‹ La fièvre typhoïde [electronic resource]Chapitre 5 sur 22 · C. Les causes secondes · texte numérisé non relu

C. Les causes secondes

A. Étude du bacille d'Eberth. — Nous ne donnerons de la morphologie et de la biologie du bacille d'Eberth que les notions strictement nécessaires, renvoyant pour les détails aux traités techniques,

(1) Budd, Lancet, 1856.

(2) Budd, Typhoïd fever : its nature... etc. London, 1873.

ÉTIOLOGIE.

Passant sous silence les recherches de Coze et Feltz (1866) ; Hallîer (1868) ; Recklingliausen (1871) — qui, le premier, signala le fait intéressant de colonies microbiennes dans les abcès miliaires du rein au cours de la f. typhoïde, — de Klein (1875), etc., on peut dire que c'est à Eberth qu'on doit les premières notions précises sur le bacille pathogène de la f. typhoïde (1880 à 1882). Étudiant au moyen de coupes éclaircies par Tacide acétique la rate, les ganglions lymphatiques, les plaques de Peyer, le foie, les reins, les poumons de vingt-trois typlioïdiques, il trouva dans les ganglions et dans la rate des amas microbiens. Plus tard il démontra, par la coloration au violet de méthyle, la présence de microbes dans le raclage de la rate et des ganglions des typhoïdiques.

La découverte d'Eberth fut contrôlée et confirmée par Koch, Meyer en Allemagne, Coats et Crooke en Angleterre.

Après rétude fondamentale d'Eberth, il faut signaler le travail de Gaffky, qui, le premier, isola et cultiva sur gélatine et sur les divers milieux usuels le bacille découvert par Eberth. Gaffky, d'ailleurs, fit une étude complète de ce microorganisme, étude dans laquelle il passa en revue ses caractères de morphologie, de répartition dans l'organisme, et de réactions expérimentales sur les animaux.

Le bacille pathogène de la f. typhoïde possédait désormais son autonomie : les travaux de Gaffky furent vulgarisés en France par la thèse d'Artaud (1885) et le mémoire de Chantemesse et Widal (1887).

Le fait le plus saillant de l'histoire ultérieure est l'essai d'identification que tentèrent MM. Roux et Rodet entre le colibacille et le bacille d'Eberth, essai qui n'allait à rien moins qu'à enlever au bacille typhoïdique tout caractère spécifique, et à rééditer sur le terrain biologique les théories de banalité de la f. typhoïde édifiées par Murchison. La lutte a été vive, et de nombreux travaux ont vu le jour sur cette question : somme toute, l'autonomie du bacille d'Eberth reste entière, mais bien des points, qui paraissaient acquis par les travaux anciens, sont certainement à revoir sur les données nouvelles.

D'une façon générale le bacille d'Eberth se présente sous la forme d'un petit bâtonnet arrondi à ses extrémités, long de 2 à 4 et trois fois plus long que large.

Le pléomorphisme du bacille d'Eberth, surtout en culture, est d'ailleurs assez prononcé.

Examiné en goutte pendante, le bacille typhoïdique se montre très mobile, et cette mobilité est due aux cils que possède, au nombre de dix à vingt, ce microorganisme.

Le bacille d'Eberth prend les colorations simples à l'aniline, mais n'est pas coloré par les méthodes composées de Gram, Weigert, Gram-Kûhne.

Le bacille d'Eberth se cultive aisément dans le bouillon, le lait, dans la gélatine, qiiil ne liquéfie pas, sur gélose, sur pomme de terre. Sur gélatine en plaques, sur pomme de terre il peut prendre des apparences spéciales sur lesquelles on a beaucoup insisté : c'est ainsi que les colonies de bacille typhique sur gélatine ont pu être comparées (Chantemesse et Widal) à une montagne de glace, etc. ; que, sur pomme

déterre, les mêmes auteurs ont décrit une multiplication sans culture apparente à l'œil nu, produisant seulement sur la strie d'inoculation une traînée humide. Mais ces caractères spécifiques sont à ce point inconstants qu'il vaut mieux ne pas compter sur eux pour établir le diagnostic du bacille d'Eberth.

En culture, le bacille typhoïdique a tantôt, et le plus souvent, l'aspect décrit ci-dessus, comme caractère général, d'un petit bâtonnet prenant pleinement la couleur; tantôt un aspect allongé, filamenteux, dans les cultures anciennes par exemple ; tantôt enfin il se montre — et c'est un aspect que l'on trouve aussi chez le microbe provenant directement de l'organisme — sous la forme d'un bacille à espace clair, c'est-à-dire prenant la couleur seulement à ses deux extrémités.

La spore du bacille typhoïdique ne nous est pas connue : les assertions de Gaffky sur ce point ont été contredites à bon droit par Bûchner.

Terminons en disant que les cultures du bacille d'Eberth ne donnent pas lieu au développement de Vindot, et que ce microorganisme ne détermine pas la fermentation du sucre de lait, c'est à-dire que, dans un bouillon lactosé ensemencé avec le bacille d'Eberth, il ne se fait aucun dégagement de bulles gazeuses, et que le lait de culture reste incoagiilé.

On a essayé dans le laboratoire de résoudre quelques-uns des problèmes que comporte Vétiologie de la f. typhoïde: on a recherché notamment la durée de la survie du bacille d'Eberth dans les eaux, les matières fécales, le sol, le lait ; sa résistance au froid, au chaud ^ à la lumière solaire, à V acide chlorhydrique.

