‹ La fièvre jaune à la HavaneChapitre 2 sur 4 · DE · texte numérisé non relu

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La constitution atmosphérique, l'électricité, la chaleur, l'humidité et les vents régnants influent sur la fièvre jaune et déterminent la forme de l'épidémie. Lorsque l'atmosphère est chargée d'électricité, que le temps est sec et que les vents du sud régnent avec constance, le type continu à forme cérébrale sera le type prédominant, les cas seront de courte durée, l'invasion violente ; on observera souvent, ou presque toujours, les battements du tronc cœliaque, le délire aigu, le vomissement noir incurable et comparativement peu d'hémorrhagies.

Lorsque au contraire les pluies seront abondantes, qu'il y aura variation fréquente de température, vents du sud-est et pluies de longue durée, les types rémittent et intermittent prévaudront et se présenteront avec la forme typhoïde abdominale, beaucoup d'hémorrhagies et une marche de la maladie moins violente.

J'ai eu bien souvent l'occasion de vérifier l'observation faite par mon père, à savoir que la fièvre jaune avait une recrudescence régulière toutes les quatre ou cinq années, et c'est elle qui m'a fait prévoir et prédire que l'épidémie actuelle (1862) serait grave et de longue durée, comme l'avait été celle de 1857 qui commença au mois de juin 1857 et ne finit qu'en mars 1858.

Pas un seul cas de fièvre jaune ne s'était présenté encore

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avant le 16 mai, malgré les pluies abondantes et persistantes qui avaient devancé cette année leur époque habituelle; toutes les fois qu'elles commençaient avec la lune, elles continuaient jusqu'à son dernier quartier, de telle sorte que nous avons vécu dans une atmosphère constamment imprégnée d'humidité. Dans les rares intervalles de ces pluies, la chaleur du soleil était suffocante, tandis que la température des nuits était au contraire fraîche; d'autre part, l'influence de la lune a été très- forte ; j'ai observé plusieurs cas d'hémiplégie causée par son action. Les vents du sud-est et du nord-est ont constamment alterné. Celui du sud a été l'exception; aussi pouvait-on prévoir que le type rémittent prédominerait, ce qui a eu lieu en effet, car c'est lui que nous avons eu le plus souvent occasion d'observer.

La guerre civile des États-Unis a amené dans notre port un plus grand nombre de navires européens que de coutume, et par suite de la stagnation des affaires au mois de juin, il est résulté une agglomération qu'on n'avait pas vue jusqu'alors. Aussi, lorsque au commencement de ce mois nous eûmes six jours de pluie consécutifs, avec chaleur et vents du sud-est, nous dûmes craindre une épidémie désastreuse qui malheureusement ne larda pas à éclater.

Pendant le mois de juin, je reçus à la maison de santé 491 malades dont 394 de fièvre jaune sur lesquels 38 décès. L'épidémie a continué depuis avec la même intensité comparative, car si le nombre des entrées a diminué, cela n'a été que par suite de la diminution du nombre des navires. La constitution atmosphérique est aujourd'hui encore la même, la température s'est un peu modérée par suite du changement de saison, mais les pluies, les orages continuent de même, ainsi que les variations brusques de température (hier, 14 octobre, le thermomètre centigrade marquait 31o,40 entre 1 et 3 heures, et 22 entre 3 et 5 heures, c'est-à-dire neuf degrés de différence). Les vents du sud-

est prédominent. L'unique variation observée jusqu'à présent dans la marche de la maladie est qu'elle a adopté le type plus franchement intermittent, ce qui a toujours lieu au mois d'octobre quand elle est épidémique (remarque que fait mon père dans ses notes); aussi je ne crains pas d'annoncer qu'à moins d'un changement violent dans l'état atmosphérique actuel, nous aurons la maladie pendant tout l'hiver.

L'entrée à la maison de santé avec le peu de navires qu'il y a dans le port a été, du 1er juin au 15 octobre, de 1285 malades dont 1107 de fièvre jaune sur lesquels 196 décès.

