HISTORIQUE
La fièvre typhoïde semble avoir existé de tout temps, mais elle n'a été tpxe bien tard séparée du chaos des fièvres diverses qui ont avec elle quelque point de contact.
Les grands cliniciens du siècle dernier, Huxharri,de Haën, Stoll, etc., savaient la reconnaître, et c'est elle qu'Huxham, en 1739, a peinte sous le nom de fièvre lente nerveuse, tandis qu'il décrivait le typhus sous celui de fièvre putride, maligne ou pétéchiale '2).
Mais bientôt ces justes notions furent oubliées et au commencement du xix° siècle la confusion la plus absolue régnait dans la classification des fièvres.
En 1813, Petit et Serres commencèrent l'œuvre d'analyse (3).
« Dès ls-20, Bretonneau faisait connaître à Paris ses recherches sur une maladie dont le siège semble être exclusivement dans les glandes de Peyer cl de Brunncr, qu'on rencontre dans le jéjunum, l'iléon et le gros intestin, maladie à laquelle il donnait le nom de dothiénentérie, ou dothiénentérite (4). »
Tous ces travaux constituent une introduction au beau livre de Louis (18*29) qui imposa à la maladie le nom de fièvre typhoïde sous
(1) Cet article d'ensemble sera nécessairement fort bref. A qui voudrait connaître en détail l'histoire et les historiens de la lièvre typhoïde au xvnr" siècle et dans les premières années de celui-ci, nous conseillons la lecture du chapitre du livre de Murchison que nous ne pouvons refaire ni ne voulons résumer ici. Quant aux notions plus modernes qui composent;! l'heure actuelle le bilan de nos connaissances sur la fièvre typhoïde, nous renvoyons le lecteur aux chapitres spéciaux où l'historique de chaque point est l'objet de plus longs détails.
(2) Le morhus mucosus que Rcedereu et Waoler ont décrit à propos de l'épidémie de Gôttingen (17(30-1761) et qu'on cite volontiers comme une fièvre typhoïde, ne serait, au dire de Murchison, dont les consciencieuses recherches historiques nous semblent faire autorité, que du typhus cl, de la dysenterie.
(3) Petit et Seiuies, Traité de la fièvre entéro-mésentérique. ( i) Citation de Trousseau (Arch. de méd., 1826).
BllOUARDEL ET TlIOINOT. {
lequel elle devait désormais être connue en France(l). Louis, « qui cslla plus grande «les autorités mortes ou vivantes danstoul cequi se rapporte à l'histoire naturelle de cette fièvre, donl la monographie est unique en médecine, comme i mdèle de recherches attentives^), .» a fixé surdes bases inébranlables l'histoire analomo-clinique générale dé la fiè'v re typhoïde, que Trousseau cl Chôme] développaienl peu de temps après en France, et qu'onl retracée ensuite à l'étranger, dans des ouvrages de haute valeur, W. Jcnner, Griesinger, Murchison, Liebermeister. L'œuvre de Louis n'a rien perdu de sa valeur : plus d'un fait anatomique ou clinique, qu'on a trop facilement cru nouveau, s'y trouve entièrement décrit, et toute monographie de la lièvre typhoïde doit encore lui emprunter ses éléments principaux.
Les recherches de Louis furent à peine publiées que de tous côtés on chercha a les vérifier, et il advint qu'en Angleterre parmi les malades qui avaient présenté les caractères de l'affection typhoïde pendant la vie, les uns offraient à l'autopsie l'altération des plaques de Peyer, ei les autres non : on en conclut que celle altération « u'étàii pas essentielle à l'affection typhoïde, que celle-ci pouvait 1res bien exister sans elle » (Louis).
C'est ainsi que commença enlre le typhus et la fièvre typhoïde une confusion qui régna longtemps, qui eut droit de cité en France à l'Académie avec le mémoire couronné de E. Gaultier de Claubry (1838) (3). Il a fallu bien des années pour détruire cette erreur, et à cette œuvre sont attachés les noms de Shattuck (de Boston), Gerhard et Pennok (de Philadelphie), — qui, tous trois, avaient étudié la fièvre typhoïde à Paris, — de Valleix, Rochoux, Barlow, Stewart, et enfin de W. Jenner (1849-1851) qui mit péremptoirement fin à celle déplorable confusion.