Il nous faut exposer ces points très sommairement, en faisant remarquer qu'il n'y a pas autre chose actuellement à tirer de toutes ces recherches que des indications : les expériences de laboratoire ne placent jamais les choses dans les conditions exactes de la pratique ; nos méthodes techniques sont encore dans l'enfance, et tous les états du bacille typhoïdique, notamment sa vie sous forme de spore, ne nous sont pas connus à l'heure actuelle.

Survie dans Veau. — Hochstetter (1887), opérant surFeau distillée stérile, avu le bacille typhoïdique vivre cinq jours au maximum dans cette eau. MM. Straus et Dubarry, avec une technique plus perfectionnée, ont obtenu une survie de soixante-neuf jours.

Opérant sur Teau de conduites de Berlin (stérilisée), Hochstetter voyait le bacille d'Eberth y survivre sept jours au maximum ; MM. Straus et Dubarry ont trouvé pour la vie du même bacille dans Teau de l'Ourcq et dans l'eau de la Vanne stérilisées les chiffres de quatre-vingt-un et quarante-trois jours.

Une expérience de Hueppe se rapproche davantage des conditions de la pratique : opérant sur Teau d'un puits très impur, à laquelle il ne faisait subir avant l'ensemencement aucune stérilisation, Hueppe a vu le bacille d'Eberth persister trente jours.

ÉTIOLOGIE.

Les expériences de la nature de celle de Hueppe sont d'ailleurs sujettes à de graves causes cVerreur^ sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister ici, et les résultats négatifs auxquels elles conduiraient ne pourraient être admis que sous toutes réserves.

Survie dans les matières fécales. — Les recherches d'UfTelmann ont montré que les bacilles d'Eberth ensemencés dans les fèces des gens bien portants, à une température de 17 à 20°, restent vivants plus de quatre mois, à condition que le milieu soit faiblement alcalin (1),

Survie dans le sol. — MM. Grancher et Deschamps ont montré que, dans le sol, les bacilles typhoïdiques se conservaient vivants plus de cinq mois et demi. M. Karlinski (1891) concluait plus récemment de ses recherches que, dans le sol, ces microorganismes ne vivent pas au delà de trois mois; que dans les couches profondes, les bacilles typhoïdiques sont à même de braver les variations de la température, de Thumidité, et la concurrence des microbes du sol, alors que, répandus à la surface, exposés au soleil et à Thumidité, ils ne tardent pas à périr.

Résistance à la chaleur et au froid. — Pfûhl a trouvé qu'une exposition de vingt minutes à 60° en milieu humide détruisait le microbe ; Sternberg dit être arrivé au même résultat par dix minutes d'exposition à 57 degrés.

Prudden a vu le bacille d'Eberth résister pendant quatre-vingt-dix jours à une température de — 11 degrés.

Résistance à la lumière. — Suivant Janowski, une culture de bacille d'Eberth exposée pendant quatre à huit heures à la lumière solaire périt.

Action de Vacide chlorhydrique — acide du suc gastrique — sur le bacille d'Eberth. — Seitz a vu le microbe immergé pendant trois jours dans un liquide à 0,3 p. 1000 d'acide chlorhj'drique conserver sa vitalité ; Straus et Wurtz opérant avec le suc gastrique pur ou Tacide chlorhydrique en solution à 0,9 p. 1000, ont vu le bacille résister deux heures à ce traitement.

Survie dans le lait, le beurre, etc. — Heim a vu que le bacille d'Eberth ensemencé dans le lait y vivait trente-cinq jours, vingt et un jours dans le beurre, trois jours dans le fromage.

La toxine typhoïdiqiie nous est peu connue. La typhotoxine de Brieger est allée rejoindre les toxines si facilement extraites par cet auteur de toutes cultures microbiennes. Les travaux plus récents de MM. Brieger et Fraenkel (1890) ne nous ont pas davantage éclairés sur la question, et, somme toute, nous ne possédons même pas encore sur la nature de la toxine typhoïdique les notions approximatives que nous avons des toxines tétanique et diphtéritique. Il faut s'en tenir, quand on veut étudier cette toxine, au produit complexe formé par le liquide de culture stérilisé ou filtré. Les propriétés expérimentales de ce produit seront analysées ailleurs.

Il faut terminer ce chapitre par quelques mots des caractères différentiels entre le coli-bacille et le bacille typhoïdique.

(1) Cité par Ghantemesse.

De tous les caractères différentiels accumulés pour prouver la distinction des deux microorganismes, contestée par MM. Rodet et Roux (de Lyon), il en est deux qui priment tous les autres, les caractères séparatifs tirés de la morphologie, de Tapparence des cultures, etc., étant au moins secondaires^ pour ne pas dire nuls. Le bacille d'Escherich fait fermenter les bouillons lactoses et coagule le lait (Perdrix, Chantemesse et Widal) ; sa culture donne la réaction de Vindol : propriétés biologiques qui sont l'une et l'autre étrangères au bacille typhoïdique.

B. Les véhicules du germe typhoïdique. — Modes divers de la transmission typhoïdique. — Épidémiologie générale. — Le bacille d'Eberth est, nous le savons, la cause déterminante de la f. typhoïde : on ne devient typhoïdique que pour avoir introduit dans son organisme cet agent pathogène.

Le bacille d'Eberth émigré hors du corps du typhoïdique presque exclusivement avec les selles. Pour infecter de nouveaux organismes sains il doit emprunter divers véhicules qui le ramèneront au contact intime de ces organismes, et ces véhicules sont naturellement les substances variées qui peuvent se charger de matières fécales typhoïdiques.

