VOIX DU RÊVE
L’intime liberté, la liberté tout bas,
Nous l’enseignons à l’homme, en secret, face à face. Mais, si l’heure a sonné de l’anarchie en masse.
Du fond des quatre points nous appelons le tas.
Moutons ! Moutons ! le maître a mis ses belles marques Majuscules au flanc des dociles toisons.
Mais viennent à craquer les planches qui vous parquent. Votre débordement crèvera l’horizon.
Que, sur les grands chemins de poussière ou de neige. Vous inscriviez votre ruée avec du sang.
Qu’importe, si déjà le berger tout puissant Pâlit de peur, de voir que son troupeau l’assiège?
Moutons, moutons humains! Foules! Tous les sans nor Tous les sans droits, venez! C’est le jour du délire Des cœurs. S’ils sont en vous tendus comme des lyres. Chantez, huez, gueulez plus fort que les canons!
Vos millions de voix réveilleront le monde.
Toutes les nations, prises d’étonnement.
Ecouteront deboutcomme le souffle gronde D’un peuple, génial poète d’un moment.
Ivresse! O coup d’épaule aux portes millénaires, Air vierge respiré pour la première fois,
Sombre fléau faisant à grands coups, sur son aire. Sortir la liberté de la gerbe des rois !
— Or, nous vous l’enseignons, vous tous qui voulez vivi Pas de mornes revers aux géantes horreurs Des révoltes. Gardez vivante dans vos cœurs Cette exultation du jour qui vous délivre.
Que chacun porte en soi toute l’humanité.
N’accueillez pas dans vos esprits l’oubli du crime;
Que ne s’y taise point la clameur unanime,
Le cri d’accouchement de votiœ liberté.
EN MARGE
Craignez pour lendemain le jour-Ie-iour infâme,
La routine de ceux que vous avez jugés,
Leurs maisons, leurs soucis, leurs livres et leurs femmes, L’ornière de leur vice et de leurs préjugés.
Que le quotidien forfait de l’égoïsme.
Que la honte des lois et des religions Ne vous atteignent pas de leur contagion, N’abâtardissent pas votre rouge lyrisme.
Mais quand tout sera coi sous des gazons épais. Bâtissez sur le plan des rêveurs que nous sommes. Aimez-vous. Travaillez. Pensez. Soyez en paix, Soyez dignes, soyez simples. Soyez des hommes.
VOIX Dü PEUPLE
Ceux-là, leur foi, leur loi, leurs livres, leurs maisons. Ceux-là, contre lesquels nos vagues se soulèvent. Ceux-là qui font rugir nos cœurs et nos raisons. Ceux-là que nous avons jugés, c’est notre rêve.
C’est le lendemain vrai de notre liberté.
Le mur neuf reconstruit sur le mur millénaire,
Nos lils, le sang du sang révolutionnaire Sur les chemins de boue ou de neige égoutté.
Aujourd’hui, le beau soufflerauque, hommes ou femmes. Passe en nous. Mais ce n’est que le moment d’un cri. Demain, pour reposer notre grand corps meurtri,
Nous nous endormirons pour nous lever infâmes.
EN MARGE
Notre soc indigné retournant le sillon Humain, croit s'attaquer à la mauvaise graine,
Mais déjà la moisson d’injustice et de haine Repousse au dur labour de nos rébellions.
Donc, ayant dit tout haut ce que nous voulions dire, Réclamé devant tous ce qui nous était dû.
Notre foule, poète en feu, ne sera plus.
Et dans l’oubli muet se détendra la lyre.
C’est pourquoi, de nos mains sanglantes, nous mettrons L’huile rance des rois au front des Républiques,
Et livrerons le monde aux nations obliques Que nous aurons laissé couver dans nos girons.
Pour que la Ville avec son masque de façades,
Avec son monstrueux et morne jour-le-jour,
Stupide, dans l’orgueil des prisons et des tours, Renaisse lentement du cœur des barricades.