Le type prédominant pendant cette épidémie a été le type rémittent : nous avons eu deux cas de type continu en ville, avec forme cérébrale et qui se terminèrent fatalement; à la maison de santé nous n'en avons reçu que 7 sur le chilTre total de malades dont 5 décès. Les symptômes de l'invasion ont été excessivement variables, mais le début par frissons plus ou moins généraux et partiels a été le plus commun. Dans très-peu de cas, les maux de tête et la chaleur générale ont commencé la scène morbide, et encore quelquefois les malades ont-ils ressenti des frissons partiels après les premières vingt-quatre heures d'invasion. Le froid et la chaleur alternant se sont présentés quelquefois. Dans quatorze cas, la fièvre a commencé par des frissons convulsifs qui ne le cédaient en rien au plus violent accès de fièvre intermittente. Généralement la rémission des symptômes ne s'est pas fait attendre longtemps, souvent après les premières vingtquatre heures, plus communément après les quarante-huit, nous avons pu l'observer; dans quelques cas rares, elle a eu lieu au troisième jour ; les cas continus ont été les exceptions. Nous avons eu beaucoup de fièvres d'acclimatement, mais les navires restant longtemps dans le port, les malades ont eu des rechutes et quelques-uns sont morts ensuite de vomissement noir.

Ce symptôme a été très-commun et cependant nous en

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avons sauvé relativement plus que les autres années. Il s'est présenté peu de jaunisses. Le battement du tronc cœliaque a été rarement observé, et cela devait être, car il accompagne le plus souvent le type continu. Les hémorrhagies ont été à l'ordre du jour, nous en avons vu peu de générales. Celles qui ont paru le plus souvent ont été les nasales, les buccales et les gengivales, parfois les anales, deux fois le pissement de sang. Les péléchies, les ecchymoses ont été observées en plus grand nombre que d'habitude, et ce qui a été excessivement commun, ce sont les parotides; nous en avons eu 56 cas dont 3 décès, et nous en avons en ce moment 4 cas sur 22 malades. Enfin nous avons pu observer 4 cas de gangrène spontanée, tous mortels.

Le développement de la maladie a été lent, sa durée moyenne de huit à dix jours; nous avons eu des malades d'une convalescence traînante qui a duré des mois entiers. Le plus fort de l'épidémie a été aux mois de juin et de juillet parce qu'un grand nombre de navires sont restés très-longtemps à attendre leur chargement, et quoique aujourd'hui le chiffre en soit moindre, l'intensité est toujours la même. Le type rémittent qui a prédominé paraît depuis quelques jours devoir céder sa place à l'intermittent. La maladie a sévi davantage dans la baie à bord des navires qu'à terre, où elle a été moindre que d'autres années.

Les malades ont été traités par l'ipéca lorsqu'il était indiqué dès le début, et lorsqu'il ne l'était pas, nous avons employé les purgatifs, et de préférence le sulfate de magnésie avec addition de nitrate de potasse. Lorsque les malades se sont présentés après la période d'invasion, nous avons fait usage de l'huile de ricin à doses répétées. Le calomel nous a été aussi très-utile dans certains cas où la congestion cérébrale prédominait, et dans d'autres où la rémission delà lièvre se faisait longtemps attendre. Le sulfate de quinine nous a donné des résultats merveilleux dans tous les cas qui

ont débuté par des frissons, mais comme d'habitude nous nous sommes bien gardé de l'administrer lorsque la rémission n'était pas tranche. Nous l'avons prescrit en moyenne à la dose de vingt grains, et dans des cas où nous avons voulu essayer une moindre dose nous n'avons pas si bien réussi. Nous avons eu beaucoup de cas de vomissement noir, dans lesquels nous avons derechef vérifié et avons corroboré l'action salutaire de l'acide arsénieux. C'est un précieux médicament, et après avoir lu le mémoire si intéressant de M. A. Imbert-Gourbeyre, dans la Gazette médicale du 18 janvier 1862, nous ne craignons plus de dire que nous employons maintenant l'arsenic à la troisième trituration e^ que nous nous en trouvons mieux encore que de la solution dont nous faisions précédemment usage.

Je ne puis donc assez insister pour engager mes collègues à faire l'essai de cette préparation dont les résultats sont parfois surprenants.

Lorsque la fièvre ayant duré au delà du troisième jour, nous avons reconnu que nous avions affaire au type continu, nous avons eu à nous louer de l'emploi de la poudre de digitale et de nitre, administrée de deux en deux heures jusqu'à l'abaissement du pouls.

