LA FI A. M MINA CO.M'KE ODETTE
Quoi qu'il en soit, la haute question littéraire se tl'ouvant ainsi réduite à une ({uestion de boutique, par notre ami Sardou, je tiens trop à lui complaire en tout, pour ne point le suivre aussi sur uu nouveau terrain absolument commercial, qui semble plus particulièrement lui agréer (ju'une discussion esthétique des origines d'Odette.
En conséquence, notre différend étant désormais sans objet pour une commission d'hommes de lettres, je vais retirer la demande d'arbitrage que j'avais déjà lancée ; car, dans notre nouveau cas tout spécial, ces sortes d'affaires se portent devant les tribunaux civils et compétents.
Là-dessus, j'envoje une dernière poignée de main à l'ami Victorien.
Dites-lui que je connais un excellent dentiste,
A vous et merci.
MaMIO L'CIIAIII).
Sic vos non vobis melliQcatis, apes.
Sic vos non vobis vellera fertis, oves. ( V. Sardou.]
Le différend est donc clairement exposé ; d'une part, dans mes lettres courtoises envers le confrère; d'autre part dans la très spirituelle réponse de mon ami Sardou, trop courte (mais toute entière de lui) et qui ne porte pas du tout la question dans les nuages,., en attendant que le Tribunal civil, devant lequel j'ai évoqué l'affaire, tranche enfin le fait précis de propriété littéraire d'un si haut intérêt pour tous. Si, dans le cliquetis de nos deux plumes, quelques malices ont montré leurs pointes, la discussion est restée et restera, je le déclare d'avance, dans le ton académique d'une passe d'armes littéraire, entre deux confrères cjui s'estiment ce qu'ils valent. Gela soit dit pour répondre à un tas de lettres que j'ai reçues, sur des faits qui ne sauraient entrer dans ce débat.
Ce qui frappe tout d'abord dans ce simple début
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de polémique, c'est l'explosion à laquelle il a donné lieu. Dans le public, dans la presse française et même étrangère, ça. été comme une traînée de poudre ; et l'on a rarement vu pareil bruit, à propos d'une concordance de sujets. On dirait d'un édifice trop chargé qui s'écroule à la fin sous le poids d'un fétu.
Il n'est point un journal qui n'ait parlé de l'affaire; il n'en est guère qui n'ait pris parti pour moi. Avec un auteur du talent de Sardou, il y aurait certes là de quoi s'étonner, si chacun ne citait en niAme temps, h propos de presque toutes ses pièces, de pareils faits de rencontre qui. par leur succession, deviennent au moins bizarres. Il semble, à vrai dire, qu'un mauvais guignon le poursuive... Et l'on en est d'autant plus surpris, que pareille disgrâce n'est jamais arrivée ni à Augier, ni à Feuillet, ni à Dumas, ni à tant d'autres, qui, plus jaloux peut-être de fleurir leur renom que de moissonner des droits d'auteur, et préférant sans doute s'exercer sur des sujets tout neufs, ne signent point deux traités par an, pour la fourniture de deux théâtres à la fois.
« Le temps n'épargne pas ce que l'on fait sans lui. » (V. Sardou.)
D'une trop grande avidité de gloire, servie par une activité dévorante, est-il résulté, pour l'éminent académicien, celle suite d'inadvertances dans le choix un peu hâtif des matières premières qu'il emploie pour assurer ses succès ?.. Tant il y n que l'heureux et fécond auteur d'un si grand nombre d'œuvres applaudies a toujours cette malchance singulière: que l'on rappelle quelque pièce d'un de ses confrères, à chacun de ses produits.
Explique qui voudra celte déveine.
Les faits énoncés, entrons dans ce subtil débat, auquel les polémiques ont donné une portée si sérieuse et si inattendue, et qu'il faut examiner sous tous les points de vue suivants:
i" La Question philosophique et esthétique ; 2" La Propriété littéraire ; 3*> La Question industrielle ; A" Nos Traités internationaux ;
Dans un de ses remarquables articles du lundi, la question philosophique a été fort nettement posée, par Sarcey, sous le point de vue très formel des libres franchises do la pensée.
