DUETTO
MADEMOISELLE LANGE
Voyons, monsieur, raisonnons politique.
ANGE PITOU
Parler politique avec vous.
MADEMOISELLE LANGE
Cela vous effraye.
ANGE PITOU
Mais entre nous, C'est un sujet peu poétique.
MADEMOISELLE LANGE
Je veux pourtant savoir pourquoi Lorsque vous êtes devant moi, L'ancien régime seul vous tente, Parlez, vous si jeune, si beau, Que vous a fait le régime nouveau, Qu'aujourd'hui je vous représente
ANGE PITOU
Ah ! ne me dites pas cela ; Si le nouveau régime est là, Il est charmant car il m'opprime^ Que par l'éclat de ses beaux yeux, En le voyant si gracieux, Si doux, si bon, si généreux, Comment ne pas être amoureux Amoureux du nouveau régime ?
MADEMOISELLE LANGE
Ah ! vous rendez mon cœur à Tespérance, Que tout regret soit effacé Allons, poêle du pa^sé Rajeunissez avec la France, Voyez tout ce qu'elle promet.
ANGE PITOU
Mais la vieille France m'aimait Serai-je aimé de la nouvelle?
MADEMOISELLE LANGE
Oui, je VOUS en suis caution ; Elle VOUS aime à l'adoralion, Et c'est moi qui parle pour elle.
GO LA FILLE DE iMADAME ANGOT
ANGE PITOU
Ah ! ne me dites pas cela, ' Si la nouvelle France est là.
MADEMOISELLE LANGE
Eh bien ?
ANGE PITOU
Je la trouve sublime Et lorsque je l'admire en vous, Je rêve le sort le plus doux.
Le paradis s'ouvre pour vous Voyez, je tombe à vos genoux... *
(à genoux et changeant d'intention)
Aux genoux du nouveau régime*.
MADEMOISELLE LANGE
Ah ça ! vous lui en voulez donc bien à la Re'publique?
ANGE PITOU
Mon Dieu! je ne sais pas trop pourquoi. C'est instinctif, enfant de la province, j'ai vécu dans d'autres idées... et, franchement, ce que j'en ai vu... Je ne parle pas des républicaines.
MADEMOISELLE LANGE
A la bonne heure!
COUPLETS
La République a maint défaut ; Elle vous déplaît, mais p^^ut-être, Comme vous me jugiez tantôt, La jugez-vous sans la connaître.
Supposez qu'elle ait mon air doux Mon bon cœur, ma voix sympathique..
ANGE PITOU
Ah! vous avez une manière à vous De faire aimer la république!
MADEMOISELLE LANGE
Comme tout se peut ici-bas.
Vous pouvez supposer de même, Alors que vous ne l'aimez pas, Que la République vous aime; Que pour amant elle ait fait choix De son poète satirique!
(*) Cepasi^ago, jusqu'à l'entrée d'Hetsilie, a été supprimé à Paris et remlùcé par Its couplets qui sont après.