Lorsque le pouls s'est montré dès le début fort et plein, et s'est maintenu tel, nous nous sommes adressé aux teintures d'aconit et de belladone. A cause des hémorrhagies que la constitution atmosphérique nous faisait prévoir et à cause de la forme typhoïde, nous avons été très-sobre d'émissions sanguines dès le début; dans quelques cas nous n'en avons pas fait du tout et en général nous n'avons appliqué les ventouses que dans les cas réellement congestifs, et nous avons par contre fait grand usage de la teinture d'aconit alternée avec celle de belladone, indications que nous ne saurions trop vivement recommander.

Nous avons combattu les hémorrhagies locales avec suc-

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cès par le tannin, et lorsqu'elles menaçaient de devenir générales, le fer nous a été d'un grand secours, donné à l'état de perchlorure de fer mais à petites doses souvent répétées. Gomme la marche de la maladie a été lente, puisqu'en terme moyen elle a duré de huit à dix jours, aussitôt que l'estomac a pu le supporter, nous avons permis le bouillon de poulet, d'abord par cuillerées pour soutenir les forces de nos malades, et plus tard en plus grande quantité, à mesure que nous jugions l'estomac plus apte à le digérer. Nous procédions de même à l'égard du vin rouge, ne le donnant aussi que par cuillerées, car nous avons eu des convalescences excessivement longues et pénibles.

Il nous est souvent arrivé d'arrêter les vomissements à leur début par une diète absolue, et en prohibant toute autre boisson qu'une cuillerée de solution de bicarbonate de soude toutes les heures, ne permettant pour calmer la soif que de petits morceaux de glace de la grosseur d'une noisette, de quart-d'heure en quart-d'heure. Les, douleurs de l'estomac étaient combattues : extérieurement parles fomentations froides d'alcool camphré belladonisé et lorsque cellesci ne suffisaient point, par l'application d'un vésicatoire que je laissais suppurer; intérieurement, par la teinture de noix vomique seule ou alternée avec le bicarbonate de soude où l'arsenic Lorsque, malgré cela, le vomissement noir bilieux s'est présenté, ce qui est arrivé souvent, nous avons fait usage du calomel à la dose de deux grains, souvent répétée, alternée avec la noix vomique et en aidant à l'action de ces médicaments par les lavements émollients. Lorsque les vomissements étaient formés de sang et qu'ils n'avaient pas encore la couleur de marc de café, nous en avons le plus souvent triomphé à l'aide de L'acide arsénieux, soit seul, soit alterné avec la teinture de noix vomique.

Les parotides ont été comme toujours une complication très-gênante, mais dont nous sommes venus à bout par le

traitement suivant : aussitôt que le malade ressentait la première douleur locale, nous pratiquions loco dolenti un badigeon de teinture d'iode à son plus haut degré de concentration, plusieurs fois par jour, et laissé exposé à l'air sans autre topique, tandis que nous prescrivions à l'intérieur une goutte de perchlorure de fer donnée trois fois par jour dans une cuillerée d'eau. A peu près dans le tiers des cas, la guérison s'est faite par résolution, dans les autres par suppuration, mais dans aucun cas, je n'ai prescrit ni sangsues, ni cataplasmes, ni bains, m'en tenant uniquement à la teinture d'iode; enfin lorsque l'abcès s'ouvrait, ce qui arrivait généralement au bout des huit jours, soit par le conduit auditif soit à l'extérieur, je le faisais laver toutes les trois heures avec une décoction aromatique de camomille tiède tout en continuant l'application de l'iode.

Dans les quatre cas de gangrène spontanée, j'ai eu le chagrin de ne pouvoir pas sauver un seul malade ; mais je crois , ou plutôt je suis convaincu qu'aucun autre médecin, à ma place, n'eût été plus heureux.

Tel a donc été notre traitement cette année, et sur le chiffre total des entrées nous avons perdu 17 4/2 pour cent. Si on fait attention que dans ce nombre sont compris tous les malades, même ceux qui sont entrés mourants, on conviendra que nous sommes parvenu à réduire la mortalité par la fièvre jaune aux proportions que donne en Europe la fièvre typhoïde.

Encouragé par les résultats que nos confrères de Lisbonne ont obtenu des analyses chimiques, nous nous sommes associé notre frère, chimiste de l'école centrale de Paris, et nous sommes heureux de pouvoir offrir le contingent de nos observations, tant sur l'urine que sur le sang et les vomissements; elles sont loin d'être complètes et nous y travaillons journellement, mais notre désir est de les faire connaître à nos collègues pour exciter les plus jeunes d'entre eux à

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entreprendre ces mêmes expériences, qui ne seront pas alors sans résultat sérieux.