Cet article sera consacré à l'étude des véhicules de la f. typhoïde, à leurs modes d'action, à leur puissance, ce qui nous amènera à faire, en même temps qu'un chapitre de l'étiologie, un chapitre d'épidémiologie de la f . typhoïde.

Eau et f . typhoïde. — Dès longtemps déjà, le rôle de l'eau comme créateur de foyers typhoïdiques avait apparu nettement à divers observateurs, dont le plus ancien paraît avoir été Dupré (1823) (1).

Nous avons dit ailleurs que Murchison et Budd avaient conçu et dénoncé le rôle de l'eau, banalement souillée pour l'un, spécifiquement contaminée pour l'autre.

Il est aussi deux noms que, dans cette période initiale, il faut mettre hors de pair : en Angleterre, celui de Carpenter qui, lors de l'épidémie de Croydon, dès 1865, sut nettement discerner le rôle de l'eau, et réclamer avec une insistance toute spéciale des mesures qui aboutirent à l'extinction de la f. typhoïde épidémique à Croydon ; et celui de notre compatriote le D^" Michel (de Chaumont) qui, pendant de longues années, proclama l'influence de la détestable eau potable consommée à Chaumont (1854), parvint à en donner une éclatante démonstration à diverses reprises, et fit mieux encore en provoquant l'adduction d'une eau de meilleure qualité, qui amena un changement radical dans l'état sanitaire de la ville.

Les faits s'accumulèrent bientôt, et la période de 1880 à l'heure

(1) Arnould, Gaz. méd., 1875.

ÉTIOLOGIE.

actuelle en compte un nombre considérable. Ce serait dépasser les bornes de notre cadre trop étroit que de vouloir établir môme seulement un index bibliographique de tous les cas rapportés.

En France, deux faits surtout ont eu un grand retentissement et ont contribué entre tous, nous semble-t-il, à établir dans l'opinion médicale la croyance au rôle de leaa potable : l'épidémie d'Auxerre (1882- 1883), rapportée par Dionis, et l'épisode de Pierrefonds, relaté par l'un de nous (1886).

Ce dernier fait inaugura la campagne entreprise au Comité consultatif d'hygiène et à l'Académie de médecine, campagne qui a fait passer dans le domaine public des notions qui n'étaient auparavant que le partage d'une très petite partie du monde médical, et a surtout donné à la prophylaxie publique et privée de la f . typhoïde une large impulsion.

La f. typhoïde pourrait être désormais une rareté sur le sol français s'il n'existait dans les administrations de trop de communes — petites et grandes — une indifférence, mieux encore, une résistance coupable à l'égard de toute mesure qui exige pour sauvegarder la vie humaine un sacrifice pécuniaire !

Preuves de l'action typhoïgène de l'eau. — Le rôle de l'eau est affirmé par deux ordres de preuves : les unes relèvent de la simple observation des faits, les autres sont tirées de Vexamen même de Veau incriminée.

A. Preuves tirées de lobservation des faits. — Elles ont les premières établi le rôle de l'eau, et sur des bases tellement rigoureuses que les seules contestations produites à l'heure actuelle portent, non sur la réalité des relations de laf. typhoïde et de l'eau, mais sur l'interprétation du rôle intime de l'eau.

Les relations de la f. typhoïde et de l'eau peuvent, dans les exemples que nous allons citer — exemples choisis entre ceux qui nous paraissent les plus probants dans le très grand nombre des faits publiés — être rapportées à deux catégories : dans la première, la plus démonstrative, l'eau reçoit le germe typhoïdique, émané de l'intestin d'un malade nommément déterminé, le véhicule k\me collection d'individus, et sème la f. typhoïde parmi eux et parmi eux seuls. . Dans la seconde catégorie, il est manifeste qu'une eau déterminée gouverne Vapparition et lexistence de la f. typhoïde dans un groupe d'individus : il s'agit d'une eau souillée banalement et qu'on peut à juste litige croire en même temps souillée par le germe spécifique, sans qu'il soit possible de nommer le ou les typhoïdiques auteurs de la contamination.

1° Une eau potable reçoit des déjections de typhoïdiques : elle est consommée par une collection d'individus, sème la f. typhoïde parmi eux et parmi eux seuls.

1. Epidémie de Caterham [D^ Thorne-Tliorne). — Caterham est une loca-^ lité située à quelques kilomètres de Londres, dans une position des plus salubres : en fait de maladies épidémiques la localité jouissait d'une immunité complète, et, dans les derniers douze mois, on n'y avait vu qu'un seul cas de f, tj^phoide terminé par la mort, le 16 août 1878.

En février 1879, éclata subitement une épidémie qui, en quinze jours, atteignit trente-cinq maisons, frappant quarante-sept individus. Sur ces quarantesept malades, quarante-cinq habitaient des maisons approvisionnées par la C'^ de Caterham. Les deux autres, bien que demeurant dans les logements qui prenaient l'eau dans des puits particuliers, passaient la journée dans des maisons desservies par la G'*^ dont ils buvaient l'eau (1).

En même temps qu'à Caterham, la f. typhoïde se montrait à Red-Hill, gros bourg à 12 kilomètres de Caterham, et au village d'Earlswood, voisin de Red-Hill, tous deux alimentés en eau par la C'^ de Caterham. Tant à Red-Hill qu'à Caterham, il fut compté que 8 p. 100 des maisons desservies parla C** furent atteintes de la f. typhoïde qui ne se montra pas ailleurs.

