ACTE IL — SCÈNE II
tue reconnais-tu ? » Je dis : u Tu es Mila. » Et nous n'avons plus parlé, car nous n'étions
plus deux. Et ni ce jour nous ne nous souillâmes ni jamais depuis. Je te le dis en vérité.
COSMA
Pâtre Aligi, tu as certes allumé une lampe pieuse dans ta nuit; mais tu l'as mise à la place de cette borne antique dressée par tes pères.
Cette borne sainte, tu las enlevée.
Et si ta lampe, à toi, s'éteint?
Le conseil dans le cœur de l'homme est une eau profonde, et l'homme pieux j^ puisera.
c prie Dieu qu'il pose sur nous le sceau du sacrement éternel !
Vois-tu ce que je fais? Avec mon
âme dans ma main je travaille ce bois, à la ressemblance de l'Ange apparu. J'ai commencé ^ le jour de l'Ascension; pour le Rosaire je veux le finir. Or voici mon dessein. Je descendrai avec mon troupeau vers Rome, et j'emporterai cet Ange avec moi sur une mule. J'irai che^ le Saint-Père, au nom de Saint Pierre Célestin
qui sur le Mon one fit -pénitence ;
je m'en irai che^ le Pasteur des pasteurs
avec cette offrande pour requérir dispense,
afin que celle qui ne fut pas touchée retourne
prés de sa mère, affranchie du lien,
et qu'à la mienne je conduise l'étrangère
qui sait pleurer sans se faire entendre.
Or je le demande à ta sagesse,
Cosma : cette grâce me sera-t-elle octroyée ?
COSMA
Toutes les voies de l'homme semblent droites à l'homme; mais le Seigneur pèse les cœurs. Hautes, très hautes sont les murailles de la
Ville, et elle a de grandes portes de fer et, tout à
l'entour, de grandes sépultures oîi croît l'herbe. Que ton agneau ne broute pas de cette herbe, pâtre Aligi. Interroge ta mère...
Une voix, criant du dehors.
Cosma, Cosma, si tu es dans la caverne, sors!
Cosma.
Qui m'appelle ? Ave^-vous entendu une voix ?
La voix.
Sors, Cosma, par le sang de Jésus !
O chrétiens, faites le signe de la croix.