ACTE DEUXIÈME Gi
THÉODOUEjà mi-voix, se frottant les mains.
Excellent, tout cela!... Excellent!
FRANÇOISE, qui n*â pas osé lever les yeux sur lui.
Mon oncle, puisque vous ne pouvez me protéger contre lui, défendez-moi contre moi-même. Voyez, je vous dis tout, malgré ma honte. Oui, c'est affreux, s'il revient...
THÉODORE
Tu ouvriras.
FRANÇOISE
Je suis à bout de forces...
THÉODORE, d*un ton de connaisseur*
Décidément, tu n'es pas de l'espèce des gens qui se jettent à l'eau pour apprendre à nager.
FRANÇOISE
Réellement, mon oncle, je crois que vous ne comprenez rien à ce que j'éprouve... Oui, j'ai voulu conquérir Henri, mais pas le partager... Indulgente amie, mon honneur me permet de l'être; épouse complaisante, non!... Ahl pardonnez... je ne devrais pas... maisvous m'obligez à tout dire... Avant une heure, sins doute, on va venir l'enlever sous mes yeux. M'estimez-vous d'être à la merci de cet homme, qui jamais au milieu de ses supplications, ne m'a promis d'abandonner l'autre?... Gomment n'ai-je pas l'énergie de lui demander une bonne fois s'il ose me jurer qu il n'aimera plus que moi ? Penser que si Henri veut encore de moi ce soir, je céde-
rai !... Ensuite que deviendrai -je?... Vous ne partagez pas, vous, et pourtant vous souffrez!... j'en mourrais!...
THÉODORE
Tu mourrais s'il ne te persécutait pas... Ah! que tes scrupules sont d'une créature très jeune!... Au lieu d'exiger un tas de serments puérils, une femme faite commencerait par prendre et mettrait ensuite son point d'honneur à défier la concurrence.
FRANÇOISE, tristement.
Ah î vous auriez mieux fait de ne pas venir! Vous n'avez cessé de ridiculiser mon angoisse. Elle est pourtant sincère, je vous jure !
THÉODORE
Allons, Françoise, ne nous séparons pas sur une querelle. Je viens d'aplanir quelques difficultés, avoue-le. Tu vas retrouver ton mari un portefeuille de ministre sous le bras, et c'est ton vieil oncle, qui Vy a placé. Que peut-il de plus?... Si tu vois autre chose, ordonne.
FRANÇOISE
Je n'ai pas vu Henri ce matin. Il a déjeuné dehors, peu fier de se montrer après les gros mots de cette nuit... Peut-être est-il rentré maintenant. Si vous passiez chez lui?... Oh! faites-le, je vous en prie!... Trouvez moyen qu'il ne me harcèle plus. Obtenez-moi la paix!... Au moins pour quelques jours...
THKODORE.
C'est insensé!... Imagines-tu sérieusement que je vais aller lui dire : Laissez en paix ma nièce, notre retour lui donne bien assez de tracas!...
FRANÇOISE
Lorsqu'il a fallu décider mon mariage, vous avez dissipé les préventions en me représentant comme une créature égoïste et froide. Ce qui opérait si bien jadis peut réussir encore. Vous avez assez de ressources dans l'esprit pour offrir à Henri un tableau réfrigérant du caractère de ^ femme. Déplorez mon orgueil exagéré, faites de ma prudence un tel éloge qu'Henri désespère de la trouver jamais en défaut. Me le promettez-vous?...
THfiODOriE.
Tu sais que pour t'obliger, il n'est rien que je...
Henri entre.