‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 103 sur 198 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANNA

C'est vrai ! Je suis votre mère... Une mère qui a été malheureuse la majeure partie de sa vie. Ne me considérez pas comme un monstre si mon cœur est sec^ si mon premier mouvement, quand vous m'appelez maman, est de nier.

Elle fond en larmes. Les jeunes filles la considèrent arec ètonnement.

THÉRÈSE

Nous avons beaucoup hésité à venir vous trouver... Pour désirer garder un pareil secret, il faut des raisons bien fortes... Cependant, il me semble que nous usons d*un droit.

ANNA, les attire et les embrasse.

Inutile de vous excuser, c'est fait.

THÉRÈSE

Il y a longtemps que nous aurions tenté une démarche, si on ne nous avait pas laissé croire...

Quoi?

Que vous étiez...

ANNA

THÉRÈSE

ANNA

Folie I On vous trompait... (atsc nn sonrire triste.) J'ai toujours eu ma pleine connaissance, et quelquefois je m'en serais bien passée.

THÉRÈSE

Ah bien I nous devons un fameux cierge aux auteurs de cette fable... Une mère enfermée!..* Vous ne savez pas ce qu'il en coûte à ses ûUes l

ALICE, siuriant. *

Ajoutons, pour être vraies, que les filles ne perdent pas une occasion de se montrer insensées...

THÉRÈSE

Parce quelles sont découragées... Nous sommes les pas- ^ \ 7 jsagers qui se jettent à l'eau pour échapper au naufrage. > / ! ¥ous nous trouvez en pleine noyade. Seule, notre mère peut i nous sauver. Nous vous supplions de ne plus vivre au loin. ^ 1 Qu'on nous rencontre sous la conduite d'une mère, de mal

I élevées nous passerons sur l'heure pour originales, dans i huit jours nous serons d'une vivacité charmante. Ne reculez pas devant notre réputation d'étourdies. Nous promettons d'être dociles. Ah I trop heureuses que vous imposiez votre autorité J

ALICE, à mi-YOix.

Marguerite n'a aucune influence sur nous... Ne redoutez rien de ce côté-là.

ANNA, légèrement amère.

Il y a plaisir pour moi qui professe l'horreur des afTeclions conventionnelles à vous entendre calculer si paisiblement.

THÉRÈSE

Ma mère, ne soyez pas blessée. Quand vous êtes partie, nous étions trop petites. Rien ne survit de ce temps-là. Montrez-vous indulgente pour ce que nous somncies: pas faisea^es d'embarras, pas fausses non plus.

ANNA

I Je viens, en effet, de céder à un mouvement dTiumour très déraisonnable... Pourquoi votre manière excjusrvement pratique d'envisager mon retour m'est-elle douloureuse ?... C'est injuste. Ne m'en veuillez pas.

ALICE

Bien au contraire!... Je suis sûre maintenant que vous n'êtes pas indifférente... C'est l'évidence même!... Notre première parole sur la terre a été votre nom : ces souvenirs-là ne peuvent avoir péri. Ce sont eux qui protestent.

ANNA

C'est pourtant vrai que j'ai écouté vos premiers babillages comme une musique divine... Dans ce temps-là, il n'y avait pas de meilleure mère que moi... Je ne m'occupais guère à décomposer les sentiments pour constater qu'ils sont pétris d'habitude et d'égoïsme. Je vous mangeais de baisers, je veillais près de vos berceaux, je grondais, je câlinais, tout comme une autre. En ai-je formé pour mes fillettes des projets d'avenir!... L'avenir d'alors, nous y sommes : mes filles m'accueillent en demandant un service et moi, qui voudrais le leur rendre, je recule faute de générosité suffisante pour compliquer mon existence.

ALICE

Maman, vous avez beau dire que les sentiments sont pétris d'égoïsme, ils renferment quelque chose de mieux. Je ne vous donne pas l'affection qu'une mère adroit d'allcndre, mais en le constatant je sens un grand vide dans mon cœur et c'est déjà beaucoup. Si vous partiez, je ne vous dirais pas adieu comme à une étrangère.

THÉRÈSE

Et puis, songez que vous avez mis au monde des créatures qui n'ont pas demandé à naître. Vous leur devez une protection... "^

""" ANNA, à Thérèse.

Alice en m'appelant maman, me touche plus que ne feraient les plus beaux raisonnements. S'il était possible de

me retenir, elle accomplirait ce miracle. Mais mon âme 3*a plus de ressort!

ALICE, Inl rantant au roa.

Ahl maman, maman, maman!... Rappelez-vous les Glloties d'autrefois. Ce sont les mômes qui vous supplient!

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