L'étiologie de la fièvre typhoïde passait au second plan à cet l e époque d'édification anatomique et clinique. La doctrine conlagionnisle de Gendron, B retonneau, puis Pied vache, resta sans écho devant l'opposition de l'école de Paris. En 1856 parut en Angleterre le premier essai de Budd, bientôt suivi des études étiologiques de Murchison, et ainsi se trouva inaugurée avec éclat cette série de travaux relatifs aux causes de la fièvre typhoïde, qui devait aboutir aux éludes biologiques d'Eberth, Gaffky, et au grand mouvement contemporain relatif à la doctrine de la transmission par l'eau qui, si elle n'est pas née en France, mais en Angleterre, a du moins trouvé chez nous toute l'ampleur de son développement, et a forcé l'attention du public au grand profit de la prophylaxie.
(1) Louis, Recherches analomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la fièvre typhoïde, lre édition, L829. — 2° édition. 2 vol. in-8, 1841.
(2) Budd, Typhoïd fever. London, 1873.
(3) E. Gaultier de Clauihiy, De l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde [Mém. de l'Acad. de mcd., t. VIT, 1838, édité en 1844).
ÉTIOLOGIE
La f. typhoïde est fonction d'un microorganisme connu sous le nom de bacille d'Eberth. Le bacille d'Eberth s'introduit surtout dans l'organisme humain par le tube digestif, et à ce titre l'eau paraît le véhicule le plus ordinaire et le plus redoutable de l'agent pathogène : voilà les données fondamentales de l'étiologie de la 1'. typhoïde, telle que la conçoit aujourd'hui la majorité des médecins en France et à l'étranger. Elles ne sont assurément ni complètes ni définitives, mais la part de vérité qu'elles contiennent a du moins fourni contre l'affection des armes prophylactiques qui, bien maniées, ont toujours réussi à diminuer la f. typhoïde dans des proportions considérai >les, et en ont fait aujourd'hui une maladie presque absolument évitable.
Il a fallu plus d'un demi-siècle pour édifier cette conception, et les phases diverses de l'étiologie de la f. typhoïde méritent au moins un mot d'exposition. Plus d'une théorie un jour en faveur a sombre, mais chacune a marqué, on peut le dire, un pas dans la recherche de la vérité, en apportant des faits réels dont l'interprétation seule a dû cire rectifiée plus tard.
I. Historique des principales doctrines étiolog-iques de la lièvre typhoïde. — A. Les premiers contagioimistes. — En
1828, un médecin de Nancy, le Dr Leuret, communiquait à l'Académie de médecine un mémoire sur des dothiénentérites observées à Nancy en 1828, et prononçait le nom de contagion dans cette affection (1).
(1) Voici la citation extraite du mémoire inséré clans les Arch. de méd., t. XVII, 1828, p. 453 : « ... M. Leuret s'étant transporté dans le village d'ov'i venaient ces malades, apprit que le mal y avait commencé après l'arrivée d'un soldat revenu malade d'Espagne ; tous les habitants de la maison dans lacpiclle logea le soldat, furent atteints ainsi que les plus proches voisins, et comme il n'y avait, d'autre part, aucune cause locale propre a expliquer le développement de cette maladie, M. Leuret commença à soupçonner qu'elle était le produit de la contagion. Et, en elTet, un frère des deux filles dont on vient de parler, étant allé île Nancy où il manquait il ouvrage, dans sa famille, y fut bientôt atteint, et revint mourir à l'hôpital do Nancy... M. Leuret cite encore en preuves de la nature contagieuse de la maladie : 1° l'observation d'un homme qui, place'' à l'hôpital de Nancy à côté du précédent, fut bientôt atteint de la dothiénentérite ; 2" les observations de deux infirmières, frappées aussi pour avoir donné des soins au premier malade. »
En 1829 la question se posa de nouveau devant L'Académie de médecine avec les mémoires de Gendron (1) et «le Bretonneau 2 .
L'introduction au mémoire de Gendron esl des plus topiques : en voici les parties les plus saillantes:
« ... Ainsi lorsqu'un individu élait atteint de la dothiénentérie, tous les membres de sa famille en étaient pris successivement. Si cette famille malade recevait les soins de parents logés à l'extrémité du hameau, ceux-là, plus que les proches voisins, étaient exposés à rapporter chez eux la dothiénentérie, de telle sorte que desfamilles entières étaient préservées de ce fléau, et des familles entières en étaient frappées.