Traitée par l'acide nitrique, l'urine des individus atteints de fièvre jaune ne donne ordinairement de précipité ni le premier ni le second jour; mais au troisième jour, et quelquelois même vers la moitié du second, le réactif commence déjà à déterminer l'apparition d'un nuage blanc qu'on voit flotter entre deux zones de liquide clair. Douze heures après, la même quantité d'acide détermine un précipité floconneux ayant tous les caractères de l'albumine. Quelquefois pourtant ce précipité n'a pas lieu parce que, par suite d'une réaction moléculaire, l'albumine s'est transformée en albuminose, ce qu'on peut vérifier à l'aide d'une solution concentrée de tannin; mais en définitive, il est très-rare que l'acide nitrique ne précipite pas de l'albumine dans l'urine d'un fiévreux, au troisième jour.

Cette observation a une très-grande portée pour le traitement puisqu'on fixe de cette manière les altérations de la seconde période de la maladie, ce que nous ne pouvions pas faire jusqu'à présent.

Avec les appareils de Hamon, de la Sarthe, nous pourrions parfaitement donner les volumes comparatifs de l'albumine; nous en avons parfois trouvé une quantité telle qu'une seule goutte d'acide la faisait précipiter en masse.

En traitant l'urine par une suffisante quantité de sous-acétate de plomb, on obtient un précipité qui varie du blanc au jaune; lequel, filtré, laisse passer un liquide clair, qui traité par l'acide sulfurique pour en éliminer le plomb et filtré de nouveau donne l'urine sans l'urée, la bile, le sang et les autres substances quelle pourrait contenir. Ce dernier liquide traité par la liqueur de Barreswill et chauffé donne souvent le précipité caractéristique du glucose. Ce même liquide examiné dans le polarisateur ou saccharimètre de Clergé donne la mesure exacte de glucose qu'il contient. Ainsi donc, nul doute

que dans certaines circonstances les urines des malades affectés de fièvre jaune ne contiennent du glucose vers la fin de la seconde et pendant la troisième période. Nous ne l'avons jamais trouvé dans la première période et lorsqu'il existe dans les deux autres les malades sont très-gravement atteints. Nous l'avons trouvé parfois chez des malades ou évidemment le foie souffrait, et d'autres fois chez ceux qui avaient des hémorrhagies; enfin, dans deux cas, nous avons pu vérifier la diminution du glucose à mesure que la convalescence devenait plus certaine.

Parfois nous avons trouvé l'albumine et le glucose en quantités égales, et chez d'autres malades le glucose était en moindre ou en plus grande quantité. Chez un malade fort en danger, la présence du glucose nous décida à mettre un vésicatoire sur le foie et ce malade guérit.

En traitant l'urine par le cyanure de potassium, on obtient le précipité bleu de Prusse, caractéristique de la présence du fer. Ce précipité est quelquefois très-abondant, et nous l'avons trouvé surtout chez ceux qui avaient des hémorrhagies : sa présence coexiste d'ailleurs plus souvent avec celle de l'albumine qu'avec celle du glucose. Le fer ne se rencontre jamais à la première période et on le trouve en plus grande quantité chez ceux où le sang est entièrement dilué, dans la période des hémorrhagies.

En même temps que l'albumine nous avons souvent trouvé de la bile dans l'urine où sa présence est dévoilée par la coloration que prend celle-ci en y versant un excès d'acide nitrique. Nous y avons trouvé aussi du sang.

La substance des vomissements a particulièrement été l'objet de nos observations pendant celte épidémie. Nous avons pu vérifier que le vomissement blanc est le plus souvent acide et rougit très-fortement le papier de tournesol; d'où nous concluons que la sensation de brûlure que le malade éprouve à la gorge est bien réellement dû à un surexcès

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de sécrétions des sucs gastrique et pancréatique ; il n'est donc pas étonnant que le bicarbonate de soude et le carbonate de magnésie le fasse disparaître.

Examinant la substance du vomissement noir, nous avons constaté que quelquefois il était formé de bile adultérée par un excès de suc gastrique; agité avec une grande quantité d'eau il la teint en vert, et ce même liquide, qui donnait une réaction acide, se trouve être alcalin lorsqu'il est entièrement pur; c'est cette espèce de vomissement qui est combattue avec succès par le calomel.

