III
Tout prend un nouvel être à ta voix fouveraine :
Tu parles , & foudain les arts reffufcités , (5)
D'un Peuple induftrieux , remplhTent nos Cités.
D'un vil ferf dans fon champ ne traînant plus la chaîne
L'humble Cultivateur refpire en liberté ; (6)
Et fes fils ne font plus chaffés de fon domaine.
La timide innocence exalte ta bonté ;
Elle n'eft plus livrée au tourment effroyable , (7)
Qui lui fit dire , hélas 1 „ frappez.... je fuis coupable, "
Confolé , fecouru dans fon adverfité , (8)
L'Indigent rompt fon paâe avec l'oifiveté.
Et dans nos murs Rachel , rendue à l'efpérance ,
Voit fes filles chérir , dés leur pénible enfance , (9)
De folides vertus , un affidu travail ;
Grâce au Pafteur zélé qui leur ouvre un bercail ,
Au Roi compathTant qui les y favorife ,
Aux pieux Citoyens dont la face entremife
Fait tomber chaque jour-, fur des eflaims nombreux ,
Une douce rofée & la manne des Cieux.
( La Famille. )
Toujours devant Lo u is marche la Bienfaisance ; A rendre heureux fon Peuple il met fa vigilance. Publions à l'envi les traits de fa bonté :
Que fon nom , en tous lieux , foit fans cette exalté.
(5) La réforme des Communautés d'ans & métiers.
(7) L'uiàge de la Qneftion préparatoire fapprimé,
(8) Les atteliers de charité «autres (ecours ouverts à l'indigence.
(6) La fervitude abolie dans les Domaines de Sa Majefté.
(9) En 1761 la Société des Dames de la Mifcricordc du tikvre , ouvrit une Ecole gratuite de travail pour les jeunes filles indigentes , qui doit (a continuation principalement à un bienfait que renouvelle tous les ans M. le Cardinal de la Rochefoucauld , Arch. de Rouen. L'année dernière , on a conftruit le bâtiment de cette Ecole , pour lequel S. M. a ordonné qu'on tirât de (a Marine les bois néceiïaires ; « le 22 Avril , on a chanté une méfie folemnelle pour la confervation des jours de ce Souverain.
Tous les matins , dans la principale Eglife , une Dame de la Ville fait la quête ; & les fecours de cette Société , en diftribution de deniers , vêtements , pain & bouillon , font tels que cette Ville , quoique confidérable en population , n'a point de mendians.
Fortunés Habitants de la riche Province , (10) Où les cœurs ont volé fur les pas de L o u i s ; Nous avons contemplé Taugufte front du Prince , Qui nous donna pour Duc le fécond de fes Fils. (10 &.)'... Vainqueur de la nature , Art dominant , ta gloire (i i) Va faire l'entretien des filles de Mémoire.
Louis, vois ton prodige , admire tes fucces.
Cherbourg , plus fpacieux , de plus facile accès , Recevra nos vaùTeaux amis de la victoire.
Art fublime & dompteur des flots impétueux , Change en afyle fur leur fein tumultueux.
( La Famille. )
Nous l'avons vu , ce Roi , notre amour , nos délices I Que fon Fils , notre Doc , croifle en des jours propices! O fucces , couronnez nos travaux & nos vœux ! Et que Cherbourg de l'art foit le triomphe heureux.
(10) Voyage du Roi à Cherbourg et dans la Normandie , en juin 1786.
[(10 b.) Louis-Charles de France, duc de Normandie, né le 27 mars 1785. Devenu dauphin par la mort de son frère aîné, il devait être l'infortuné Louis XVII.)]
(11) Les grands travaux du port & de la rade de Cherbourg.
— i r*n jumë*»! il, êm,.- L. * . 7 v
Q.U e le Trident s'unifie au fceptre de la France,
Louis , des mers , limite la puhTance :
Et déjà Tes foins généreux
Ont loin de nous écarté les naufrages.
A travers les écueils , le Nocher courageux ,
La nuit comme le jour , vogue dans nos parages : (12)
Une Etoile Terrefire y fixe fa clarté.
Phares! brillants rivaux des deux frères d'Hélène ; (1 3) DuPHiLADELPHEdela Seine ,
Votre éclat préfagea l'ardente humanité.
