MÉDITATION SUR UN VISAGE
J’ai douloureusement médité devant vous Et j’ai pleuré sur vous, vieille dame étrangère Qui ne pouviez savoir ma jeunesse légère Occupée à fixer vos traits pâles et mous.
Je m’étonnais si fort que vous fussiez rieuse,
Moi qui d’abord pensais que vous n’aviez plus rien Ayant à tout jamais perdu l’unique bien D’être tentante, d’être étrange et vaporeuse.
La vie est-elle donc moins dure qu’on ne croit, Puisqu’elle soigne encor comme une bonne mère. Qu’elle sait égayer cette vieillesse amère Où tout semblait devoir n’être que morne et froid ?
Et pourtant avec quelle épouvante cachée Je regardais, songeant à la blancheur de lis De nos âges, la peau ravagée et tachée De ce masque qui fut jeune femme, jadis !
— Moi qui veux vivre jusqu’au bout, est-il possible D’imaginer qu’ainsi je pourrai rire un jour Lorsque je n’aurai plus ce trésor indicible :
L’audace, la beauté, l’entrain, l’orgueil, l’amour?...