I. Salaa
aussi coupable d'impiété que les Juifs et les Sarrasins mécréants; il savait aussi que la crainte de la mort et les tortures qu'on-leur faisait subir avaient souvent forcé de vieilles femmes pauvres et infirmes à se déclarer sorcières; que cet aveu d'un crime imagfnaire a, ait servi de motif à ces condamnations aussi absurdes que cruelles qui firent la honte des tribunaux d'Ecosse pendant le dix-septième siècle. Mais l'apparition réelle ou imaginaire qu'il avait eue dans cette matinée lui avait rempli l'esprit d'idées superstitieuses qu'il s'efforçait en vain d'en bannir. La nature de l'affaire qui le conduisait à l'enseigne de la Tanière du Renard, où il ne tarda pas à arriver, n'était pas trèspropre à les dissiper.
Il s'informa de la demeure de Mortsheugh, chargé du soin du cim& tière appelé V Ermitage, où devaient être déposés les restes d'Alix; et , ayant appris que sa maison était mitoyenne avec les murs de ce champ de repos, il en prit le chemin. Ce cimetière était situé entre deux montagnes, dans une petite et étroite vallée, arrosée par un ruisseau d'eau limpide sortant d'un rocher sous lequel la nature avait creusé une grotte à laquelle l'art avait ensuite donné intérieurement la fûi-me d'une croix. C'était l'ermitage où quelque Saxon avait fait pénitence dans des siècles bien éloignés, et qui avait donné à ce lieu le nom qu'il portait encore. Plus récemment , la riche abbaye de Coltiingham avait i^tabli une chapelle dans cet endroit ; mais il n'en restait d'autres vestiges que le cimetière qui l'entourait , et qui servait encore pour ceux qui de leur vivant avaient témoigné le désir d'y être enterrés. Quelques ifs solitaires croissaient dans cette enceinte sacrée. Là avaient été ensevelis autrefois nombre de guerriers illustres et de nobles barons; mais leurs noms étaient oubliés, et leurs monuments détruits, tandis qu'on voyait debout la pierre grossièrement taillée qni marque la sépulture des personnes d'une condition inférieure.
La demeure du bedeau était une chaumière appuyée sur le mur du cimetière , et si basse que le toit qui la couvrait touchait presque à terre des deux côtés. Ce toit avait été couvert en chaume : mais ce chaume avec le temps était devenu un terreau fertile qui nourrissait de nombreuses familles de pariétaires , de joubarbes et, d'herbes de tout'^' espèce , de sorte qu'au premier coup d'œil on aurait cru que c'était un tertre funèbre. Ravenswood frappa à la porte, et apprit que le bedeau était en ce moment à une noce , car aux fonctions de ménétrier il réunissait celles de fossoyeur. Il retourna donc à la Tanière du Renard, après avoir averti qu'il reviendrait le lendemain parler à
l'homme dont le double métier le rendait également utile dans la maison de deuil et dans celle des fêtes.
Un courrier du marquis arriva à l'auberge quelques instants aprcs pour prévenir Ravenswood que son maître ne pourrait venir le joindre que le lendemain malin; et Edgar, qui sans cette circonstance serait retourné dans sa tour de Wolfcrag, prit le parti de rester dans l'auberge pour y attendre son noble parent.