Un autre village, Warlingham, situé à 5 kilomètres de Caterham, était aussi abonné à la C'*^ : il ne compta qu'un cas, chez un enfant de neuf ans qui allait chaque jour à l'école de Caterham. La raison de cette immunité était bien simple : pendant des travaux de réparations la Ci" de Caterham avait emprunté de l'eau à une autre C'% celle de Kenley,pour la fournir à Warlingham.

Restait à trouver la cause de la contamination spécifique de l'eau qui avait semé la f. typhoïde à Caterham, à Red-Hill, à Earlswood. La Ci°, quelque temps avant l'explosion épidémique, avait fait exécuter pour ses eaux un nouveau réservoir, relié aux deux anciens par une galerie. Un des ouvriers, quelques jours après un voyage à Croydon où régnait une épidémie de f. typhoïde, fut pris (5 janvier 1879) de malaise et de diarrhée. Dès lors, et pendant une quinzaine de jours, il souilla la galerie de ses évacuations qui étaient entraînées dans un des réservoirs et de là portées aux abonnés avec l'eau de la C'''. Le 21 janvier, cet ouvrier fut obligé de quitter le chantier et s'alita avec une f. typhoïde bien caractérisée. La maladie débuta dans le rayon de l'eau de la C*^', quinze jours environ après l'instant où l'ouvrier commença à souiller l'eau. L'épidémie prit fm par la soustraction de la cause qui l'avait produite.

2. Épidémie de Lausen (Hœgler). —En Suisse, le petit village de Lausen, près de Baie, était depuis longtemps indemne de f. typhoïde, lorsqu'en 1882 sévit une épidémie qui atteignit cent trente sujets en quatre-vingt-dix maisons : seules furent épargnées six maisons, qui ne buvaient pas l'eau de la fontaine publique.

Un fait accidentel avait, quelque dix ans auparavant, montré que la source alimentant Lausen communiquait avec un ruisseau coulant à quelque distance : le ruisseau du Fûrlerthal. A côté de celui-ci, une excavation s'était, à cette époque, creusée à la suite d'un éboulement, et le ruisseau de Fûrlerthal s'écoula bientôt tout entier dans l'excavation : une heure ou deux après, la source de Lausen, en ce moment presque à sec, devint de plus en plus abondante, et resta telle jusqu'à ce qu'on eût rétabli le cours primitif du ruisseau du Fûrlerthal. Dès lors, chaque année, la source de Lausen augmenta de

(1) Nous empruntons le récit de ce fait à H. Gueiseau de Mussy : De la part des eaux potables dans Vétioloffie de la f. typhoïde {Revue 1883). »

ÉTIOLOGIE.

débit au moment où Von arrosait les prairies d'une ferme située tout près de Vendroit où s'était formée l'excavation.

Or, le 10 juin 1882 le propriétaire de cette ferme, au retour d'un voyage, s'alita atteint de f. typhoïde ; on jeta ses déjections sur le fumier, on lava son linge au ruisseau, et cela au moment des irrigations. Trois semaines après la f. typhoïde apparut au village de Lausen. Le D'" Hœgler vérifia à nouveau la communication entre les eaux du ruisseau du Fûrlerthal et l'eau de Lausen^ et rétablit à Faide du sel.

3. Épidémie d'Auxerre (1882-1883) (D-- Dionis). — En 1882, au commencement de septembre éclata tout à coup une épidémie qui, dans les deux seuls mois de septembre et d'octobre fit quatre-vingt-douze victimes et frappa plusieurs centaines de sujets. Dionis remarqua que la distribution de la f. typhoïde était exactement calquée sur la distribution des eaux : là où on ne buvait pas l'eau de Vallan il n'y avait pas de f. typhoïde, là où cette eau était consommée les atteintes étaient nombreuses.

De deux casernes — l'une où Vencomhrement était porté à l'excès (8200 soldats y avaient été entassés pour les manœuvres), l'autre au contraire peu peuplée et réservée à l'état-major et à l'administration — la première fut épargnée, l'autre très atteinte : la première ne consommait pas l'eau de Vallan, la seconde la recevait au contraire.

Dans un quartier très frappé se trouvait une impasse qui compte soixante habitants : on y consommait l'eau de puits ; il n'y eut pas un malade. Deux couvents séparés par un seu/ mur d'appui payent l'un un large tribut : il a l'eau de Vallan ; l'autre n'a pas de malade : il a Teau d'un puits particulier.

Dionis apprit bientôt que du 13 au 24 août, le D"^ Houdet avait soigné au village de Vallan une jeune femme atteinte de f. typhoïde avec diarrhée abondante, dont les déjections étaient jetées sur un tas de fumier qui touche à la source alimentant Auxerre. Dionis versa sur ce fumier une solution alcoolique d'aniline : et vingt minutes après il vit apparaître l'eau rouge, non dans la grande source même, mais dans la petite source qui vient déboucher bord à bord avec elle.

4. Épidémie de Villerville (1890) (Brouardel et Thoinot). — Villerville, station balnéaire du Calvados, a deux alimentations en eau : l'une dite source Leroy, l'autre dite de l'Etang ou des Concessions.

Le 4 août 1890, arrivait du Havre, déjà malade, en pleine évolution typhoïdique, le nommé C... 11 s'alite, et ses déjections jetées dans le caniveau de la route de Honfleur vont, par la pente naturelle, se déverser directement, avec les eaux du caniveau, dans la caisse qui sert de départ aux eaux de l'Étang.

