La figure de proue
Vers les quatre infinis, le visage en avant S'élance ; et, magnifique, enorgueilli de vent. Le bateau tout entier la suit comme un esclave.
Ses g eux ont la coideur du large doux-amer.
Mille relents salins ont gonflé ses narines.
Sa poitrine a humé mille brises marines.
Et sa bouche entf ouverte a bu toute la mer.
Lors de son premier choc contre la vague ronde. Quand, neuve, elle quitta le premier de ses ports, Elle mit, pour voler, toutes voiles dehors.
Et ses jeunes marins criaient : « Au nord du monde
LA FKiLIlE DE FIUJUK
Ce jour la mariait^ vierge^ avec I Inconnu.
Le hamrd., désormaü., la guette à chaque rive^ Car., sur la proue aiguë où son destin la rive, Qui sait quels océans laveront son front nu?
Elle naviguera dans C oubli des tempêtes Sur V argent des minuits et sur Cor des midis.
Et ses yeux pleureront les havres arrondis Quand les lames V attaqueront comme des bêtes.
Elle saura tous les aspects, tous les climats,
La. chaleur et le froid, V Equateur et les pôles ;
Elle rapportera sur ses frêles épaides
Le monde, et tous les ciels aux pointes de ses mâts.
Et toujours, face au large où neigent des mouettes. Dans la sécurité comme dans le péril,
Seide, elle mènera son vaisseau vers V exil Où s en vont à jamais les désirs des poètes ;
Seule, elle affrontera les assauts furibonds De r ennemie énigmatique et ses grands calmes; Seule, à son front, elle ceindra, telles des palmes. Les souvenirs de tant de sommeils et de bonds.
Et fjuand^ ayant blessé le^ flots de son sillage, Le chef coiffé de goémons, sauvagement.
Elle s'en reviendra comme vers un aimant A son port, le col ceint des perles du voyage,
Parmi toutes les mers qui baignent les pays,
Le mirage profond de sa face effarée Aura divinement repeuplé la marée D'une ultime sirène aux regards inouïs.
... J'ai voulu le destin des figures de proue Qui tôt quittent le port et qui reviennent tard. Je suis jalouse du retour et du départ Et des coraux mouillés dont leur gorge se noue.
J'affronterai les mornes gris, les brûlants bleus De la mer figurée et de la mer réelle.
Puisque, du fond du risque^ on s'en revient plus belle. Rapportant un visage ardent et fabuleux.
Je serai celle-là^ de son vaisseau suivie^ . Qui lève haut un front des houles baptisé^ Et dont le cœm\ jusqu à la mort inapaisé., Traverse bravement le voyage et la vie.
PREMIER ISLAM