» J'acquis enfin la preuve que la dothiénentérie peut être transportée d'un foyer d'infection dans un lieu tellement éloigné, que l'on ne peut supposer les mêmes influences délétères clans les deux endroits. Une fois dégagé de cette routine hygiénique, qui *va chercher dans des fantômes les causes d'une épidémie, j'ai trouvé que la cause réelle élait le plus souvent une transmigration de la maladie de hameaux à hameaux, de villages à villages, transmigration sans cesse renouvelée par des visites imprudentes, et qui pcul être méconnue, ou parce que le premier malade n'a pas appelé le médecin, ou parce que le médecin ne s'est pas informé quel a été le premier malade et quelles avaient été ses relations. »
Du mémoire de Bretonneau, qui admettait hautement les mêmes idées que Gendron, qui montrait la contagion dans les campagnes, qui l'affirmait à Paris même (3), un épisode est resté célèbre, l'épidémie de La Flèche.
En 1826 plusieurs élèves de l'École militaire de La Flèche sont affectés en même temps de la dothénentérie qui règne épidémiquement dans la ville. On licencie l'École... Le Dr Renou acquiert la certitude que vingt-neuf des élèves qui se sont rendus chez leurs parents y ont été gravement affectés de la dothiénentérie, et que huit l'ont communiquée.
Les idées de Bretonneau et de Gendron ne rencontrèrent pas grand crédit à l'Académie de médecine. Chomcl n'osait pas nier la contagion mais n'y croyait guère à Paris, dans les hôpitaux ; Rochoux contesta même formellement les arguments de Bretonneau. et les grands cliniciens de l'école de Paris restèrent longtemps incrédules aux arguments des observateurs de province affirmant successivemenl . par des mémoires et des notes à l'Académie, la contagion de la f. typhoïde.
(1) Dothiénenlérites observées aux environs de Château-du-Loir, par M. Gbndron (Esprit) D. M., ancien interne des hôpitaux de Paris, etc. (Arcft. de méd., année, t. XX).
(2) Notice sur la contagion de la dothiénentérie, lue à l'Acad. roy. de méd., le 7 juillet 1829, par M. A. Bretonneau, médecin de l'hôpital de 'l'ours [Arch. de méd., 1S29, t. XXI).
(3) « C'est à Paris qu'une multitude déjeunes gens livrés à l'étude de la médecine, de la jurisprudence, ù la pratique des arts et métiers, viennent contrncler la dothénentérie. Je pourrais citer nominativement un grand nombre de jeunes gens sortis de Tours qui, après un court séjour à Paris, ont été affectés de cette maladie. »
ÉTIOLOGIE.
Citons parmi les contagionnistes, dont les noms méritent d'être tirés de l'oubli pour avoir servi à édifier nettemenl le caractère transraissible de la f. typhoïde, outre Gendron (de Château-du-Loir) qui revient à la charge en 1834 avec son beau mémoire Sur les épidémies des petites localités :
1837. — Putégnat (de Lunévilïe) ; Oustalet (do Montbéliard) ;
1838. — Lejeune (Aisne), Flamand (Montbéliard), Roussel, Lespès (des Landes) — cités par Piorry dans un Rapport de 1838 ;
1839. — Porral (Haute-Loire), cité par Brichcteau dans son Rapport de 1840;
1847. — Penaut, Lacoste, Rouhier (de Récy-sur-Ource) ; Guichard (de Saint- Claude) ; Billot (de Poligny) ; Roussel (de Sarreguemines) — cités par Gaultier de Claubry en 1850, qui ne cache pas qu'il est singulièrement ébranlé par l'imposant ensemble qui se dégage de toutes ces narrations ;
1847. — Ragaine (de Mortagne).
En 1849 paraît enfin le mémoire de Piedvache (de Dinan) (1) terminé par cette considération qui contient en germe presque toute l'épidémiologie de la f . typhoïde :
L'apparition des divers cas est successive et suit l'ordre des rapports intimes des individus entre eux, quand ils sont le produit de la contagion; elle est simultanée et indépendante de ces rapports quand elle tient à ce qu'on est convenu d'appeler l'influence épidémique.
Ce mémoire clôt ce qu'on peut appeler la période historique des recherches sur la contagion de la f. typhoïde. Nous avons tenu à la présenter avec quelque détail au lecteur, car elle est une gloire de l'école française du commencement du siècle, et bien des noms oubliés méritaient d'être remis en lumière.
