Place des exàtulions à Édimbouig
par de nouvelles libations. Le comte fut le premier à se lever de table, et prétextant la fatigue du voyage , il demanda à se retirer plus tôt que ce n'était ia coutume au château. Le capitaine en fit autant, quoique avec quelque regret ; car parmi les habitudes qu'il avait contractées dans les Pays-Bas , il comptait celle de pouvoir boire une quantité prodigieuse de bière, de vin et de liqueurs spiritueuses , sans s'en trouver incommodé.
Mac-Aulay conduisit lui-même ses hôtes dans une sorte de dortoÎL^ en forme de galerie. 11 s'y trouvait un lit à quatre colonnes , garni de rideaux de tartan ^ et le mur , dans toute sa longueur , offrait une suite de lits formés par des planches jointes ensemble en forme de caisse, dont trois remplis de bruyère fraîche , et garnis de draps et de couvertures, avaient été préparés pour le capitaine et les deux domestiques du comte.
— Je n'ai pas besoin de vous instruire de nos usages , dit Mac- Aulay à lord Menteith après l'avoir tiré à part. Je n'aurais pas dû faire coucher vos domestiques dans votre chambre, mais je n'ai pas voulu vous laisser seul avec ce vagabond allemand que personne ne connaît. Sur ma foi , Milord , dans le temps où nous vivons , tel qui se couche avec le gosier sain et entier peut l'avoir le lendemain matin échancré et béant comme une huître.
". • — Je vous remercie , lui dit lord Menteith, vous avez arrangé les choses précisément comme je le désirais. Ce n'est pas que je croie avoir la moindre violence à craindre du capitaine Dalgetty; mais Anderson a toute ma confiance j c'est une espèce de gentilhomme, et j'aime à l'avoir toujours près de moi.
— Je n'ai pas remarqué cet Anderson , dit Mac-Aulay. L'avez-vous pris à votre service en Angleterre ?
— Oui, répondit le comte : au surplus vous le verrez demain; en attendant, je vous souhaite une bonne nuit.
Mac-Aulay lui serra la main , et se tourna vers le capitaine pour lui faire le compliment d'usage en le quittant. Mais celui-ci avait trouvé sur une table un pot d'eau-de-vie qui attirait toute son attention; et le laird , ne voulant pas le troubler dans cette louable occupation, se retira sans rjérémonie.
Les deux domestiques de lord Menteith arrivèrent à l'instant où Mac- Aulay venait de se retirer. Le vaillant capitaine , un peu surchargé de bonne chère, éprouva quelque difficulté pour détacher les agrafes de son armure, et adressa à Anderson les paroles suivantes, enirecoupéss de quehpcs hoquets.
— Anderson, mon bon ami, vous pouvez lire dans l'Écriture que celui qui ôte son armure ne doit pas se glorifier autant que celui qui la met. Je ne crois pas que ce soit le véritable mot d'ordre. Mais la vérité est qu'il faudra que je dorme dans ma cuirasse , comme l'ont fait tant d'honnêtes gens qui ne se sont jamais réveillés, à moins que voiis ne puissiez me desserrer cette boucle.
— Détachez son armure , Sibbald , dit Anderson à l'autre domestique.
— De par saint André? s'écria le capitaine en regardant lord Menteithd'unairde surprise, voilà un plaisant drôle! Un gaillard qui porte la livrée, et qui gagne peut-être quatre livres par an, se croit trop grand seigneur pour servir le ritmeister Dugald Dalgetty de Drumlhwacket, qui a fait ses humanités au collège de Mareschal à Aberdeen, et qui a servi presque tous les princes de l'Europe !
— Capitaine, dit le comte, qui semblait toujours destiné à jouer le rôle de pacificateur, il faut que vous sachiez qu'il est convenu qu'Anderson ne doit servir que moi. Mais j'aiderai moi-même Sibbald avec plaisir à détacher votre armure.
— Non , Milord , s'écria Dalgetty, je ne souffrirai pas que vous preniez cette peine; et cependant il n'y aurait pas de mal à ce que vous apprissiez comment on peut mettre et ôter une bonne armure. La mienne me va comme un gant. Je puis y entrer et en sortir avec la plus grande aisance. Seulement ce soir, quoique je ne sois pas ebrius , je me trouve, suivant la phrase classique, vinoque ciboque gravatus^
Pendant ce temps Sibbald l'avait débarrassé de ses armes, et il était devant le feu à réfléchir avec une gravité d'ivrogne , sur les divers événements de la soirée. Le caractère d'Allan Mac-Aulay était ce qui l'occupait le plus. — Il n'est pourtant pas maladroit, dit-il : remplacer six chandeliers d'argent par douze grands gaillards sans culottes, c'est une bonne ruse de guerre , un excellent tour de passe-passe I et avec cela être fou : j'ai besoin d'y réfléchir encore, Milord, et, malgré l'honneur qu'il a d'être parent de Votre Seigneurie, il faut que j'examine si une canne peut réparer suffisamment l'insulte qu'il m'a faite , ou Si je dois lui proposer les armes d'une personne raisonnable.
— Quoiqu'il soit un peu tard, répondit lord Menteith, si vous voulez écouter une assez longue histoire , je vous ferai voir t;ue les circonstances de la naissance d'Allan suffisent seules pour expliquer son caractère singulier, et vous conviendrez que vous ne devez exiger de lui aucune espèce de satisfaction.