cette série de brillants discours par quelques remarques qui ont été fort goûtées et qui ont été le digne couronnement de ce splendide banquet.
La jeune fanfare de St. Gervais, création du Dr Paradis, s'était chargée de traduire l'enthousiasme de la population : elle a très bien réussi. Son Eminence a
officié au salut. Enfin, vers 5.30 hrs., le Cardinal et sa suite, après avoir admiré l'intérieur de l'église fraîchement, et disons-le à l'honneur des MM. Gauthier, merveilleusement décorée à fresque, ont repiis le chemin de Québec.
Les nouvelles cloches, un vrai succès <le cloches qu'on en soit sûr ! carillonnaient alors à toute volée. Le son des nouvelles cloches est puissant, riche, harmonieux : c'est de la grande et vraie musique.
Le cachet particulier de la fête a été cet abandon absolument paternel avec lequel Son Eminence a bien voulu se laisser chérir et acclamer par la paroisse de Ste-Claire ; on sentait que le Cardinal se disait : ici à Ste-Claire, je suis dans une paroisse particulièrement mienne et je suis content d'y passer quelques heures. La paroisse a remarqué, les larmes aux yeux, un incident bien touchant : Son Eminence a voulu trouver dix minutes pour aller consoler sur son lit de mort Madame Dr. LeSage : Elle a trouvé moyen d'aller aux malades au milieu des fatigues de cette journée !
Ste. Claire est une paroisse qui vient de faire un pas de géant dans la voie du progrès ; voici le bilan de ses améliorations :
1° Construction d'un aqueduc pour le village ;
2° Construction d'une superbe grange à toit français sur la terre de la fabrique ;
3° Réparations à l'intérieur et à l'extérieur du presbytère ;
4° Restaurations intérieures et extérieures de l'église, devenue l'une des plus belles de l'archidiocèse ;
5° L'acquisition de trois magnifiques cloches ;
Ces réparations ont coûté douze mille piastres. Dans deux ans, on a pu collecter etpayer là-dessussix mille piastres.
Honneur à Sainte- Claire, qui a le goût du beau, qui a à cœur la gloire de Dieu, et qui marche unie et compacte autour de son curé dévoué.
Dans un quart de siècle, les braves paroissiens de Sainte-Claire reliront encore avec joie, nous en sommes sûr, ces pauvres notes : car ces notes raviveront le souvenir de la plus brillante fête qui ait rayonné au firmament de son histoire.
Nous ne pouvons mieux terminer le compte rendu de cette belle fête qu'en publiant la jolie et patriotique romance qui suit, composée pour la circonstance par le Rev. M. Gingras, curé de la paroisse, qui est aussi charmant comme poëte qu'il est dévoué et admirable comme prêtre.