B. La théorie pythogénique de Murchison. — Cette théorie célèbre a régné pendant de longues années en Angleterre, où, concurremment avec celle de Budd, elle a eu le mérite de provoquer les beaux travaux d'assainissement, qui ont longtemps mis les cités anglaises au premier rang des villes assainies.
Elle a été exprimée en 1858 par son auteur (2), puis formulée à nouveau dans le célèbre Traité des fièvres continues de la Grande- Bretagne. M. N. Gueneau de Mussy l'a vulgarisée en France (3).
« En admettant que la fièvre typhoïde soit iransmissible dans certaines circonstances, il est dans mon opinion également vrai que beaucoup de cas oui une origine indépendante de toute contagion.
(1) Piedvache, Recherches sur la contagion de la fièvre typhoïde et principalement sur les circonstances dans lesquelles elle a lieu (Mém. Acad. de mèd., LSôO .
(2) Murchison, Contribution to the etiology of continued fevers(Med. chir, trans., 1858).
(3) N. Gueneau de Mussy, Recherches historiques cl critiques sur l'étfologie et la prophylaxie de la fièvre typhoïde. Paris, 1877.
» L'air et Veau potable corrompus par le contenu des ègouls en décomposition et d'autres parties de matières animales en putréfaction, ont été longtemps regardées comme des causes de fièvre ; mais il n'avait pas été prouvé epic la fièvre ainsi produite différait des fièvres attribuées à d'autres causes. Dans un travail présenté en mars 18;>8 a la Société de médecine et chirurgie, je me suis efforcé de prouver que la fièvre provenant de ces causes n'était autre que la fièvre typhoïde, cl jamais le typhus ni la fièvre relapse.
Murchison a Lui-même résumé nettement sa doctrine dans les propositions suivantes (p. \)~ de la traduction française :
1° La fièvre typhoïde est ou une maladie endémique, ou une affection se manifestant par épidémies circonscrites.
2° Elle sévit avec plus d'intensité en automne ou après les temps chauds.
3° Elle est indépendante de l'agglomération, et attaque indistinctement le riche et le pauvre.
4° Elle peut naître indépendamment d'un cas antérieur parla fermentation (/es matières fécales et peut-être par la fermentation d'autres formes de matières organiques.
îj0 Elle peut être communiquée par les malades aux personnes saines. Dans ce cas le poison ne s'échappe point du corps sous une forme virulente comme dans la petite vérole, mais il est développé par la décomposition des excréments après leur expulsion.
6° Conséquemmenl une épidémie de fièvre typhoïde implique un empoisonnement de l'air, de l'eau potable (1), ou des autres substances ingérées, par des matières excrémenlitielles en décomposition.
Génération a novo ou spontanée de la f. typhoïde sous l'influence de causes banales, telle est la doctrine de Murchison qu'on peut résumer en paraphrasant l'aphorisme de Budd : Pour faire de la f. typhoïde, il ne faut pas nécessairement de la f. typhoïde ; il suffît d'une fermentation banale, d'une corruption non spécifique de l'air respiré ou de Veau ingérée.
A l'appui de sa doctrine, Murchison a cité nombre de faits épidémiques, dont quelques-uns ont eu longtemps une grande notoriété et ont figuré dans tous les livres classiques ; il est inutile de les reproduire ici.
A la théorie de Murchison, il conviendrait d'opposer immédiatement la théorie de Budd, mais celle-ci, véritable introduction à la conception actuelle, sera mieux placée à la fin de ce chapitre.
C. Théorie de PeltenkofTer. — Je ne sais, disait l'éminenl hygiéniste allemand, quelle est la cause de la maladie, mais je crois pouvoir la rattachera la variation du niveau de la nappe des puits. Le rôle de ces variations est de permettre aux eaux souterraines d'humecter le sol, et de se retirer en le laissant humide. C'est quand il est ainsi convenablement humecté qu'il de-
(1) Voir en particulier les épidémies de Rutho, de Charnioulh, de Guilford, de Bcdford, in Murchison, p. "5 et scq. de la traduction francuise.
ÉTIOLOGIE.
vient dangereux. Trop de sécheresse du sol el trop d'humidité nuisent à l'éclosion de la maladie.