Huit jours après, débute une épidémie qui frappe vingt-huit individus en un court espace de temps : dix-neuf cas sont massés en douze jours.

Cette épidémie se limite stinctement aux tributaires de Veau de VEtangy respectant entièrement les tributaires de la source Leroy .Yingt chalets de baigneurs sont abonnés à l'eau de l'Étang : sept sont pris et dans chacun le tribut principal est payé non par les maîtres, buvant surtout à table de Feau minérale, mais par les domestiques usant directement de l'eau servie par les robinets de la maison. Un chalet n'a pas l'eau de la concession, mais va faire sa provision dans une des maisons abonnées : relié artificiellement à la concession, il partage le sort des concessionnaires ; il a deux cas de f, typhoïde.

Au milieu de la zone touchée, une très importante agglomération n'a pas un cas : l'hôtel Bellevue ; la table était approvisionnée en eau de la source Leroy,

5. Épidémies de Besançon (L. Thoinot). — A la fm de 1893 une épidémie de f. typhoïde éclatait à Besançon.

Le territoire de Besançon avait autrefois quatre distributions d'eau : eau d'Arcier, d'Aglans, de Brégille, de Fontaine-Argent. A la suite de faits épidémiques récents, dont nous parlerons ci-dessous, l'eau de Fontaine-Argent fut supprimée, et en 1893 les eaux d'Arcier, de Brégille, d'Aglans étaient seules en service.

L'épidémie se localisa strrictement dès le début, et pendant toute sa durée en 1893-1894 à la zone Arcier. Les zones Aglans et Brégille n'eurent pas un cas propice : les rares cas qu'on constata en effet sur les habitants civils de leurs territoires tenaient sans exception à des incursions habituelles dans la zone Arcier et à l'usage de l'eau de ladite zone. Quant aux casernes, celles qui buvaient l'eau d'Arcier payèrent un lourd tribut (325 cas p. 1000 d'effectif) ; celles qui recevaient Aglans furent absolument indemnes.

L'épidémie de Besançon avait suivi de près (1) une épidémie typhoïdique dans le village de Nancray (14 kilomètres de Besançon), bâti en fer à cheval, en amphithéâtre, à l'extrémité d"une petite vallée : un ruisseau sort au pied même du village de Nancray, au fond du fer à cheval sur lequel s'étagent les maisons, et reçoit toutes les déjections des habitants : ajoutons que deux lavoirs, où se lave tout le linge, sont établis sur le ruisseau dès son origine. Après un parcours de 1500 à 1800 mètres, le ruisseau de Nancray s'engloutit dans une série de gouffres célèbres dans la région.

Les puissantes sources d'Arcier, à 12 kilomètres environ de Besançon, à 3 kilomètres à vol d'oiseau de la vallée de Nancray, passaient, dans la tradidition du pays, pour recevoir les eaux du ruisseau de Nancray par un parcours souterrain, et la filiation de l'épidémie bisontine était dans cette hypothèse des plus simples : épidémie à Nancray, souillure spécifique abondante du ruisseau de Nancray, pollution des eaux d'Arcier, épidémie à Besançon dans la seule zone d'Arcier, Avec l'aide de M, Jeannot, le dévoué et savant directeur des eaux de la ville, nous avons donné à cette hypothèse la valeur d'un fait démontré : 4 kilogrammes de fluorescéine en solution alcaline furent projetés dans le ruisseau de Nancray au moment où il se perd dans les gouffres : 93 heures après, l'eau de la zone d'Arcier apparaissait colorée en vert à Besançon, et la coloration persistait six jours entiers.

Cette expérience éclairait la genèse d'épidémies précédentes à Besançon. En 1886 sévit une forte épidémie. Ainsi que l'avait fait remarquer dès lors le D** Gauderon, elle fut exactement calquée sur la distribution d'eau d'Arcier, les zones Aglans et Brégille restant indemnes : en 1886 comme en 1893-1894, les soldats ne payèrent tribut à la typhoïde qu'autant qu'ils s'alimentaient en eau d'Arcier; tous les grands établissements publics intra muros, alimentés en eau d'Arcier payèrent tribut (lycée, frères Sainte-Marie, Pères Eudistes, etc), à la seule exception de l'école normale des filles, de l'école supérieure primaire des frères, non alimentées en eau d'Arcier.

(1) Début à Nancray en septembre; masse de l'épidcmie, surtout en octobre. Orage sur le plateau de Nancray, le 7 octobre; début de l'épidémie à Besançon, le 19 octobre.

ÉTIOLOGIE.

Besançon a présenté une série d'autres épisodes épidémiques, de même valeur, dans une autre zone de distribution : Tancienne zone de Fontaine- Argent desservant le quartier des Cliaprais.

Le quartier des Chaprais avait à réj)oque envisagée (1889 et les années précédentes), la distribution d'eau suivante :

Chaprais-Banlieue ou (junrlicr suprrieiir des Cliaprais : alimenté en eau de citerne; Cliaprais-Ville : alimenté dans sa partie moyenne (quarlicr nioijen des Cliaprais), par Fontaine-Argent ; dans sa partie inférieure (qiinrlirr inférieur) par Feau de Brégille.

En 1889, éclata brusquement, aux Chaprais, une épidémie qui frappa, de juin à août, plus de quatre cents personnes et fit trente-quatre victimes.

