‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 37 sur 198 · ACTE DEUXIÈME (U · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME (U

Gaie comme un pinson ! ... En y réfléchissant même, trop gaie!... Je lui ai servi de père, je Taime comme une enfant, et pas la moindre émotion en me revoyant... Elle pensait à autre chose... Et puis des bizarreries... (se frappant le front.) Tiens!... j'ai trouvé ! . . .

HENRI

La raison de ces étrangetés?

THÉODORE

Oui. (Gravement.) Mon cher, je demande à être parrain.

HENRI, gêné.

Vous n'y êtes pas... Hélas, non!...

THÉODORE

Diable!... alors je ne sais plus... Non, réellement, je ne sais plus... ou plutôt, si, je sais, mais cela ne se peut pas.

HENRI

Qu'est-ce qui ne se peut pas?

THÉODORE

Vous ne Tavez donc pas regardée?

HENRI

Tout le temps !

THÉODORE

Pas possible!... Et rien ne vous a frappé, vous, gaillard expérimenté? Vous n*avez pas vu ses yeux,

ses terribles yeux qui m'empêchaient de la reconnaître quand je suis entré? Si Françoise était votre fiancée, rien qu'à la voir, je dirais : « Ne les laissez pas seuls »... Si Françoise était votre compagne depuis dix ans, je penserais : — « Gare à lui î... » Mais en pleine lune de miel... Que croire?...

HENRI

Ainsi, Françoise a la mine d'une femme bonne à surprendre.

THÉODORE

Ne me faites donc pas dire ce que je ne dis pas... Vous êtes au comble du bonheur, hors des impatiences, loin des regrets... En toute autre circonstance, ma foi, oui, la mine de Françoise voudrait dire : « Je succombe, il me tient, prends-moi!... »

HENRI, retenant à peine un cri de joie.

Ahl... Cher monsieur, vous avez le regard perçant !

THÉODORE

Appelez-moi donc votre oncle!... Le regard perçant?... Oui, mon neveu?... Et maintenant, si nous changions de conversation. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, entre parents, j'éprouve une véritable gêne à constater certaines choses. Quand cela m'arrive, je me mets à radoter. C'est ce qui vient d'avoir lieu dans mon saisissement ^de retrouver Françoise toute autre... tandis que le contraire serait étonnant... Pourquoi riez-vous?

HENRI, radieux.

Je ris... sans savoir.

THÉODORE

Bien. Moquez-vous de moi, je le mérite.

HENRI, avec conviclion.

Mais pas du toutl... Excusez-moi, j'ai vraiment l'air de,..

THÉODORE

D'un homme qui jubile...

HENRI, protestant.

Oh! je jubile!...

THÉODORE

Oui, mon ami, et vous ne tenez plus en place... J'ai effleuré sans le vouloir un de ces petits mystères si fréquents chez les jeunes ménages, et vous grillez d'aller aux informations. Allez, mon cher, courez, volez auprès de Françoise... C*est si naturel!... Ne vous gênez pas à cause du vieil oncle. 11 ajustement deux lignes à écrire, puis il s'en va...

Il se dirige vers le petit bureau de Françoise.

HENRI

Puisque vraiment vous êtes assez bon pour... Ma foi, je vais chez elle... Au revoir!

Il va pour sortir par la môme porte que Françoise. THÉODORE, se détachant de lui.

Ah 1 Tu ne voulais pas sauter à Teau, Françoise ! . . .

Eh bien, nage!... (Madame auillerand entre, il rappelle

Henri.) Henri !

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