ACTE II. — SCÈNE I
mais que jamais il ne devine, que jamais il ne sache d'oîi. —
Et soudain reverdit la souche, jette une branche par la bouche, une branche par chaque doigt.
Feuilles et fleurs est le saint bois!
Elle se courbera pour ramasser les écailles et les copeaux autour de la souche travaillée.
O Mila, cela aussi est une souche de noyer. Reverdira-t-elle, Mila? reverdira-t-elle?
MiLA, courbée vers le sol.
« S'il faut du sang pour médecine, ah! de mon cœur prenez-le tout! »
Aligi.
Reverdira-t-elle, Mila? reverdira-t-elle?
Mila.
« Mais que jamais il ne devine, que jamais il ne sache d'oit. »
Aligi.
Mila, Mila, que le miracle nous absolve! Que l'Ange muet nous protège encore :
car, pour lui, ce nest pas avec mes outils que je travaille.
c'est avec mon âme dans ma main.
Mais que cherches-tu là? Qu'est-ce que tu as perdu ?
MlLA.
Je ramasse les écailles; et nous les brûlerons,
et avec chacune un grain d'encens.
Hâte-toi, Aligi : le temps approche.
La lune de septembre est en décroît
et les bergers commencent à partir,
qui vers la Fouille, qui vers Rome.
Oit mon aimé va-t-il faire voyage?
Là ou il voyagera, puisse-t-il trouver des
prés devant lui et des fontaines, et qu'il n'y ait
pas de vent, et qu'il se souvienne de moi à la nuit tombante!
Aligi.
Cest vers Rome qu' Aligi fera voyage; il ira où Von va par tous les chemins; avec son troupeau il ira vers Rome la grande, pour prendre l'absolution du Vicaire, du Vicaire de Notre Seigneur Christ :
car celui-là est le Pasteur des Pasteurs. Il nUra pas cette année en terre de Fouille; mais à Notre Dame de VEsclavonie il enverra par la main d'Alaï d'Averna ces deux chandeliers de cyprès