L'épidémie se limita exactement à la zone moyenne, c'est-à-dire à la (lif>(rihution de Fontaine-Argent : le quartier supérieur, et le quartier inférieur — partageant toutes autres conditions hygiéniques avec le quartier moyen, Feau exceptée, et en relations journalières avec lui — restèrent indemnes, et aussi toutesles autres parties de Besançon, celles alimentées par Arcier, par Aglans et par Brégille.

Le D"" Perron et le Mercier ont accumulé à cette occasion les arguments topographiques les plus frappants. La gare et les services principaux du P.-L.-IM. emploient cinq cents hommes environ ; ces hommes vivent dans les mêmes conditions de régime alimentaire, d'habitation, de travail. Deux cents d'entre eux habitent aux Chaprais la zone Fontaine-Argent : ils ont fourni vingt-cinq cas de f. typhoïde ; trois cents habitent les zones Aglans, Arcier, Brégille : ils ont donné un cas de f. typhoïde.

Deux maisons de même construction, de même exposition, de même aération sont placées bout à bout : l'une a dix cas — on y boit l'eau de Fontaine- Argent; — l'autre n'a rien : on y boit l'eau de citerne, etc., etc.

La source de Fontaine-Argent — seule responsable de Fépidémie — prend naissance à l'extrémité du vallon de Fontaine-Argent. Au droit de la caisse de captage existe en contre-haut une petite agglomération : dans cette agglomération un cas de f. typhoïde s'était déclaré le 20 mai, et les déjections versées au ruisseau devant la porte étaient conduites, avec les eaux du ruisseau, par un caniveau en pente, dans la caisse de captage : l'épidémie éclata à dater du 10 juin dans la zone de l'eau de Fontaine-Argent.

Ce n'était pas d'ailleurs, comme pour la zone d'Arcier, la première épidémie localisée à la zone Fontaine-Argent : en 1888 une épidémie typhoïdique eut la même localisation, et les cent soixante cas typhoïdiques suivis de vingtneuf décès se limitèrent strictement à la distribution de Fontaine-Argent. A dater de 1889, l'eau de Fontaine-Argent fut supprimée de l'alimentation; et son ancienne zone de distribution, alimentée depuis lors en eau d'Aglans, cessa de connaître la f. typhoïde : elle partagea le sort de la zone d'Aglans et resta absolument indemne en 1893.

2° Une eau déterminée, à souillure banale certaine, à souillure spécifique presque avérée, gouverne et règle les manifestations typhoïdiques clans la collection des individus qui la consomment.

Deux groupes sont à créer dans les exemples que nous allons donner à Fappui de cette formule.

Au lycée de Ouimper, à Clermont-Ferrand, à Berlin, nous verrons Brouardel et Thoixot. 2

une manifestation typhoïdique en rapport topographique absolu avec la distribution d'une certaine eau : ceux-là seuls qui la consomment sont pris à l'exclusion de tous autres. A Chaumont,à Paris, à Rennes, à Angoulême nous verrons la f . typhoïde suivre les variations d'une distribution d'eau potable, monter et baisser suivant que cette eau entre ou non dans la consommation, disparaître même, ou à peu près, du jour où le service de l'eau typhoïgène est supprimé.

Premier GROUPE. — 1. Épidémie du lycée de Quimper (1886) (L. Thoinot). — La ville de Quimper ne comptait pas un seul cas de f. typhoïde quand une épidémie éclata dans le lycée nouvellement bâti : pensionnaires, demi-pensionnaires, personnel, tous payèrent tribut (trente-quatre cas) à Fexception des cent cinquante-cinq externes, dont pas un ne fut atteint. La déduction logique faisait rejeter toute influence d'émanations putrides ou d'égouts, auxquelles les externes eussent nécessairement payé tribut, comme les autres.

L'origine alimentaire de Pépidémie était seule acceptable, les externes ne mangeant pas au lycée; et dans Palimentation, seule Veau consommée était le point commun à tous les groupes atteints dans la population du lycée.

I/eau du lycée de Quimper était nettement distincte de Veau consommée en ville provenait de puitsetde citernes intérieurs. En ville, iln'y eut pas un cas de f. typhoïde, ou plutôt il y en eut un seul, celui de la femme G..., grande buveuse d'eau, qui profitait de ses relations avec le concierge du lycée pour venir chaque Jour faire à la loge une provision de deux à trois litres d'eau.

2. Epidémie de Clermont Ferrand (1886) (Brouardel et Chantemesse) (1). — En septembre 1886, une épidémie de fièvre typhoïde éclate à Clermont- Ferrand, brusquement disséminée dans toute la ville, frappant la population civile et militaire, puis Pépidémie subit une décroissance très nette en octobre, mais reparaît plus violente en novembre et en décembre.

Dans un rayon de 2 ou 3 kilomètres, Clermont est entouré de plusieurs petites villes : Mont-Ferrand, Royat, Ghamalières. Une seule de ces villes subit Pépreuve d'une véritable épidémie de fièvre typhoïde, qui débute en même temps que celle de Glermont, offre le même temps d'arrêt, en octobre, reparaît plus violente en novembre et décembre : c'est Mont-Ferrand. Mais c'est aussi Mont-Ferrand qui seule est alimentée par la même source que Clermont; à Royat et à Ghamalières les malades atteints étaient venus travailler à Clermont, et y avaient contracté les germes de la f. typhoïde. Royat et Ghamalières sont alimentés d'eau par des sources spéciales n'ayant aucun rapport avec l'eau d'alimentation de Glermont et de Mont-Ferrand.