X II en est des idées une fois lancées dans la )i circulation, comme de la lumière du soleil, » écrit- il ; elles appartiennent à tous ; tous ont le
» même droit de s'en servir. Le tout est de leur » donner une forme particulière. «
{ Le Temps;, 5 décembre. )
A coup sûr, l'opinion de Sarcey est une opinion considérable, et, depuis Voltaire, jamais diseur de vérités n'a plus élargi le terrain de la pensée. Hérissé dans son bon sens gaulois, chaque matin, il se rue comme un sanglier farouche à travers les broussailles des abus, des préjugés et de la sottise, et il fait sa trouée, sans souci de la meute des impuissants, des imbéciles ou des hypocrites qu'il laisse décousus dans les halliers. Pour lui, les produits de la pensée sont « l'air et la lumière des intelligences ». Henri Fouquier et Weiss (à qui je demande la permission de ne pas éci'ire: monsieur) sont très carrément de son avis...
Selon leur doctrine d'esprits à grandes vues : « Toute œuvre, accroissant le patrimoine de l'humanité, devient de fait un fonds commun... ;;
Quant à moi, loin de contester une proposition aussi évidente, je suis tout prêt à dire avec eux comme Pascal : — « Un auteur qui a fait un ouvrage et qui dit mon lirre, commet une sottise : il doit dire notre livre! . . . »
Mais où je me sépare de Sarcey. de ^Veiss. de
Fouquier, c'est dans les conséquences qu'ils tirent de leurs indiscutables prémices. Il y a l'œuvre, il y a l'auteur ; il y a surtout la question du temps et des réglementations résultant d'un état nouveau dans les productions de l'esprit. Qu'un savant, chimiste ou physicien, découvre une loi naturelle, il ne saurait certes prétendre qu'elle est ù, lui ; mais qu'un Jamii), un Edison en fasse une application quclcon(|uc, il n'en sera plus comme autrefois; une loi est survenue, nécessitée par le progrès. Un bon et sûr brevet lui garantit le fruit de son invention, ou sa part de travail dans l'œuvre commune, et nul n'a le droit de l'en dépouiller.
Est-ce à dire que cette loi soit en désaccord avec les grandes théories sur la solidarité humaine, et que rien soit soustrait du rayon de Prométhée?...
xXe pourrait-on môme trouver l)izarre que ce soit juste à l'heure où l'Univers s'est peuplé de savants, où la science enfin court les rues, que l'on ait songé à restreindre la liberté de chacun, d'user des découvertes de tous ?... Il est bien évident qu'il y a lu, au contraire, un intérêt supérieur h tous les principes, de si haut qu'ils viennent, et qui veut que tout elfort de travail dont profite l'humanité ait son juste loyer, e/ cnnslitue, au profit de l'individu, des droit.'i et une propriété déterminés.
Corbleu ! les fruits de mon verger sont à moi, bien que le soleil qui les a fait mûrir soit à tous !
Pour les fleurs de la littérature, il en est tout autrement. Nul brevet. On a bien essayé de préciser les droits du jardinier par une loi de 1793 ; mais, disons-le, la matière est si subtile qu'il était fort malaisé de définir les procédés de culture, dans ce domaine, d'ailleurs un peu étroit,dont les produits étaient à peine rétribués, sinon par de la gloire. Un directeur de théâtre achetait jadis une bonne pièce .deux ou trois cents écus... Sortis d'un régime oîi un Corneille mourait de faim s'il n'était pensionné, les auteurs ne publiaient alors aucun livre sans un privilège du roi ; la profession d'homme de lettres n'était point même un métier: c'était un malheur... Cependant Lakanal, rapporteur de ce fameux, projet de loi de juillet 1793, sur la Propriété littéraire, s'étonnait qu'une loi positive fût nécessaire à ce sujet. Combattant pied à pied les magnifiques déclamations des philosophes, il obtenait finalement à grand'peinc de faire déclarer : qu'un auteur avait des droits viar/ers sur son œuvre... Une autre loi de 1810 étendait les droits viagers à la veuve, ainsi qu'aux enfants, ou héritiers directs, pour vingt ans. La question, reprise en 1825 et 18:20,
sans plus de succès, puis hardiment défendue de nouveau en 1841 par Lamartine, soulevée encore on 18o4, a abouti à la loi de 1866 qui nous régit: et qui déclare que l'œuvre de Victor Hugo est sa propriété sa vie durant, et celle de ses enfants, pendant cinquante ans après lui... Merci, mon Dieu!
