SUR UNE TANTE ETERNELLE
Que Pernelle est contredisante !
Qu'il faut chèrement acheter
Cinq ou six cents écus de rente
Que d'elle j'espère hériter !
A toute heure elle fait la moue
Et contrôle ce que je dis ;
Quand je plaisante, je médis ;
Je suis un flatteur, quand je loue ;
Un phanatique quand je lis ;
Un dissipateur quand je joue ;
Si je suis gai, je suis un fou ;
Si je suis triste, un loup-garou ;
Elle me tourne en ridicule,
Si j'ai parfois bon appétit :
Si j'en manque, la vieille dit
Que c'est un reste de crapule.
Vais-je à l'église fréquemment,
Je suis taxé d'hypocrisie ;
Si je n'y vai que rarement
Je suis entiché d'hérésie.
Pour moi j'y perds l'entendement.
Un jour je lui disais : « Ma tante,
Tout vous déplaît, tout vous tourmente ;
Quand aurez- vous contentement ? »
« Quand, reprit-elle? Au monument.
Eh I pour moi la mort est trop lente ! •
Lors lui prit un éternûment ;
Sur quoi je lui dis bonnement,
Mais de grand cœur : « Dieu vous contente ! »
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