ACTE TROISIÈME
LARIVAUDIÈRE.
Écoute, nous allons parcourir ce jardin, mais si nous la rencontrons, je désire ne pas être reconnu tout d'abrd, je voudrais observer, surveiller ses démarches afin de savoir dans quel but elle m'a écrit.
CLAIRETTE
Ahl tune veux pas être reconnu. (Eiie disparait.)
POMPONNET.
Décidément, je deviens idiot! Gomment Claireile, que de mes yeux j'ai vue conduire en prison, ce serait elle ?
LARIVAUDIÈRE.
Suis-moi, te dis-je; mais quand nous l'apercevrons, gardetoi de lui parler. Evitons-la, sans la perdre de vue. (clairette
fredonne à la cantonade.)
LARIVAUDIÈRE.
Une voix de femme !
POMPONNET.
Ah ! mon Dieu 1
LARIVAUDIÈRE.
Quoi donc ?
POMPONNET.
Mais c'est elle !
Elle ! (L'entraînant vers la tonnelle.) LaisSOns-la pasSer. (ils se cachent et Clairelte qui n'a pas cessé de chanter, entre, les deux mains dans les poches de son tablier, et comme se promenant. D'abord elle se dirige vers le fond et regarde au dehors, puis elle revient sur ses pas et, oujours chantant, s'approche de la tonnelle et pousse un cria la vue de Larivaudiére et Pomponnet.
CLAIRETTE
Ah ! qu' c'est bête ! Vous m'avez fait peur 1
POMPONNET.
Eh quoi! c'est... -
LARIVAUDIÈRE, (lui donnant un coup.)
Tais-loi !
POMPONNET.
Ah!
CLAIRETTE
Ah ! mais, pardon, j' croyais parler au père Guillaume; mais je ne vous connais pas, vous autres. Est-ce que vous venez de la vallée ?
LARIVAUDIÈRE, étonné.
De l'avaler !
POMPONNET.
D'avaler quoi?
Ah ! oui, oui, que nous en venons.
CLAIRETTE
Alors vous êtes ici pour la grande affaire.
LARIVAUDIÈRE.
C'est ça'', justement, c'est pour la grande affaire^
CLAIRETTE
Que vous ne connaissez pas.
LARIVAUDIÈRE.
Non pas encore, c'est vrai.
CLAIRETTE
Alors j' vas vous mettre au fait, il s'agit de moi.
LARIVAUDIÈRE.
De vous î
CLAIRETTE
De moi, Clairette.
LARIVAUDIÈRE.
Ah! vous êtes...
CLAIRETTE
Figurez-vous qu'on voulait me faire épouser, oh! un brave homme, pour ça j' peux pas dire le contraire ; comme brave' homme, comme bon cœur et comme honnêteté, y avait pas son pareil, aussi je l'aimais bien.