Si hautes que paraissent les théories de Sarcey, de Fouquier, de Weiss, les principaux avocats de mon éminent confrère, la question légale ne serait donc point discutable, en ce qui touche du moins mon droit de propriété temporaire. — Si Edgar Poë, Diderot, Dumas, Rougemont, Hippolyte Romand, Rozicr, Mery, Cli. de Bernard, Andersen, Ancelot... et tant d'autres sont morts, je suis vivant, Sardou peut l'attester. . . II l'atteste, de par sa lettre au Figaro, trop courte... En dénonçant que j'ai évoqué cette affaire « dam l'espoir de faire vendre quelques exemplaires de m,a brochure, » il reconnaît péremptoirement, par cela même, que j'ai vaguement des droits sur mon œuvre. Il ne s'agit donc plus, entre nous, que d'un point de fait.
Oui ou non, a-t-il porté une main téméraire sur mon pommier à moi ?. . .
Sur ce point de fait, (m a lu plus haut l'opinion de Sarcey. Dans son article déjà cité, voilà ce qu'il ajoute : (Le Temps. 5 décembre.)
« On chicane encore Sardou sur les emprunts qu'il a faits ; on rappelle que telle scène vient de Miss Multon, telle situation de la Fiammina...
»Eh ! bon Dieu ! qu'est-ce que cela fait ? Que m'importe à moi, public, que la pièce qui m'amuse vienne de Cliaillot ou de Pontoise? Elle m'amuse ; c'est le point pour moi.
i> Sardou est un emprunteur, soit. Mais il faut croire que cela n'est pas déjà si facile d'emprunter, puisque ni vous ni moi ne le faisons.
» Comment ! il y avait une pièce à faire avec les débris de la Fiammina, une pièce qui pouvait avoir cent représentations, et rapporter cinquante mille francs ; vous le saviez, et vous ne l'avex pas faite 1
» Vous êtes des idiots, mes amis.
» Je vous jure que, moi, si je m'en étais douté, je n'aurais pas été aussi scrupuleux ou aussi bête.
» C'est que le tout n'est pas de ramasser les bouts de cigare de l'osprit des autres; il faut encore posséder l'art d'en faire un nouveau cigare qui vous soit personnel.
» Cela n'est pas facile, quoi que vous en pensiez. »
A Dieu ne plaise que je m'exprime d'une façon aussi délibérée sur un académicien... Sarcey a sa place marquée parmi les Quarante. — On ne sait jamais ce qu'on deviendra... 11 peut en prendre à son aise avec les palmes vertes, en qualifiant un de ses futurs collègues d'un titn» induslrii'I relevant de la Régie.
Sarcey dit encore, à propos Je Dirorçons, et de ce cri : « C'est /// Finmminn ! » arraché an public aussi bien qu'à lui-même :
» Il nous faut de temps à autre des amuseurs au théâtre. Sachons gré aux Sardou quand ils consentent à se faire nos amuseurs ; ne chicanons point notre plaisir; ne boudons point contre notre ventre. »
Voilà cette fois, je pense, notre question déjà réduite à une plus simple expression philosophique.
« Il y avait cinquante mille francs à gagner avec les débris de la Fiammina. »
« Il suffisait, d'un emprunteur de talent qui ne fût ni bote ni scrupuleux. »
C'est le franc régime de la liberté de l'esprit humain, le communisme dans les lettres, appuyé sur la liberté du commerce et de l'industrie.
— Eh ! sans doute ! Sardou a pris votre Fiammina ; mais, puisqu'il vous donne un regain de gloire, de quoi vous plaignez-vous ?
— Eh ! sans doute, il a emprunté lirutm lâche César pour en faire Divorçons ! Mais il l'a emprunté avec tant d'esprit ! . . Rozier est ressuscité dans cette charmante œuvre avec tant d'art, que Brutus lâche César a été tout de suite repris au Gymnase.
— Quoi ! Sardou consentant à se faire amuseur ! — Divorçons, joué plus de trois cents fois, et rapportant plus de cent mille francs de droits d'auteur en France, et peut-être autant à l'étranger!...
Je l'avoue, devant des considérations d'un
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ordre, je me trouvai tout d'abord si désarmé que, avec cette étourderie prime-sautière que mou éminent ami Sardou me reproche, et presque converti à un aussi prolitable système , j'entrevis tout aussitôt, pour moi-même, la plus merveilleuse idée de fortune... Chauvin avec ardeur, je l'ai déjà dit autre part, je me représentai tout à coup le bonheur de la France, et le mien, dans ce métier de ramasseur de bouts de cigares de l'esprit des autres... Je m'élevais d'un seul bond à la gloire la plus sûre... Trônant soiis la coupole de l'Institut et de l'Académie des sciences morales et politiques, et des Inscriptions et Belles-lettres... Dieu! la belle invention! m'écriai-je...
Et, de fait, elle l'était. — Qu'on en juge.