( La Famille. )
Phares! brillants rivaux des deux frères d'Hélène , De vos utiles feux la nauTante clarté ,
Du Philadelphe de la Seine ,
Nous préfagea l'ardente humanité.
(12) Les deux Phares du Havre & ceux de la Normandie allâmes le premier Novembre 1775. — L'Auteur a fait fur leur érection à l'avènement deLouisxvi, deux Odes qu'il a publiées en 1786 ; l'une latine , qui a remporté le prix à Caen le 8 Décembre de la même année 1775 ; l'autre françaife , couronnée à Rouen en 1777.
(13) Ce beau nom de Pbiladelpbi a été porté par Ptolomée , qui fit élever le fameux Phare d'Alexandrie. De plus juftes titres l'ont fait décerner à d'autres Rois.
VK Règne avec mon Auguste, âge heureux , dont Virgile Fit célébrer la paix aux Mufes de Sicile.
Peuples , applaudiflez : Lo u i s pefe vos droits ; Louis eft devenu l'arbitre de vos Rois. (14) Toi qu'altéré de fang & fans frein dans fa rage , Alexandre chercha pour couvrir de carnage :
Toi qui , devant fubir de tyranniques loix , Demande que Louis féconde ton courage , Monde-nouveau : triomphe , & fois libre a fa voix. Escaut , reprends ton cours fous un Ciel fans nuage ; Lou 1 s de ton Batave affermit les remparts : Les foudres que fur eux eût fait tomber l'orage , Sont pofés près des L y s par l'Aigle des Céfars. Lys protecteurs , parez le fein de la Neuftrie ; Et , dans fes ports ouverts même aux fiers Léopards ,
Prêtez votre luftre aux beaux ans ; Symboles de candeur , affurez l'induftrie.
( La Famille. ) Lys protecteurs , parez le fein de la Neuftrie ; Et , dans fes ports ouverts même aux fiers Léopards ,
Prêtez votre luftre aux beaux arts ; Symboles de candeur , affurez l'induftrie.
(14) Les différents traités avec les Puiflances , principalement l'alliance avec les Etats-Unis de l'Amérique. — La paix entre l'Empereur & la Hollande en 1785 , par la médiation & fous la garantie de Lo u 1 s x v 1. — Les traités de commerce avec la Hollande en 1785 , avec l'Angleterre en 1786, &c.
Lie ux qui m'avez vu naître & que chérit Tiphis ; Ronflante Gté qu'éleva dans fa gloire (15) Ce Monarque , l'honneur des lettres & des Lys , Couronné de lauriers vers Marignan cueillis : ' Ce Valois , ce Héros qu'au temple de Mémoire Placèrent , jeune alors , Bayard & la Victoire : Qui vous donna fon nom , qui connut votre prix : Havre heureux , digne objet des faveurs de Louis : Devenez un rayon de fa magnificence ; De la fuperbe Tyr étalez l'opulence Et l'appareil pompeux des flottes de Thariis. O vahTeaux des deux hémifpheres , Que Louis l'un de l'autre a rendus tributaires : Raflemblés fur la Seine & l'Océan unis , Enrichirez nos bords & peuplez-les d'amis !
( La Famille. )
O VaifTeaux des deux hémifpheres , Que Louis l'un de l'autre a rendus tributaires ; Rafîemblés fur la Seine & l'Océan unis , Enrichirez nos bords & peuplez-les d'amis !
(15) L'agrandissement du port & de la Ville du Havre~de-Grace appellée du nom de François premier fon fondateur , Ville Françoi/e. Ce Prince , furnommé le Père des Lettres , la fit bâtir fur la fin de 15 15 , au retour de la bataille de Marignan , qu'il gagna contre les Suifles après deux jours de combat , où il fit des prodiges de valeur. Le Maréchal de Trivulce , qui s'étoit trouvé à dix-huit batailles , dit que celle-ci étoit un combat de géants & les autres des jeux d'enfant. Ce fut après cette victoire que François premier , âgé de 21 ans , voulut être fait Chevalier de la main de Bayard , près de qui il avoit combattu. — Voye\ le Prifident Henault, &c.