3. Épidémie de Berlin (1889) (2). — La ville de Berlin avait depuis plusieurs années une mortalité typhoïdique très faible lorsqu'en janvier 1889 la f. typhoïde, dont on avait signalé quelques cas en décembre 1888 fit explosion et jusqu'en avril 1889 on constata sept cents cas environ.

L'eau de Berlin provient, on le sait, des filtres de Stralau sur la Sprée, de Tegel sur le lac du même nom.

(1) Brouardel et Chantemesse, Enquête sur les causes de l'épidémie de fièvre typhoïde qui a régné à Clermont-Ferrand (Ann. d'hyg., 1887, t. XVII, p. 385).

(2) Résumé d'après Arnould, Revue d hyg., 1889.

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P'raenkel et Piefke étudièrent cette épidémie. Ils en dressèrent d'abord la carte, qui fît voir au premier coup d'œil que la plus grande intensité de Tépidémie avait pesé sur Yest de la ville, que Vouest avait été indemne, et qu'entre les deux zones la fréquence des cas avait été modérée. Or, Test de Berlin était alimenté parles fdtres de Stralau; l'ouest par les filtres du lac Tegel, •et la zone intermédiaire tantôt par une eau, tantôt par l'autre, les conduites s'aboucliant d'un côté à l'autre de manière à ne former qu'un seul réseau. Jamais les eaux de la Sprée ne desservent la zone propre des eaux de Tegel (ouest), ni inversement les eaux de Tegel ne desservent la zone est. L'expansion épidéniiqnc s'était donc modelée su/' la distribution de Veau de la Spréc.

Deuxibaie groupe. — Il convient de rappeler en tete de cet alinéa l'exemple de Chaumont.

l^Chaumont avait pour s'alimenter depuis le commencement du siècle une eau prise au pied de la montagne sur laquelle s'étage la ville. Le D^" Michel jugea que les nombreux cas de f. typhoïde qui décimaient la population étaient dus à cette eau impure ; il parvint, à force de lutte, à faire substituer à cette eau des Tanneries les eaux saines de Marnay et pendant trois ans aucun cas de f. typhoïde ne fut constaté.

« Dans le courant d'une saison d'été, dont la sécheresse fut prolongée, on voulut augmenter la quantité des eaux nouvelles en leur adjoignant celles réprouvées. La ville, par ce surcroît d'eau immonde, fut immédiatement envahie de nouveau par la f. typhoïde, d'où nombre de malades et plusieurs victimes. Mes protestations indignées ne tardèrent pas ; on s'en émut, les anciennes eaux furent supprimées de nouveau, et par ce fait fut arrêtée la nouvelle épidémie. »

2° Les eaux de rivière et la f. typhoïde à Paris. — Dans ces dernières années l'épidémiologie typhoïdique à Paris a été dominée par un fait aujourd'hui bien connu. En temps normal, l'alimentation en eau de la Vanne et de laDhuys coïncidait avec un taux assez bas de la f. typhoïde. Un accident venait-il à interrompre fortuitement l'arrivée de l'eau de la Vanne, ou cette eau, avec la sécheresse de l'été, tombait-elle à un débit insuffisant, l'administration faisait rentrer dans le service l'eau de rivière (Seine prise en amont), et à cette adduction d'eau de rivière correspondait une poussée épidémique qui commençait avec la distribution nouvelle, et cessait avec elle.

M. Régnier a, le premier, attiré l'attention, par une étude documentée, sur l'influence typhoïgène de la distribution d'eau de rivière dans les casernes de sapeurs-pompiers. MM. Chantemesse et Widal ont étendu largement cette étude à toute la population parisienne, et l'un de nous, reprenant la question pour les années 1886, 1887, 1889, sur des pièces officielles du service des eaux, a établi trois graphiques absolument démonstratifs que M. Chantemesse a reproduits dans son article du Traité de médecine, et que le lecteur trouvera ci-joints (fig. 1, 2 et 3) : ils seront le meilleur commentaire des relations de la f. typhoïde et de l'eau de rivière à Paris (1).

(1) L'histoire de la f. typhoïde à Paris, envisagée sous le seul rapport de l'infection par Teau, est des plus complexes. Il faut compter d'abord avec les mélanges non officiels constants et à doses variables d'eau de rivière à l'eau de la^^anne, qui sont propres à entretenir l'endémie à courbe variable. Les adjonctions officielles et mas-

3° La f. typhoïde à Aiigoulême et à Rennes (L. Thoinot). — Angoulême^ sives d'eau de rivière font les épidémies. Dans ces derniers temps, la question s'est

compliquée de la suspicion fort légitime qui atteint les eaux de la Vanne elle-même,, eau dont les captages sont pour le tiers au moins des plus défectueux et amènent des mélanges impurs dans la conduite dès son origine. C'est à cette cause qu'a été

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jusqu'en 1889, recevait ses eaux potables de la Charente et .^ur(ou( de la Touvre. j-apportée sans contestation possil)le rcpidémic, qui, en isOi, a frapi^c à la fois les

'deux villes tribvitaires de la Vanne : Sens et Paris, avec, dans cette dernière ville, une localisation tout à fait démonstrative. (Voy. Bucquoy, Acad. de méd., et L. Thoinot, Ann. dliijcj., 1894).