— Si jamais idée lancée dans la circulation appartient à tout le monde, me dis-je, c'est à coup sûr celle qui surgit, chaque matin, de la polémique sur la question du jour en travail ou en discussion I... Bon!... Au lieu de chercher à vendre quelques exemplaires de la Fiammina (qui, du reste, appartient à Lévy), je songe qu'About a écrit le Progrès, un chef-d'œuvre de bon sens et de logique, même à côté de l'Homme aux quarante ccus, et qui devrait faire le fonds de toute bibliothèque populaire... De là à rassembler tous les articles de
Sarcey pour faire suite au Progrés, en trois ou quatre volumes, il n'y a qu'un pas. . . Je médite une préface, une introduction toute entière de moi, que je lais suivre d'une centaine d'articles de « Çà et là... » au moyen desquels je réveille mille jolies choses ensommeillées dans l'oubli, des grâces de style incomparables, mêlées à des pensées viriles, à des éclats de vérité terrifiants comme des coups de tonnerre... Je procure à leur auteur un regain de gloire, que je perpétue, et qui va rester gravé « œre perennius... »
Je parle à Sarcey de ce projet admirable...
— Oh ! halte-là! dit-il, il y a dans tout cela ma forme, mon esprit, mon style, mon travail déplume. Ijibrc à vous ae reprendre les mêmes thèses ; mais donnez-vous la peine de les rédiger autrement!...
J'étais parti dans un superbe rêve, le coup me fut sensible. Tout surpris d'être collé au mur du premier mol, j'en demeurai fort interloqué. — Sardou d'un coté, Sarcey de l'autre. — Comment me tirer d'un aussi mauvais pas?... Sarcey, trop soigneux de .ses bouts de cigares, et refusant ce regain de gloire dont il me félicite d'être gratilié...
Mais, par bonheur, une autre idée de grand voJ, et non moins admirable^ me vint.
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La voici daas toute son iiigciiuité.
La brutale réponse de Sarcey a etlectivenient quelque apparence de raison, pensai-je : en ce qui recjarde son style et son travail de plume. Mais il y a tout lieu de supposer que, cette loyale restriction formulée, nous sommes d'accord sur le surplus. A savoir que, son style réservé, les idées jetées dans la circulation par lui sont devenues notre patrimoine commun. Or, j'estime que nous manquons d'un ouvrage de grande autorité sur le théâtre contemporain, et qu'il serait d'un intérêt supérieur d'ériger en corps de doctrines ses enseignements, épars dans des feuilletons impossibles à retrouver par nos neveux. Je vais donc exhumer tous ceux qu'il a écrits depuis vingt ans, et, armé de quelques secrétaires habiles, qui les transcriront dans une langue à leur usage (laquelle n'aura certes rien de la langue de Sarcey), je doterai mon pays d'un bel ouvrage didactique complet...
Mais ici, nouvelle déconvenue.
— Eh ! bien, et mon esprit, reprend Sarcey, et mon érudition, et mon jugement, et mon goût, formés par quarante ans d'études et de travail?... — Et ces aperçus critiques de letlré lin et délirai, que je suis le seul à avoir jamais formulés, et que je ne dois qu'i\ des aptitudes spéciales, à tout un la-
beur acharné de lectures, de compilations d'auteurs, de livres et de textes?... Sans compter que je compte publier tout cela moi-même un jour...
— Mais Sarcey, Fouquier et Weiss m'ont affreusement égaré, m'écriai-jc, destitué de toutes mes illusions... Ou plutôt, propriétaires sans le savoir, le vrai point d'esthétique qu'ils établissent entre nous : c'est qu'ils n'accordent pas aux œuvres d'imagination pure, qui résultent d'un travail d'invention, le même privilège qu'aux travaux d'érudition.
Ce point acquis, la question avait déjà fait un grand pas, et il ne me restait plus qu'à discuter mon cas philosophique particulier. J'y viens.
Certes, au point de vue industriel, et au grand plaisir de la gaieté française, ainsi que l'écrit Sarcey, il faut savoir gré à mon éminent confrère Sardou d'occuper à la fois deux théâtres... ou plutôt trois, puisque Divorçons nous a valu aussi « Brutus lâche César « au Gymnase. . . Je pourrais presque ajouter : qu'il en eût même occupé quatre!., si, moins soucieux des droits d'auteur que de l'exécution de mon œuvre, j'avais consenti à accepter les offres d'un directeur, pour une reprise immédiate de ma Fiammina, que je préfère .,. garder au Théâtre Français. Certes, on ne peut ^| nue remercier l'illustre académicien se faisant amu-
seiir, et l'on ne sait vraiment ce qu'il faut le plus louer, ou la souplesse de ce talent, ou cette fécondité surprenante... Seulement, c'est précisément devant cette fécondité, si remarquablement ingénieuse, que se dresse, à chacune de ses pièces, cette diable de question, toujours la même, de la propriété littéraire si diversement interprétée aujourd'hui.