Cette théorie où la nappe souterraine joue le rôle primordial, avec addition de considérations quelque peu mystérieuses sur les rapports du sol humecté el de la virulence de l'agent pathogène, sur la maturation des germes dans le sol (Grundwassertheorie , théorie qui englobe et la pathogénie du choléra et celle de la f. typhoïde, a joui d'une grande vogue en Allemagne, au moins jusqu'au jour ou l'école de Berlin lui a opposé la théorie de la propagation par l'eau de hoissou.
En France, la théorie localisle de Pettenkolïer (car les conditions hydrotelluriques qu'elle invoque ne se trouvent naturellement réalisées qu'en certains lieux et à certains moments, d'où l'cndémicité de la f. typhoïde dans des circonscriptions territoriales restreintes) n'a jamais réuni que de rares partisans (1).
D. Doctrine étiologique de Budd (2). — La base de la doctrine de Budd c'esl que pour faire de la f. typhoïde, il faut delaf. typhoïde, c'est que, en d'autres termes, toute 1'. typhoïde est le produit d'une I'. typhoïde antérieure.
Dans les maladies contagieuses le produit le plus caractéristique de la maladie est le véhicule principal du poison morbide : le flux diarrhéique est donc le véhicule du contage typhoïdique. La contagiosité commence avec ce symptôme et persiste pendant toute sa durée.
Répandu dans les cabinets, les égouts, le poison typhoïdique sème la f. typhoïde le long de ces conduits et autour des cloaques infects qui, dans la campagne, reçoivent les matières de vidange. Les regards d'égout, les sièges des cabinets d'aisances, non munis de plaques convenables, qui permettent la communication de l'air des réservoirs des vidanges avec l'atmosphère des rues, ou des habitations, peuvent devenir autant de portes ouvertes à la contagion ; et ainsi s'expliquent nombre défaits épidémiques développés dans les prisons, les casernes, les asiles, etc.
Les vêtements, les linges, les effets d'habillement et de literie qui ont servi aux malades peuvent être les véhicules de la contagion (3).
Les mains des infirmiers et des gardes-malades souillées par les excrétions
(1) Le peu de clarté de la doctrine de Pettenkoffer, a laquelle l'auteur a dû d'ailleurs faire subir, d'année en année, des changements répétés, pour l'accommoder aux découvertes du jour, n'a pas été un des moindres obstacles a sa pénétration en France et en Angleterre. « Elle est exprimée par son auteur, disait Budd, en termes si vagues et si mystérieux, r/ize je ne suis pas absolumenl certain de l'avoir comprise. »
(2) Nous empruntons la substance de cet article à la longue et précise analyse que X. Gueneau de Mussy a faite des travaux île Budd.
(•'») « Il y a trente ans, dit le Dr Tweedie, on ne pouvait plus trouver de blanchisseuse pour l'hôpital des Fiévreux de Londres, parce que toutes celles qui avaient accepté cette tâche avaient contracté la fièvre. » (N. Guiîxiïau de Mussy, loc. cit.)
morbides peuvent aussi transporter le coulage et même communiquer' cètté propriété à certains aliments qu'elles préparent et qu'elles louchent.
Dans Ions les modes de contagion sus-énoncés, c'est l'aîr qui véhicule le poison, et il est certainement l'agent de transmission le plus actif, mais les boissons ont aussi leur rôle. Sortant de l'intestin malade sous forme de liquide, la matière morhigène infecte le sol; de là, s'infdtrant dans la terre, elle peut arriver jusqu'aux réservoirs qui contiennent l'eau destinée aux boissons, et Budd, se servant cle l'acide phénique, a plus d'une fois décelé dans des foyers de f. typhoïde la communication entre la fosse et le réservoir d'eau potable.
La doctrine de Budd (1), exposée pour la première l'ois en 1856, reprise avec son entier développement en 1873 (2), a rencontré peu de faveur, à son apparition, en Angleterre, où ses partisans furent, par un jeu de mots, qualifiés de bouddhistes. Elle contenait cependant fort explicitement toute la conception actuelle de l'étiologie typhoïdique, el la dernière des conclusions du travail de Budd mettra en lumière la haute valeur de sa doctrine :
« Si on détruit le pouvoir infectieux des déjections divines, on peut prévenir la propagation de la fièvre, et en répétant celle opération chez chaque malade, on peut en espérer, avec t'aide du temps, l'extinction complète. »
La doctrine de Budd est la transition naturelle du passé au présent, des conceptions anciennes à la conception actuelle.