Le liquide du vomissement noir, couleur marc de café, est le plus souvent acide. L'ayant traité par la liqueur de Barreswill, comme nous avions l'ait de l'urine, nous y avons trouvé par deux fois du glucose; la première fois que nous le découvrîmes, nous avons craint que cette réaction ne fût due à du thé sucré, et cependant nous avons de nouveau retrouvé le glucose dans la substance contenue dans l'estomac, même après la mort.

Outre le glucose nous avons trouvé dans ce liquide, et d'une manière beaucoup plus constante, une très-grande proportion de fer,, ce qui est tout naturel, puisqu'il contient du sang altéré.

Le sang examiné dans le courant de la maladie nous a donné les résultats suivants : dans la première période, coagulation presque instantanée, augmentation relative de la fibrine que nous obtenions en moins de vingt minutes de fouettage, le caillot étant dur, difficilement déchirable. Dans la deuxième période, le caillot était petit, n'occupant que le centre du vase, se déchirant avec une très-grande facilité; sérum en proportion relativement beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire, couleur de sanie, d'une saveur très-salée, contenant une quantité énorme d'albumine, beaucoup plus grande qu'à la première période, et au contraire une quantité de fibrine beaucoup moindre. Dans la dernière période.

après trente-six heures de repos, il s'est formé quelquefois une masse molle, gélatineuse, sans cohésion, se déchirant avec une très -grande facilité; le sérum en très -grande abondance, couleur d'eau de lavage de viande, odeur putride, contenant une proportion incroyable d'albumine. Le même volume de sérum examiné dans la première et dans la dernière période nous a donné un tiers de plus d'albumine dans la dernière que dans la première. Le sang, dans cette dernière période, battu pendant plus de six heures ne nous a pas donné trace de la fibrine. Ainsi donc et pour nous résumer : dans le commencement de la maladie augmentation relative de la fibrine, dans la dernière période, absence presque complète de fibrine et augmentation proportionnelle énorme d'albumine; le sang des hémorrhagies dans cette période ne se coagule point.

Dans les autopsies nous avons souvent trouvé le sang couleur de lie de vin, quelquefois formant dans le cœur une masse ressemblant à de la gelée; ce sang battu ne nous a pas donné de fibrine, et dissous dans une suffisante quantité d'eau, il nous donnait des quantités immenses d'albumine : le sang que nous avons trouvé dans la rate nous offrait les mêmes caractères. Plusieurs fois nous avons trouvé qu'en coupant la rate par tranches transversales il en sortait une grande quantité de corpuscules blancs qui n'étaient, pensons-nous, que les globules blancs; mais nous ne pouvons pas encore publier à cet égard nos observations microscopiques qui feront le sujet d'un mémoire à part, de même que les analyses chimiques de l'air atmosphérique à diverses époques de l'année et surtout pendant l'épidémie et dans les lieux où elle a sévi le plus.

Nous avons malheureusement eu cette année l'occasion de faire beaucoupd'autopsiesetnous avons pu vérifier ce que nous savions déjà : les ganglions du plexus solaire et sémilunaire sont toujours plus ou moins lésés, quelquefois d'une couleur

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tout à fait foncée et se laissant facilement écraser entre ies doigts. Le cerveau nous a bien rarement montré d'altérations, nous avons dans plusieurs cas trouvé des accumulations de liquide dans les enveloppes du rachis; la rate, dans la grande majorité des cas, hypertrophiée, quelquefois avec des suintements d'une substance blanchâtre; les urines avec des précipités énormes d'albumine. Dans les quatre cas de gangrène spontanée, la partie qui avait été le siège de la douleur, de couleur noire foncée, se détruisant facilement par l'écrasement, mais aucun organe suffisamment lésé pour expliquer ce genre de mort. Dans les trois cas de parotides qui se sont terminés parla mort, j'ai trouvé le sang excessivement fluide; chez l'un des malades, qui ne mourut qu'au vingtième jour, j'ai trouvé le péricarde rempli d'une substance gélatineuse, couleur jaune d'œuf, adhérente aux parois du cœur qui étaient rugueuses, et cette substance se détachait très-difficilement même en grattant avec le manche du scapel.

Mouvement des malades entrés à la maison de santé du 1er juin au 15 octobre 1862.

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