La prise de la Charente s'effectuait près du pont Saint-Cybard. Deux des égouts les plus importants venaient aboutir à la Charente, en amont de la

prise d'eau ; un de ces égouts recevait sur son parcours le contenu de vingtneuf fosses d'aisances. La Touvre recevait en amont delà machine élévatoire les souillures de nombreuses usines, j)apeteries, moulins, etc., et toutes les

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déjections de la ville de Ruelle (3000 habitants) : presque toutes les latrines de Ruelle se déversaient dans la rivière.

La f. typhoïde, jusqu'en 1889, décimait à AngouJème la population civile et militaire : la garnison seule, de 1875 à 1888, compta 2342 cas de f. typhoïde et 407 décès !

Les étroites relations entre la f. typhoïde et l'eau consommée ont été mises en relief par le D"" Roux, pour Tépidémie de 1887 en particulier, d'une façon ^QQç^ qui n'admet pas de réplique. On cons-

tate, dit-il, la présence de nombreux typhoïdiques partout où se consomme l'eau de ville, tandis qu'une immunité presque absolue est acquise aux habitants ou aux portions de troupe qui se servent d'une eau de provenance différente.

Le 14 juillet 1 889,1a population civile et militaire d'Angoulême, recevait l'eau de la ToMYve, prise à la source même, en dehors de toute contamination. Ce que devint la f. typhoïde à Angoulême le voici.

Septembre 138 0 à

Août 1890 0 63

Septemb.re à

Août 1890

OyO

Fig-. 4. — Moyenne mensuelle aes entrées à l'hôpital militaire d'Angoulême pour fièvre typhoïde avant (1880 à septembre 1889) et après (septembre 1889 à août 1890) la distribution de la nouvelle eau. (Proportion 1 pour 10 000).

Fig. 5. — Mortalité mensuelle moyenne par fièvre typhoïde dans la garnison et après la distribution de la nouvelle eau.

De 1880 à septembre 1889 (1), la moyenne mensuelle des cas typhoïdiques a été dans la garnison de i8,'2i : de septembre 1889 à août 1890 cette moyenne tombe à 0,63. La moyenne de mortalité dans la même période est par mois dans la garnison de 2,8 : de septembre 1889 à août 1890, cette mortalité tombe à 0. Ce résultat est traduit par les graphiques ci-joints (fig. 4 et 5). J'ajoute qu'il a été obtenu sans que rien fût changé à aucune des autres conditions hygiéniques d'Angoulême.

L'histoire de la f. typhoïde à Rennes est de tous points semblable à celle d'Angoulême. Elle peut se résumer de la façon suivante : Rennes buvait de

(1) Epoque où l'ancienne eau supprimée le 1 i juillet a pu cesser son action typhoïgène, les cas et décès d'août en étant encore justifiables, au moins en grande partie.

mauvaise eau de puits et la f. typhoïde y exerçait en permanence de gros ravages. On change l'eau, on amène de l'eau de source qu'on distribue intégralement à une fraction de la population : la garnison; partiellement à une autre fraction de la population: la population civile. La f. typhoïde disparaît presque absolument de la garnison ; elle diminue notablement , mais non entièrement dans la population oivile. La diminution de la f. typhoïde à Rennes a été en raison directe de la suppression de l'eau typhoïgène ancienne dans les deux fractions de la population.

Les eaux des vallées de la Minette et de la Loisance furent substituées à

l'eau de puits au commencement de Tété 1883.

De 1875 à 1882, la garnison avait eu au total treize cent dix-neuf cas de f.

Eau ancienne

Eaa nouvelle 2,1

pour 10 000

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Fig. 6. — Ville de Rennes. — Morbidité par fièvre typhoïde à 1 pour 10 000 hommes dans la garnison avant et après 1882.

Fig. 7. — Ville de Rennes. — Mortalité par fièvre typhoïde à 1 pour 10 000 liommes dans la garnison avant et après 1882.

typhoïde, et cent soixante-sept décès, soit 343,1 de morbidité typhoïdique et 43,4 de mortalité typhoïdique pour 10 000 d'effectif en cette période.

De 1870 à 1882 les statistiques c/e Té/a/ civil, fort incomplètes, donnaient 13,4 de décès typhoïdiques pour 10 000 habitants en moyenne.

De 1883 à 1892, la statistique de l'état civil, mieux organisée surtout depuis 1886, accuse deux cent quatre-vingt-quatorze décès typhoïdiques soit 4,2 pour 10 000 habitants. La statistique militaire de 1883 à 1892 donne deux cent soixante-quatorze cas typhoïdiques, et dix décès typhoïdiques, soit 67 de morbidité typhoïdique et 2,1 de mortalité pour 10000 au lieu de 3i3 et 43,4^ dans la période précédente.

Ces merveilleux résultats dans la garnison sont traduits par les graphiques ci-joints (fig. 6,7, et 8), qui peuvent se passer de tout commentaire. J'ajoute qu'ici, comme à Angoulême, la modification de la f. typhoïde, en ville comme dans la garnison, a été brusque, suivant immédiatement l'arrivée d'eau nouvelle, et ciu aucun autre changement hygiénique dans la ville ne peut prétendre à rexplicfuer.

B. Preuves tirées de Vanalyse de Veau. — Le bacille pathogène étant connu, il a paru naturel de le rechercher dans les eaux incrimi-

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nées et de fournir en décelant sa présence une preuve irréfutable du rôle de Teau.

La première tentative heureuse fut faite par Murs en 1885, puis Ivan Michaël à Dresde obtint un résultat analogue. En France MM. Chantemesse et Widal ont inauguré ce genre de recherches sur Teau d'une borne-fontaine de Ménilmontant, et sur l'eau typhoïgène

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