ACTE I. — SCÈNE V. 6i
consoIe^-la. Dontie:^-lui à boire; ôte^-lui la poussière; avec l'eau et avec le vinaigre conforte^ ses pauvres pieds, qui peut-être sont endoloris.
Je ne voulais pas lui faire offense, mais je fus entraîné par les voix; et qui nia entraîné au mal pour toute sa vie en aura grand' douleur Mila di Codra, ma sœur en Christ, accorde-moi pardon de mon offense.
Ces fleurettes de la Saint-Jean, je les enlève du bâton du pâtre et je les pose là, devant tes pieds.
Je ne te regarde pas : car j'en ai honte. Derrière toi se tient l'Ange dolent.
Mais cette triste main qui t'offensa^ je vais la brûler avec le tison. Regarde !
Se traînant sur les genoux, il s'approchera du foyer et, accroupi, cherchera un tison encore ardent, le prendra dans sa main gauche et en posera la pointe dans le creux de sa main droite.
Mila.
u es pardonné! *Non, ne te brûle pas ! Moi, je te pardonne; et que Dieu accepte ton repentir ! Lève-toi du feu. Un seul est le Maître du châtiment :
c'est celui qui fa donné ta main
pour guider tes brebis dans les pâtures.
Et comment paîtras-tu ton troupeau
si ta main est malade^ Aligi?
Moi, je te pardonne en toute humilité.
Et je me rappellerai ton nom
à midi, et aussi le matin et le soir,
quand tu pacageras sur la montagne.
Le chœur des moissonneurs.
— Hé là, hé là, qu'est ceci ?
— Vous voule^ donc nous berner ?
— Nous allons enfoncer la porte.
— Vite, vite, empoignons la poutre!
— Vite, vite, ce timon de charrue !
— Berger, tu ne nous bernes pas.
— Vite, vite, ce morceau de meule brisée, lançons-le aussi pour abattre !
— O berger, berger, réponds !
Un^ deux, trois ! Pousse:^, pousse^ dur!
On entendra le cri rauque dont ils accompagneront leur effort pour soulever la masse pesante.
Aligi.
Pour toi, pour moi, pour tous ceux de mon
sang je me signe. Ainsi soit-il!
Il se relèvera; il ira vers la porte et il appellera. Moissonneurs de Norca, j'ouvre la porte.