‹ La fille de DominiqueChapitre 10 sur 38 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BARON, CATHERliNE.

BABOB, à part, se levant et la regardant. Eh! mais, elle n'est pas mal du tout, l'ouvrière du pèreVinccnt. ( Haut. ) Approche, mon enfant, approche... comment t'appelles-tu?

CATHERINE

Eh hen! j'sls Margot, la filleule h mon parrain qui m'a fait venir de ISoisy le Sèche, il y aura trois mois aux prunes, pour apprendre h faire les ourlets et à coudre ses pratiques...

(riant bi-tement) iqucs...

Air: Si j'étais le roi Jean.

Apprenez qii' l'an damier J'eus perdu père et mère ; .l'étions seul' sur la Icrre, El j' n'avions pas A' mtitier.

J'ons ven<ïu ma cabane.

Ma liique et son chevreau ,

J' s'is parti' du hameau.

Oh!...

Sur ma roule on m'a dit Que l'avions d'ia prestance, nu babil cl d' l'iiisancc , Qneuqii'fois niêiu' de l'esprit.

J' n'en f sais rien au vilbRC, Mais à Paris me v'ià...

Kl je pourrai, je gafje , Y ben placer totil ça.

Ah!...

RAHON.

Certainement, mon enfant... quand on est aussi gentille que toi, on ne peut manquer de faite son chemin.

CATIIEIMNE.

Pas vrai, monsieur le baron... sur-tout si j'avions un proteclenr... V'I.i donc que c' matin, pendant <pie j'étais en train .l'accrocher un gilles et un arlequin .i la porte il' mon parrain : « Margot, qu'y me dit, mets ben vile l.i liiiiic «lies dimanches, fais-toi belle, m'n' cnLiiit , ., v'ii le moment de te lancer... y a de l'ou- . vrage à r' porter chez M. le baron, un famciiN f nui joue les princes et les z'héros, conini je 6 taille une paire d' manches... lâche de Ini

CI plaire... c'est un mossieu qui a des connais- II sances et qui pourra te pousser... » Là-dessus je m' suis requinquée de mon mieux, j ai mis ma croix d'or à mon cou, ma cornette sur ma tète, vot' habit sous mon bras, et me v'ià... poussez -moi, monsieur le baron, poussezmoi...

(Elle lui donne en riant une grande bourrade.)

BABOS.

Doucement, Margot, doucement... si lu veux que je te protège il faut commencer par le défaire de ces manicieslà... elles sont trop rustiques.

CATHEBIKE, avec une naïveté malicne.

Dame ! j' nous que les manières que la iiatiirr m'a baillées, ça vaut queuqu'fois mieux qii celles qu'on veut s' donner...

BABON , à pan.

Elle n'a pas tout-à-fait tort... si nos comédiennes avaient ce natuiel...

CATHERIKE, ouvrant le paquet.

Ah! ca, voyons!... y n' faut pas pour ça que j'oublie do vous essayer vot' costume... ( Le tirant par la manche de son habit.) Allons, otez donc ça, j'ai pas le lenips d'attendre.

BAISON.

Puisque tu le veux absolument... (11 otesa robe de chanibre et essaie de passer l'habit.) Diable! il est . bien étroit !...

CATHEBIME.

Attendez, je vas vous aider un brin (tirant l'habit très fort); aïe donc!... a'ïe donc !

BABOX.

Pas si fort, Margot, tu vas déchirer les doublures...

CATHERINE

Quoique ça fait '?... comme dit mon parrain, vous qu'éles chef d'emploi, vous ne devez pas vousinquiéter'des doublures... aie donc!... là!... ça y est!... Dieu de Dieu! que vous êtes biau dans cet attirail-là !...

BARON, se redressant avec satisfaction.

Tu trouves?

CAIHKRINK , le contemplant.

Vous avez un air... vous avez un' mine .. vrai!... on paierait ses places pour .vous voir. BARON , à pan.

Il parait que j'ai donné aus.si dans l'a-il à celte petite... je n'en manque pas une... Au fait, Lathorillière avait rai.son , souvent ces petites filles ont un certain je ne sais quoi... ( Haut.) Écoute , Margot... lu me plais , et si je puis l'être utile... mais, dis-moi, que >ais-ln faire?

CATHEIIINE.

Tout, monsieur le baron... mes parents m'ont donné un' fameuse inducalion, allez...

Air r I.e pauvre t'.laudin toute la journée. A la moisson j' sais faire un' (jerbc ,

Kaiicbcr le foin et l'herbe; .1' saMins in'ni'r 1rs ûn's aux moulins ;

Aui fagols j' sais metlr' les altaclics, Je sais aussi traire les vaches , Él'ver les poul's et les lapins; Je sais ourler une serviette, Kt jouer d' la serinette.

(iClle danse lourdement sur la ritournelle.) Et, COmmn vous vovez, j'y joins I.i danse...

BAHOX , en riant.

Voil.i <les talents fort .ifjiéables... Ah! ça, je pense que tu es une fille sage?

esTUEnisE.

Ah ! oui...

B.inoN.

Que tu n'as pas d'anioureux?

C^THEI1T^E.

Ah ! non !... ah ! si !...

BAIION, se ri-crianl.

Tu as un .nmourcnx '?...

cathehine.

Un tout p'tit qu'est tambonr et fife dans les ffaides françaises... même qu'il m'n (ait sa première déclaration en musique sur l'air de mon ami Pierrot. ..mais pour le bon motif an moins... (Avec di(;nii<:.) Sans ça, j'aurais pas permis que M. lîellepointe me fréquentasse.

BAKON.

Ah ! il a nom Bellepointe !

CATHERINE

Un beau nom, pas vrai!... et qui lui va ben.. car il est d'un crâne... 1' mois dernier, il a, comme.) dit, mis trois bour{;eois sur 1 flanc...

EAnON.

Ah ! mon Dieu !

CATHERINE

Le premier, parcequ'il l'avait regardé de travers... le second, parcequ'il l'avait refjardé en face... et le troisième, parcequ'il ne l'avait pas regardé du tout;

BARON

Eh bien ! ma chère Marjjot, si tu tiens à me plaire, il faut commencer par oublier ton M. lîellepointe... je ne suis pas curieux de faite connaissance avec lui.

Catherine.

Je r veux ben, monsieur le baron; pour vous, n'y a rien que je n'fassions.

BAROH.

Tu es charmante, et je te prends décidément sous ma protection... Tiens , voilà les arrhes du marcht;...

(llicnibrasse.)

CATiieniNE.

Drolc de monnaie... c'est dommage qu'elle circule partout...

(On entend Lalliorillicrc.) DAROR, à part.

Dieu ! Lathorillicre... Il ne faut pas qu'il me surprenne en tèlc-à-ti-te avec une paysanne... Il.iut. i Margiil . j'ai encore à le parler, va ni'al-

tenilre dans cette chamlire, J irai te rejoindre dans un instant.

CATHERINE

Par-là?... j'vvas, monsieur le baron... mais ne ^oyez pas lon{»-tenips, et sur-tout n'oubliez pas c' que j' vous ai dit.

BARON

Quoi donc?

CATHERINE, reprenant le refrain.

Je sais ourler une serviette , Kt jouer d' la serinette.

{ Baron la pousse et referme vivement la porte , qu.uid I,iillioriilière parait.)

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