ACTE DEUXIÈME
une importance énorme à ce que le public nous contemple, faisant en bonne intelligence les honneurs de cette boutique. Nos maris n'envisagent pas le bien du pays de la même façon. Depuis quelque temps on mène grand bruit autour de l'interpellation dont M. de Uenneval menace le ministère, et l'autorité de mon mari sur le Parlement s'en trouve atteinte. Votre amabilité donne à penser que la corde n'est pas tendue à se rompre et que rien n'empêche de reformer une majorité parfaitement compacte. (Riant.) Excusez... je parle comme le journal « Le Temps. » C'est égal, nous nous comprenons.
FRANÇOISE, riant.
Dire qu'en vendant avec vous des flacons d'eau de Cologne je consolide le ministère!
MADAME GUILLERAND
Vous avez une énorme influence sur M. de Renne val... Et comme cela se conçoit; vous si charmante I... Et d'une intelligence I... Un bon mouvement , chère madame... Devenez notre alliée... Poussez dans nos bras votre seigneur et maître.
FRANÇOISE
Mais c'est tout ce que je demande, chère madame!... La conciliation est une si belle chose!... Seulement, il faut m'aider un peu... Mon mari n'est pas en ce moment très maniable... Henri serait aussi vraiment par trop bonne pâte, s'il travaillait toujours pour un ministère dont il n'est jamais !
MADAME GUILLEllAND.
M. de Renneval, avec son talent, peut prétendre à tout. Il n'a contre lui que de n'être pas encore une vieille barbe : Heureux défaut I
FRANÇOISE
Précisément, malgré sa jeunesse, il n'a pas envie qu'on rappelle le bon jeune homme du Gouvernement.
MADAME GUILLERAND
Un peu de patience encore et vous connaîtrez les ennuis du pouvoir!
FRANÇOISE
Cette litanie de la patience, on nous la chante à tout propos. Grâce à Dieu 1 Henri en a, de la patience 1... A proprement parler, il n'est même pas ambitieux; seulement, il a conscience de sa valeur, et le sentiment d'une injustice le révolte. Voilà pourquoi la majorité n'est pas aussi compacte que vous
le souhaitez... (Après un silence et avec un doux sourire.)
Est-il vrai que le ministre des affaires étrangères bat de l'aile en ce moment ?
MADAME GUILLERAND
L'interpellation sur la politique anglaise l'a mis dans ses petits souliers... on va le débarquer... Ah! les affaires étrangères ! Quel dommage que M. de Renneval tienne tant aux Finances I
FRANÇOISE, avec simplicité.
Il s'est fait une spécialité des questions de chiffres, mais ce n'est pas une préférence absolue.