‹ La fille de ThuiskonChapitre 33 sur 108 · LES DEUX MUSES · texte numérisé non relu

LES DEUX MUSES

J'ai vu. . .oh ! dis-moi, était-ce le présent que je voyais, ou Tavenir ? . . . j 'ai vu dans la lice la Muse allemande avec la Muse anglaise s'élancer vers une couronne.

A peine distinguait-on deux buts à l'extrémité de la 5 carrière ; des chênes ombrageaient l'un ; autour de l'autre des palmiers se dessinaient dans l'éclat du soir.

Accoutumée à de semblables luttes, la muse d'Albion descendit fièrement dans l'arène, ainsi qu'elle y était venue; elle avait jadis concouru glorieusement avec le 10 fils de Méon, le chantre du Capitole.

Elle jeta un coup d'œil à sa jeune rivale, tremblante, mais avec une sorte de noblesse, dont l'ardeur de la victoire enflammait les joues et qui abandonnait aux vents sa chevelure d'or.

15 Déjà elle retient à peine le souffle resserré dans sa poitrine ardente, et se penche avidement vers le but. . . La trompette déjà résonne à ses oreilles, et ses yeux dévorent l'espace.

Fière de sa rivale, plus fière d'elle-même, Taltière Bre- 20 tonne mesure encore des yeux la fille de Thuiskon : « Je m'en souviens, dit-elle, je naquis avec toi chez les Bardes, dans la forêt sacrée ;

(( Mais le bruit était venu jusqu'à moi que tu n'existais plus; pardonne, ô Muse, si tu es immortelle, pardonne- 25 moi de l'apprendre si tard; mais au but j'en serai plus siàre.

— Le voici là-bas ! . . . Le vois-tu dans le lointain avec sa couronne?. . . Oh ! ce courage contenu, cet orgueilleux

silence, ce regard qui se fixe à terre tout en feu ... Je le connais !

« Cependant, réfléchis encore avant que retentisse la trompette du héraut . . . C'est moi, moi-même qui luttais 5 naguère avec la muse des Thermopyles, avec celle des sept collines ! »

Elle dit ; le moment suprême est venu, et le héraut s'approche : « Muse bretonne, s'écrie, les yeux ardents, la fille de la Germanie, je t'aime, oh, je t'aime en t'admirant. . . 10 (( Mais moins que l'immortalité, moins que la palme de la victoire ! Saisis-la avant moi, si ton génie le veut, mais que je puisse la partager et porter aussi une couronne.

«Et... quel frémissement m'agite! Dieux immortels!. . . Si j'y arrivais la première, à ce but éclatant,. . . 15 alors, je sentirais ton haleine agiter de bien près mes cheveux épars.»

Le héraut donna le signal . . . Elles s'envolèrent, aigles rapides, et la poussière, comme un nuage, les eut bientôt enveloppées. . . Près du but, elle s'épaissit encore, et je 20 finis par les perdre de vue.

LA FILLE DE THUISKON t$

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