Mais, après avoir cité le sentiment de Sarcey, de Fouquier et de Weiss, je crois qu'il serait injuste de passer outre, sans faire appel aux lumières de notre éminent ami Sardou lui-même, pour éclairer cette partie toute philosophique du débat. Vice-président de la commission des Auteurs dramatiques, au sein de laquelle, à très juste titre, sa réputation d'homme d'affaires consommé, et ses profondes connaissances en fait d'adaptation sont reconnues; mêlé enfin, je l'ai déjà dit, à cotte importante discussion des traités que personne n'entend mieux que lui, c'est surtout lui qu'il faut citer, sous peine de manquer aux égards et à la gratitude qui lui sont dus.
Sur cette fameuse question de propriété littéraire, Sardou a-t-il une opinion?
On peut répondre tout de suite qu'il en a deux :
— Une pour ses confrères ;
— Une pour l'étranger.
La première, toute esthétique, mais chez lui
non platonique, est déduilo tout au long dans sa préface des Pommes du voisin, en réponse à l'accusalion de plagiat qui lui était alors intentée par la Commission de la Société des gens de lettres.
Se fondant sur l'exemple de Molière « qui avait emprunté l'Avare de Plante », et s'appuyant déjà sur le libéralisme des idées; il s'exprimait ainsi :
« Il ne me serait pas difiîcile, écrit-il, d'établir que le droit de l'auteur dramatique à s'inspirer des sujets traités avant lui sous une autre forme littéraire, est consacré par l'usage de tous les temps. )\
<(. Je répéterais, une fois encore, ajoute-t-il, ce que j'ai déjà dit: que les plus grands maîtres de tous les temps n'ojit pas eu de procédé plus fréquent que celui de l'emprunt.., »
L'emprunt ici, c'était un roman,
(]ctlo première opinion, également très considérable de l'auteur de Divorçons et d'Odette est restée son opinion pour la France.
L'autre a trait à l'exporlaLion, et, ainsi qu'on va le voir, elle n'est pas moins absolue.
Dès qu'une œuvre est sortie de sa plume, bien et duement revêtue de sa marque d'estampille : toute adaptation de son sujet devient alors un délit pendable... Et voici comme il instrumente.
Dans 1(! <'as que nous citons : M. Mortimer. au-
LA FIAMMINA CONTRE ODETTE 'il
teur anglais de mérite, cl Uirecleiir du Londoii Figaro, a fait une pièce tiï'ée de la Papillonne... Deux lettres adressées par Sardou (qui tenait à considérer ladite pièce comme traduite) au Fiqaro de Paris, et publiées dans le n° du 20 juin dernier, dénoncent ainsi le méfait.
« Marly, ce 10 juin 1881.
» Mon cher ÎMagnard,
Un sieur Mortimer, profitant de ce que la Pa]yillonne est imprimée, Ta traduite et fait jouer au Criterion Thoater de Londres, sous le titre de Buttcrflii Fever, sans mon agrément, bien entendu. Le plus joli, c"est que raifiche ne porte même pas mon nom. J'ai écrit à M.Wyndham, directeur de ce théâtre, pour protester ot réclamer mes droits. M. Wyndham, qui était ici, l'année dernière, déblatérant contre la « piraterie anglaise » et nous proposant l'achat do nos pièces dans les prix doux, n'a pas daigné me répondre. J'ai adressé alors au Dailij News une lettre qui dénonçait le fait à la Presse anglaise. M. Mortimer a essayé de répondre, mais il l'a fait si piteusement que le Daihi .\eirs n'a pas jugé à propos de publier sa réplique.
J'écris de nouveau au journal anglais, et je prie \e Fiqaro de vouloir bion insérer cette seconde lettre, car il ne s'agit pas de mon intérêt particulier, mais de notre intérêt à /oks, et, la Presse anglaise ayant pris maintes fois la défense de nos droits outrageusement mrcoîinus en Angleterre, il est bon (jue les jour-
nalistes de Londres se sentent appuyés dans cette campagne par leurs confrères de Paris.
Merci d'avance au FUjaro, et à vous bonne poignée de main.